v30_1320 - Boîte de la Commission monétaire de 1959 pour la création du Nouveau Franc 1959 Paris
MONNAIES 30 (2007)
Prix de départ : 1 500.00 €
Estimation : 6 000.00 €
Prix réalisé : 2 000.00 €
Nombres d'offres : 3
Offre maximum : 3 553.00 €
Prix de départ : 1 500.00 €
Estimation : 6 000.00 €
Prix réalisé : 2 000.00 €
Nombres d'offres : 3
Offre maximum : 3 553.00 €
Type : Boîte de la Commission monétaire de 1959 pour la création du Nouveau Franc
Date : 1959
Nom de l'atelier/ville : Paris
Degré de rareté : R3
Commentaires sur l'état de conservation :
La boîte est impeccable, certains flans, bien que neufs, ont été manipulés
Avers
Revers
Commentaire
LA BOÎTE DES ESSAIS DE FRAPPE DE LA COMMISSION MONÉTAIRE DE 1959
Nous avions publié en son temps l'étude d'une boîte de frappes d'essai qui nous avait été communiquée par Jean-Claude Deroche, vendue ensuite dans MONNAIES XVI.
Nous obtenons aujourd'hui un autre exemplaire de cette boîte mais bien plus complet et comportant un élément essentiel qui manquait dans la première : un carton à la taille de l'intérieur de la boîte, donnant, pour chaque position, les caractéristiques (faciale, diamètre, poids, métal) de chaque coupure. Il porte également des corrections au crayon qui montrent l'évolution par rapport au projet initial.
Nous reprenons donc notre texte initial en corrigeant à la lumière des nouvelles pièces et en indiquant toutes les nouvelles données.
De la même manière que l’étude d’un trésor, par le simple fait que des monnaies sont groupées selon une logique d’origine, permet de mieux comprendre la structure des émissions que la simple observation des mêmes monnaies isolées, l’étude de cette boîte fait vraiment avancer nos connaissances sur les projets monétaires qui ont accompagné le Nouveau Franc.
POURQUOI UNE BOÎTE DE « FRAPPES D’ESSAI » ?
Cette boîte doit être la première qui fut remise à la Commission Monétaire en 1959 et les choix définitifs ne sont pas encore faits (métal des 1 et 5 centimes, existence de la 2 francs, diamètres définitifs des 5, 10 et 20 centimes, création d’une 50 centimes “intérimaire”, choix des tranches définitives avec 5 francs en LEF et striures larges sur les 1 et 2 francs). Il est tout à fait normal que cette première boîte « de travail » sur les « caractéristiques des monnaies » de la gamme Nouveau Franc ne porte pas leurs types mais soient des essais de frappe. Une gamme monétaire se construit en dernier lieu sur les types d’illustrations. Les critères les plus importants sont :
le choix des faciales : on commence « large » pour restreindre au nécessaire strict en décision finale (ce qui explique que cette boîte comporte neuf faciales lorsque la série définitive n’en comporte que sept, la 2 centimes et la 2 francs disparaîtront)
le choix des diamètres (fondamental : souvenons-nous de l’erreur de diamètre sur la 10 francs Jimenez de 1986, conçue trop petite et rejetée par la population)
le choix des métaux, non seulement de décider de l’usage éventuel de métal précieux mais encore de quels métaux. Les émissions se comptant en milliers de tonnes, l’impact économique est réel, n’oublions pas le nickel de Nouvelle-Calédonie qui décida des métaux monétaires de l’entre-deux guerres et de toute la dernière série. Dans le même esprit les discussions sur les métaux de l’euro furent acharnées entre les Suédois (mines de cuivre), les Français (mines de nickel). Voir le dossier à http://www.argent.fr/interetsparticuliers.htm .
le choix technique des flans. Dans notre cas, la sophistication des flans n’avait pas atteint les hauteurs actuelles et la Monnaie de Paris ne risquait pas de se voir dépossédée de la frappe des monnaies françaises comme c’est de plus en plus le cas actuellement mais le choix technique des flans est devenu essentiel.
Bref, une boîte de travail initial d’une commission monétaire contient des flans en essais de frappe et non des monnaies terminées, puisque la Commission Monétaire est justement là pour en décider.
En revanche, la boite d’hommage “finale” de la série « Pièces en Nouveaux Francs » fut celle vendue dans MONNAIES IV, numéro 1753. Elle comportait neuf pièces dans leurs versions “définitives” et fut certainement distribuée en 1962 (manque la 5 centimes Lagriffoul dont un essai de frappe se trouve pourtant dans notre boite initiale (c). On constate que la 2 centimes et la 2 francs qui ne furent finalement pas fabriquées se trouvent néanmoins tant dans la boîte d’essais de frappe “initiale” que dans la boite d’hommage “semi-définitive”.
Il existe une boîte « terminale » pour cette Commission, boîte qui fut distribuée en 1966 et que l’on peut voir dans MONNAIES XI, n° 2163. Elle comprend les monnaies qui ont réellement été frappées. Ce coffret comprend l’essai de 10 francs 1964 argent (F.364/2), de 5 francs 1959 argent (grand 5, F.340/1), de 1 franc 1959 en nickel (F.226/1), de 50 centimes 1965 en nickel (F.198/2), de 20 centimes 1962 (F.156/1), de 10 centimes 1962 (F.144/1), de 5 centimes 1966 (F.125/1) et de 1 centime épi 1961 (F.106/4). Elle portait en lettres d’or sur la face « NOUVEAU SYSTÈME DES MONNAIES MÉTALLIQUES/DÉCRET DU 22 DÉCEMBRE 1959 ET TEXTES SUBSÉQUENTS
Commençons par la description de la boîte initiale de la Collection Pierre.
C’est une luxueuse boîte de présentation doublée en cuir, l’intérieur en velours vert avec des emplacements en creux pour les monnaies, portant en lettres dorées sur le plat extérieur “CARACTÉRISTIQUES DES MONNAIES”. Elle contient des flans monétaires, marqués à l’avers “MONNAIE DE PARIS” et les différents monétaires “chouette” et “corne d’abondance” et au revers “ESSAI DE FRAPPE”, aux caractéristiques suivantes, les poids entre parenthèses étant ceux observés et non les théoriques :
a) 16,5 mm, aluminium, 0,65 g (0,65 / 0,67), tranche lisse, module de la 1 centime Épi F.106, prévu en aluminium alors que la frappe finale sera en acier (un essai en aluminium cité dans le Gadoury 1989 en 16 mm).
b) 19 mm, aluminium, 0,90 (0,93/0,91 g), tranche lisse, module de la 5 centimes Lagriffoul F.124, (aucun essai en aluminium cité dans le Gadoury 1989 ni en 2 centimes, ni en 5 centimes) mais nous connaissons une pré-série de 2 centimes Épi sur flan de 5 centimes en aluminium de 19 mm et 0,92 g publiée dans MONNAIES IV sous le n° 1755 qui correspond parfaitement : cet essai de frappe est donc celui d’une deux centimes Épi F.111.
c) 17,5 mm, bronze-aluminium ou cupro-aluminium, 2,30 g (2,22/2,22 g), tranche lisse, probablement module de 5 centimes Lagriffoul F.125 (qui mesure 17 mm et non pas 17,5 mm).
d) Dans la boîte de Jean-Claude Deroche, on trouvait ensuite un emplacement vide en creux, prévu pour un cupro-aluminium au diamètre de 20 mm et un poids de 3 g (effectivement, les caractéristiques adoptées pour la 10 centimes Lagriffoul) emplacement possible d’un flan de 10 centimes F.144. Dans cette nouvelle boîte, nous trouvons une frappe d'essai très curieuse, en aluminium, 20,94 mm, 1,17 g, à un type très rare avec rond central et date (1959) comme nous en avons proposé une dans la Collection Kolsky , MONNAIES VI, n° 795, mais en bronze aluminium.
Il est donc possible que cet essai de frappe n'ait pas été à l'origine dans la boîte mais il est aussi possible qu'il s'agisse d'une version aluminium de la 5 centimes épi qui finira en acier, mais sont aussi en aluminium dans cette boîte. Un troisième exemplaire de cette boîte nous renseignera peut-être.
e) Importante information grâce au carton d'accompagnement, celui-ci porte imprimé 25 c, surchargé au crayon 20 c, et diamètre de 22,5 rectifié au crayon 23,5. La première pièce prévue aurait donc été, comme au temps du Franc-or, un quart de Franc mais ce qui est plus que bizarre est que l'essai de frappe de la boîte a un diamètre de 22,46 mm donc la première version alors que la 20 centimes Lagriffoul fait bien 23,5, la deuxième version. Dans la boîte de Jean-Claude Deroche, les caractéristiques de l'essai de frappe étaient 22,5 mm, bronze-aluminium ou cupro-aluminium, 4,00 g, tranche lisse.
f) 50 centimes (et non demi-franc !) 21 mm imprimé et rayé au crayon pour être remplacé par 25 mm (qui sera le diamètre de la 50 centimes Lagriffoul) L'essai de frappe de la boîte est un cupro-nickel, 3,80 g (3,70/ 3,88 g), tranche striée, au diamètre de 20,91mm plus proche du module qui sera finalement choisi en 1964 pour le 1/2 franc Semeuse F.198 (qui mesure 19,5 mm et non pas 21 mm).
g) Dans la boîte Jean-Claude Deroche, on trouvait un emplacement vide en creux, prévu pour un diamètre de 24 mm, emplacement possible d’un flan de 1 franc Semeuse F.226. Dans cette nouvelle boîte, on trouve effectivement une pièce, normale, d'1 franc 1960, SPL 63, manifestement dans cet emplacement depuis 1959 (rappelons que des dizaines de millions de pièces d'1 franc furent frappées en 1959 mais au millésime 1960). On peut noter que le 0 de cet exemplaire est grand : faut-il penser que les frappes au grand O sont de 1959 par opposition à celle de 1960, qui seraient à petit 0 ? Par ailleurs, à l'observation de ces deux boîtes, on peut sérieusement penser que le modèle de la 1 franc n'a pas été défini par la Commission Monétaire mais qu'il avait déjà été décidé, au plus haut niveau de l'État, sur le modèle presque exact du dernier franc-or, la Semeuse de Roty, dès la décision de créer le Nouveau Franc prise. Dans ce cas, il n'y a jamais eu d'essai de frappe dans cette boîte pour la 1 franc, car toutes les coupures devaient s'articuler autour de cette unité. Le carton indicatif précise bien « 1 F, Ni, Ø 24 mm, 6 g » qui sont exactement les caractéristiques définitives adoptées.
h) Théorique inscrit sur le carton « 2 F, Ag 835‰, Ø 26 mm, P = 8,5 g ». Les réels constatés sont 26 et 25,99 mm, 8,73 et 8,68 g, tranche striée, le module de la 2 francs Semeuse frappée en essai en 1959 (qui mesure bien 26 mm et non pas 27 mm, comme indiqué dans certains ouvrages)
i)Théorique inscrit sur le carton « 5 F, Ag 835‰, Ø 29 mm, P = 12 g ». Les réels constatés sont 29 et 29,14 mm, 11,96 et 12,17 g, tranche striée, donc module de la 5 francs Semeuse F.340 mais pas avec la tranche définitive
QUAND CETTE BOÎTE FUT-ELLE ÉMISE ?
La datation de cette boîte à 1959 repose sur plusieurs recoupements. Par le différent du droit de ces essais de frappe, chouette de Raymond Joly, nous savons qu’ils ne peuvent être antérieurs à octobre 1958.
Nous savons aussi que la boîte est antérieure à 1966 car nous trouvons dans la collection Kolsky, MONNAIES VI, n° 2010, Gadoury 1989, 428, un essai de frappe en nickel au poids et au diamètre du 1/2 franc Semeuse d’un modèle complètement différent du nôtre et daté de 1966. Constatons au passage la bizarrerie de fabriquer en 1966 un essai de frappe d’une pièce dont deux cent millions d’exemplaires ont déjà été frappés...
Sachant qu’elle a servi à définir des monnaies qui furent déjà fabriquées en 1959 (63 millions de 1 franc furent frappées en 1959 avec des coins datés de 1960) et que le décret du Nouveau Franc est du 28 décembre 1958, cette boîte a certainement été fabriquée et distribuée dans les deux premiers mois de 1959 (ce qui peut expliquer, comme nous le verrons ci-dessous, l’absence des essais de frappe aux modules de 1 franc et de 10 centimes).
Concernant les essais de frappe de cette boîte nous disposons d’éléments de comparaison avec des essais de la collection Kolsky, MONNAIES VI.
Pour les aluminiums nous avons les numéros 798 à 800, 19mm, 17 mm, 16,5 mm, où le n°800 est rigoureusement identique à notre a) qui est donc mal classé dans MONNAIES VI où nous l’avions considéré comme un essai de frappe et de métal de la 5 centimes F.125. Nous connaissons une pré-série de 2 centimes Épi sur flan de 5 centimes en aluminium de 19 mm et 0,92 g publiée dans MONNAIES IV sous le n° 1755 qui correspond parfaitement à notre b) : cet essai de frappe est donc celui d’une deux centimes F.111.
Pour les bronze-aluminiums, nous trouvons un équivalent exact à notre c) sous le numéro 824 de la collection Kolsky, déjà répertorié comme essai de frappe de 5 centimes Lagriffoul, et peut-être l’occupant d’origine du d) avec le n°1300 (Br-Al, 21,5 mm, 3,32 g, tranche striée), déjà référencée comme un essai de frappe de 10 centimes Lagriffoul. En revanche, nous n’avons trouvé aucune trace d’un équivalent de notre e) qu’il faut pourtant rapprocher de la 20 centimes Lagriffoul qui sera frappée en 1962.
Nous n’avons rien trouvé concernant les essais de frappe de 50 centimes (notre f) ni la 1 franc, manquant en g).
Le module de cinq francs est identique à la version finale sauf la tranche qui est en striures fines, la virole LIBERTÉ * ÉGALITÉ * FRATERNITÉ n’ayant certainement pas été encore gravée.
QUELLES INFORMATIONS DANS CETTE BOÎTE EXCEPTIONNELLE ?
Les conclusions générales et les comparaisons avec les autres essais de frappe que nous connaissons montrent avec certitude que :
le métal prévu initialement pour les pièces d’1 et 2 centimes était l’aluminium et non l’acier. Ceci est logique puisque ces pièces remplaçaient des pièces en aluminium, les 1 et 2 francs Morlon.
photo juxtaposées d’une 10 francs Guiraud et d’une 10 centimes
les 10 et 20 centimes Lagriffoul étaient prévus dès 1959 ce qui est d’ailleurs parfaitement logique car ils remplacent respectivement au même poids et au même diamètre les pièces de 10 et 20 francs Guiraud ce qui évitait de changer les monnayeurs de machines à sous. Le retrait des Guiraud n’est d’ailleurs que du 21 août 1969 donc avec une longue période de circulation mixte possible entre ancien et nouveau franc.
on peut douter fortement que cette boite “initiale” ait jamais contenu les essais de frappe des 10 centimes Lagriffoul et de la 1 franc. D’autre part, nous constatons que les boîtes d’hommage “finales” furent remplies sur plusieurs années (dans MONNAIES IV, n°1753, la boite donnée en 1962, date des 10 et 20 centimes Lagriffoul en essai, contenait aussi les 2 centimes et 2 francs dont on savait en 1962 qu’elles ne seraient jamais frappées : la boîte a donc été conçue pour les emplacements en 1959 et remplie, pièce après pièce, jusqu’en 1962). Rien n’exclut donc que l'essai de frappe pour la 10 centimes n’ait simplement pas été prêt quand il fallut remettre la boîte aux membres de la Commission Monétaire en 1959 (Dans le cas de la 1 franc on peut penser au contraire que les choix avaient déjà été faits puisque c’est la première pièce à être passée à la frappe, le pivot de la série et le symbole du Nouveau Franc. Il était donc inutile de remettre un flan d’essai de frappe dans la boîte ). Cette boîte, destinée à des choix urgents, ne pouvait pas attendre, il est tout à fait possible qu’elle ait été distribuée ainsi. Deux exemplaires de cette boîte étant maintenant connus, l'un confirme l'autre.
Si cette boîte éclaire bien des aspects de la série qui couvrira toute la 5e République, elle pose quand même quelques questions et particulièrement celle de la création de la 50 centimes Lagriffoul en 1962 au lieu du 1/2 franc en nickel prévu dans notre boîte de 1959. La 50 centimes Lagriffoul ne correspond pas à la 50 francs Guiraud en terme de diamètre ou de poids, elle ne restera pas longtemps en place (décret de retrait au 9 janvier 1965). Au contraire, le modèle du 1/2 franc était déjà prévu en 1959, on ne comprend pas ce qui retardera sa frappe.
Nous pouvons aussi nous demander pourquoi la 5 centimes Épi fut créée alors que la boîte initiale contient l’essai de frappe au module et métal de la 5 centimes Lagriffoul qui sera effectivement fabriquée dès 1966 : on ne comprend pas pourquoi le premier modèle de 5 centimes ne fut pas simplement une Lagriffoul cohérente avec les 10 et 20 centimes.
Si l’histoire complète des choix qui ont présidé à la création des monnaies de la cinquième République reste à écrire, cette boîte exceptionnelle nous éclaire sur bien des points.
Michel Prieur
prieur@cgb.fr.
Nous avions publié en son temps l'étude d'une boîte de frappes d'essai qui nous avait été communiquée par Jean-Claude Deroche, vendue ensuite dans MONNAIES XVI.
Nous obtenons aujourd'hui un autre exemplaire de cette boîte mais bien plus complet et comportant un élément essentiel qui manquait dans la première : un carton à la taille de l'intérieur de la boîte, donnant, pour chaque position, les caractéristiques (faciale, diamètre, poids, métal) de chaque coupure. Il porte également des corrections au crayon qui montrent l'évolution par rapport au projet initial.
Nous reprenons donc notre texte initial en corrigeant à la lumière des nouvelles pièces et en indiquant toutes les nouvelles données.
De la même manière que l’étude d’un trésor, par le simple fait que des monnaies sont groupées selon une logique d’origine, permet de mieux comprendre la structure des émissions que la simple observation des mêmes monnaies isolées, l’étude de cette boîte fait vraiment avancer nos connaissances sur les projets monétaires qui ont accompagné le Nouveau Franc.
POURQUOI UNE BOÎTE DE « FRAPPES D’ESSAI » ?
Cette boîte doit être la première qui fut remise à la Commission Monétaire en 1959 et les choix définitifs ne sont pas encore faits (métal des 1 et 5 centimes, existence de la 2 francs, diamètres définitifs des 5, 10 et 20 centimes, création d’une 50 centimes “intérimaire”, choix des tranches définitives avec 5 francs en LEF et striures larges sur les 1 et 2 francs). Il est tout à fait normal que cette première boîte « de travail » sur les « caractéristiques des monnaies » de la gamme Nouveau Franc ne porte pas leurs types mais soient des essais de frappe. Une gamme monétaire se construit en dernier lieu sur les types d’illustrations. Les critères les plus importants sont :
le choix des faciales : on commence « large » pour restreindre au nécessaire strict en décision finale (ce qui explique que cette boîte comporte neuf faciales lorsque la série définitive n’en comporte que sept, la 2 centimes et la 2 francs disparaîtront)
le choix des diamètres (fondamental : souvenons-nous de l’erreur de diamètre sur la 10 francs Jimenez de 1986, conçue trop petite et rejetée par la population)
le choix des métaux, non seulement de décider de l’usage éventuel de métal précieux mais encore de quels métaux. Les émissions se comptant en milliers de tonnes, l’impact économique est réel, n’oublions pas le nickel de Nouvelle-Calédonie qui décida des métaux monétaires de l’entre-deux guerres et de toute la dernière série. Dans le même esprit les discussions sur les métaux de l’euro furent acharnées entre les Suédois (mines de cuivre), les Français (mines de nickel). Voir le dossier à http://www.argent.fr/interetsparticuliers.htm .
le choix technique des flans. Dans notre cas, la sophistication des flans n’avait pas atteint les hauteurs actuelles et la Monnaie de Paris ne risquait pas de se voir dépossédée de la frappe des monnaies françaises comme c’est de plus en plus le cas actuellement mais le choix technique des flans est devenu essentiel.
Bref, une boîte de travail initial d’une commission monétaire contient des flans en essais de frappe et non des monnaies terminées, puisque la Commission Monétaire est justement là pour en décider.
En revanche, la boite d’hommage “finale” de la série « Pièces en Nouveaux Francs » fut celle vendue dans MONNAIES IV, numéro 1753. Elle comportait neuf pièces dans leurs versions “définitives” et fut certainement distribuée en 1962 (manque la 5 centimes Lagriffoul dont un essai de frappe se trouve pourtant dans notre boite initiale (c). On constate que la 2 centimes et la 2 francs qui ne furent finalement pas fabriquées se trouvent néanmoins tant dans la boîte d’essais de frappe “initiale” que dans la boite d’hommage “semi-définitive”.
Il existe une boîte « terminale » pour cette Commission, boîte qui fut distribuée en 1966 et que l’on peut voir dans MONNAIES XI, n° 2163. Elle comprend les monnaies qui ont réellement été frappées. Ce coffret comprend l’essai de 10 francs 1964 argent (F.364/2), de 5 francs 1959 argent (grand 5, F.340/1), de 1 franc 1959 en nickel (F.226/1), de 50 centimes 1965 en nickel (F.198/2), de 20 centimes 1962 (F.156/1), de 10 centimes 1962 (F.144/1), de 5 centimes 1966 (F.125/1) et de 1 centime épi 1961 (F.106/4). Elle portait en lettres d’or sur la face « NOUVEAU SYSTÈME DES MONNAIES MÉTALLIQUES/DÉCRET DU 22 DÉCEMBRE 1959 ET TEXTES SUBSÉQUENTS
Commençons par la description de la boîte initiale de la Collection Pierre.
C’est une luxueuse boîte de présentation doublée en cuir, l’intérieur en velours vert avec des emplacements en creux pour les monnaies, portant en lettres dorées sur le plat extérieur “CARACTÉRISTIQUES DES MONNAIES”. Elle contient des flans monétaires, marqués à l’avers “MONNAIE DE PARIS” et les différents monétaires “chouette” et “corne d’abondance” et au revers “ESSAI DE FRAPPE”, aux caractéristiques suivantes, les poids entre parenthèses étant ceux observés et non les théoriques :
a) 16,5 mm, aluminium, 0,65 g (0,65 / 0,67), tranche lisse, module de la 1 centime Épi F.106, prévu en aluminium alors que la frappe finale sera en acier (un essai en aluminium cité dans le Gadoury 1989 en 16 mm).
b) 19 mm, aluminium, 0,90 (0,93/0,91 g), tranche lisse, module de la 5 centimes Lagriffoul F.124, (aucun essai en aluminium cité dans le Gadoury 1989 ni en 2 centimes, ni en 5 centimes) mais nous connaissons une pré-série de 2 centimes Épi sur flan de 5 centimes en aluminium de 19 mm et 0,92 g publiée dans MONNAIES IV sous le n° 1755 qui correspond parfaitement : cet essai de frappe est donc celui d’une deux centimes Épi F.111.
c) 17,5 mm, bronze-aluminium ou cupro-aluminium, 2,30 g (2,22/2,22 g), tranche lisse, probablement module de 5 centimes Lagriffoul F.125 (qui mesure 17 mm et non pas 17,5 mm).
d) Dans la boîte de Jean-Claude Deroche, on trouvait ensuite un emplacement vide en creux, prévu pour un cupro-aluminium au diamètre de 20 mm et un poids de 3 g (effectivement, les caractéristiques adoptées pour la 10 centimes Lagriffoul) emplacement possible d’un flan de 10 centimes F.144. Dans cette nouvelle boîte, nous trouvons une frappe d'essai très curieuse, en aluminium, 20,94 mm, 1,17 g, à un type très rare avec rond central et date (1959) comme nous en avons proposé une dans la Collection Kolsky , MONNAIES VI, n° 795, mais en bronze aluminium.
Il est donc possible que cet essai de frappe n'ait pas été à l'origine dans la boîte mais il est aussi possible qu'il s'agisse d'une version aluminium de la 5 centimes épi qui finira en acier, mais sont aussi en aluminium dans cette boîte. Un troisième exemplaire de cette boîte nous renseignera peut-être.
e) Importante information grâce au carton d'accompagnement, celui-ci porte imprimé 25 c, surchargé au crayon 20 c, et diamètre de 22,5 rectifié au crayon 23,5. La première pièce prévue aurait donc été, comme au temps du Franc-or, un quart de Franc mais ce qui est plus que bizarre est que l'essai de frappe de la boîte a un diamètre de 22,46 mm donc la première version alors que la 20 centimes Lagriffoul fait bien 23,5, la deuxième version. Dans la boîte de Jean-Claude Deroche, les caractéristiques de l'essai de frappe étaient 22,5 mm, bronze-aluminium ou cupro-aluminium, 4,00 g, tranche lisse.
f) 50 centimes (et non demi-franc !) 21 mm imprimé et rayé au crayon pour être remplacé par 25 mm (qui sera le diamètre de la 50 centimes Lagriffoul) L'essai de frappe de la boîte est un cupro-nickel, 3,80 g (3,70/ 3,88 g), tranche striée, au diamètre de 20,91mm plus proche du module qui sera finalement choisi en 1964 pour le 1/2 franc Semeuse F.198 (qui mesure 19,5 mm et non pas 21 mm).
g) Dans la boîte Jean-Claude Deroche, on trouvait un emplacement vide en creux, prévu pour un diamètre de 24 mm, emplacement possible d’un flan de 1 franc Semeuse F.226. Dans cette nouvelle boîte, on trouve effectivement une pièce, normale, d'1 franc 1960, SPL 63, manifestement dans cet emplacement depuis 1959 (rappelons que des dizaines de millions de pièces d'1 franc furent frappées en 1959 mais au millésime 1960). On peut noter que le 0 de cet exemplaire est grand : faut-il penser que les frappes au grand O sont de 1959 par opposition à celle de 1960, qui seraient à petit 0 ? Par ailleurs, à l'observation de ces deux boîtes, on peut sérieusement penser que le modèle de la 1 franc n'a pas été défini par la Commission Monétaire mais qu'il avait déjà été décidé, au plus haut niveau de l'État, sur le modèle presque exact du dernier franc-or, la Semeuse de Roty, dès la décision de créer le Nouveau Franc prise. Dans ce cas, il n'y a jamais eu d'essai de frappe dans cette boîte pour la 1 franc, car toutes les coupures devaient s'articuler autour de cette unité. Le carton indicatif précise bien « 1 F, Ni, Ø 24 mm, 6 g » qui sont exactement les caractéristiques définitives adoptées.
h) Théorique inscrit sur le carton « 2 F, Ag 835‰, Ø 26 mm, P = 8,5 g ». Les réels constatés sont 26 et 25,99 mm, 8,73 et 8,68 g, tranche striée, le module de la 2 francs Semeuse frappée en essai en 1959 (qui mesure bien 26 mm et non pas 27 mm, comme indiqué dans certains ouvrages)
i)Théorique inscrit sur le carton « 5 F, Ag 835‰, Ø 29 mm, P = 12 g ». Les réels constatés sont 29 et 29,14 mm, 11,96 et 12,17 g, tranche striée, donc module de la 5 francs Semeuse F.340 mais pas avec la tranche définitive
QUAND CETTE BOÎTE FUT-ELLE ÉMISE ?
La datation de cette boîte à 1959 repose sur plusieurs recoupements. Par le différent du droit de ces essais de frappe, chouette de Raymond Joly, nous savons qu’ils ne peuvent être antérieurs à octobre 1958.
Nous savons aussi que la boîte est antérieure à 1966 car nous trouvons dans la collection Kolsky, MONNAIES VI, n° 2010, Gadoury 1989, 428, un essai de frappe en nickel au poids et au diamètre du 1/2 franc Semeuse d’un modèle complètement différent du nôtre et daté de 1966. Constatons au passage la bizarrerie de fabriquer en 1966 un essai de frappe d’une pièce dont deux cent millions d’exemplaires ont déjà été frappés...
Sachant qu’elle a servi à définir des monnaies qui furent déjà fabriquées en 1959 (63 millions de 1 franc furent frappées en 1959 avec des coins datés de 1960) et que le décret du Nouveau Franc est du 28 décembre 1958, cette boîte a certainement été fabriquée et distribuée dans les deux premiers mois de 1959 (ce qui peut expliquer, comme nous le verrons ci-dessous, l’absence des essais de frappe aux modules de 1 franc et de 10 centimes).
Concernant les essais de frappe de cette boîte nous disposons d’éléments de comparaison avec des essais de la collection Kolsky, MONNAIES VI.
Pour les aluminiums nous avons les numéros 798 à 800, 19mm, 17 mm, 16,5 mm, où le n°800 est rigoureusement identique à notre a) qui est donc mal classé dans MONNAIES VI où nous l’avions considéré comme un essai de frappe et de métal de la 5 centimes F.125. Nous connaissons une pré-série de 2 centimes Épi sur flan de 5 centimes en aluminium de 19 mm et 0,92 g publiée dans MONNAIES IV sous le n° 1755 qui correspond parfaitement à notre b) : cet essai de frappe est donc celui d’une deux centimes F.111.
Pour les bronze-aluminiums, nous trouvons un équivalent exact à notre c) sous le numéro 824 de la collection Kolsky, déjà répertorié comme essai de frappe de 5 centimes Lagriffoul, et peut-être l’occupant d’origine du d) avec le n°1300 (Br-Al, 21,5 mm, 3,32 g, tranche striée), déjà référencée comme un essai de frappe de 10 centimes Lagriffoul. En revanche, nous n’avons trouvé aucune trace d’un équivalent de notre e) qu’il faut pourtant rapprocher de la 20 centimes Lagriffoul qui sera frappée en 1962.
Nous n’avons rien trouvé concernant les essais de frappe de 50 centimes (notre f) ni la 1 franc, manquant en g).
Le module de cinq francs est identique à la version finale sauf la tranche qui est en striures fines, la virole LIBERTÉ * ÉGALITÉ * FRATERNITÉ n’ayant certainement pas été encore gravée.
QUELLES INFORMATIONS DANS CETTE BOÎTE EXCEPTIONNELLE ?
Les conclusions générales et les comparaisons avec les autres essais de frappe que nous connaissons montrent avec certitude que :
le métal prévu initialement pour les pièces d’1 et 2 centimes était l’aluminium et non l’acier. Ceci est logique puisque ces pièces remplaçaient des pièces en aluminium, les 1 et 2 francs Morlon.
photo juxtaposées d’une 10 francs Guiraud et d’une 10 centimes
les 10 et 20 centimes Lagriffoul étaient prévus dès 1959 ce qui est d’ailleurs parfaitement logique car ils remplacent respectivement au même poids et au même diamètre les pièces de 10 et 20 francs Guiraud ce qui évitait de changer les monnayeurs de machines à sous. Le retrait des Guiraud n’est d’ailleurs que du 21 août 1969 donc avec une longue période de circulation mixte possible entre ancien et nouveau franc.
on peut douter fortement que cette boite “initiale” ait jamais contenu les essais de frappe des 10 centimes Lagriffoul et de la 1 franc. D’autre part, nous constatons que les boîtes d’hommage “finales” furent remplies sur plusieurs années (dans MONNAIES IV, n°1753, la boite donnée en 1962, date des 10 et 20 centimes Lagriffoul en essai, contenait aussi les 2 centimes et 2 francs dont on savait en 1962 qu’elles ne seraient jamais frappées : la boîte a donc été conçue pour les emplacements en 1959 et remplie, pièce après pièce, jusqu’en 1962). Rien n’exclut donc que l'essai de frappe pour la 10 centimes n’ait simplement pas été prêt quand il fallut remettre la boîte aux membres de la Commission Monétaire en 1959 (Dans le cas de la 1 franc on peut penser au contraire que les choix avaient déjà été faits puisque c’est la première pièce à être passée à la frappe, le pivot de la série et le symbole du Nouveau Franc. Il était donc inutile de remettre un flan d’essai de frappe dans la boîte ). Cette boîte, destinée à des choix urgents, ne pouvait pas attendre, il est tout à fait possible qu’elle ait été distribuée ainsi. Deux exemplaires de cette boîte étant maintenant connus, l'un confirme l'autre.
Si cette boîte éclaire bien des aspects de la série qui couvrira toute la 5e République, elle pose quand même quelques questions et particulièrement celle de la création de la 50 centimes Lagriffoul en 1962 au lieu du 1/2 franc en nickel prévu dans notre boîte de 1959. La 50 centimes Lagriffoul ne correspond pas à la 50 francs Guiraud en terme de diamètre ou de poids, elle ne restera pas longtemps en place (décret de retrait au 9 janvier 1965). Au contraire, le modèle du 1/2 franc était déjà prévu en 1959, on ne comprend pas ce qui retardera sa frappe.
Nous pouvons aussi nous demander pourquoi la 5 centimes Épi fut créée alors que la boîte initiale contient l’essai de frappe au module et métal de la 5 centimes Lagriffoul qui sera effectivement fabriquée dès 1966 : on ne comprend pas pourquoi le premier modèle de 5 centimes ne fut pas simplement une Lagriffoul cohérente avec les 10 et 20 centimes.
Si l’histoire complète des choix qui ont présidé à la création des monnaies de la cinquième République reste à écrire, cette boîte exceptionnelle nous éclaire sur bien des points.
Michel Prieur
prieur@cgb.fr.







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