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Les trésors numismatiques : Le Trésor d'Amélie (Seine-Maritime) - 1846

Après les trésors de Gimont, de Soignies et de Clisson, nous proposons aux amateurs de trésors monétaires et de monnaies modernes françaises le trésor d'Amélie contemporain aux trois premiers et découvert dans les années 1980 dans la région rouennaise.

Il se compose, au total, de 323 écus français dont les millésimes couvrent une période allant de l'an IV à 1846 – date supposée de son enfouissement –, de 3 écus belges à l'effigie de Léopold Ier (tête laurée) et de 3 écus italiens à l'effigie de Napoléon Ier. Aucun écu royal français, bien qu'en circulation légalement jusqu'en 1834, n'a été retrouvé.

Dès le premier coup d'oeil, on peut observer le caractère inégal de la composition des monnaies françaises : 6 pièces pour le Directoire (soit 1,83 % des pièces retrouvées), 8 pièces pour le Consulat (soit 2,43 %), 52 pour le Premier Empire (soit 15,80 %), 35 pour Louis XVIII (soit 10,64 %), 54 pièces pour Charles X (soit 16,41 %) et 168 pièces pour Louis-Philippe (soit 51,06 %). Seuls la Première Restauration (1814) et les Cent-Jours (1815) ne sont pas représentés. La Seconde Restauration est, quant à elle, représentée par trois monnaies. Cette composition, qui donne un nombre de pièces majoritairement à l'effigie de Louis-Philippe, est sensiblement comparable à celles des trésors de Gimont, de Soignies et de Clisson ce qui est tout à fait logique compte tenu de leurs dates supposées d'enfouissement.

La répartition par type est également inégale. On ne trouve malheureusement ni de 5 francs type transitoire 1807 ni de 5 francs Charles X tranche en relief. Il est vrai que ces deux types n'ont été frappés qu'à quelques milliers d'exemplaires ce qui n'est pas le cas, en revanche, des 5 francs Napoléon Empereur type intermédiaire, dont l'absence est surprenante au regard des 1 500 000 exemplaires théoriquement frappés. D'une manière générale, les différents types des Union et Force, tout comme ceux de Louis-Philippe, sont mal représentés puisqu'il en manque, pour les Union et Force, huit (F.287, F.289, F.290, F.293, F.295, F.297, F.298, F.300) et, pour Louis-Philippe, cinq (F.314, F.317, F.319, F.322 et F.323) confirmant par là l'extrême rareté de la plupart d'entre eux !

Le trésor rassemble des monnaies frappées dans presque tous les ateliers monétaires de la période – à l'exception de ceux de Gênes, de Genève, de Rome, de Turin et un peu plus surprenant de Marseille – ce qui permet de le qualifier de « trésor de circulation » et non de « thésaurisation ». L'atelier de Paris arrive logiquement en tête compte-tenu de la situation géographique avec 35,56 % des pièces retrouvées suivi de celui de Lille (24,92 %). Celui de Rouen, pourtant géographiquement plus proche du lieu de la découverte que les deux précécents ateliers, n'arrive qu'en troisième position avec 17,02 % des pièces retrouvées. Ces trois ateliers rassemblent plus des trois quarts des pièces retrouvées (77,5 %). Cette forte concentration de monnaies frappées dans les trois principaux ateliers du nord de la France et proches du lieu de la découverte du trésor contraste avec la faible quantité de monnaies frappées dans les autres ateliers du territoire, en particulier ceux du sud de la France : Bayonne (3,04 %), Bordeaux et Nantes (2,74 % chacun), Strasbourg et Perpignan (2,43 % chacun), Limoges et Toulouse (2,13 % chacun), Lyon (1,52 %) et La Rochelle (1,21 %). La dernière place revient à Utrecht avec une seule pièce retrouvée (0,30 %).

Toutes les monnaies du trésor sont dans un état de conservation compris entre TB et SUP (18 seulement sont SUP : une Napoléon Ier, une Louis XVIII et seize Louis-Philippe ce qui se comprend facilement compte-tenu de leur date d'enfouissement). L'état de conservation moyen des monnaies est situé entre TTB 40 et TTB 48, malgré des traces de leur brillant d'origine ! Ceci vient du frai qu'elles ont subi par une plus ou moins longue circulation (près de 50 ans pour les plus anciennes), des conditions de leur enfouissement, de leur entassement et de l'humidité du lieu de conservation.

Nous n'avons trouvé aucune information concernant l'auteur et les raisons de l'enfouissement de ce trésor. Cependant, quelques hypothèses peuvent être avancées compte-tenu des conditions de sa découverte, de sa composition et du contexte historique.

Nous savons que ce trésor était enterré dans un champs et qu'il a été découvert lors de travaux de labourage. Cet élément permet de mettre en évidence le fait que le propriétaire devait certainement être un homme peu habitué à détenir autant d'argent puisque le fait d'enterrer leurs économies leur est traditionnellement propre, les riches ou les bourgeois ayant davantage le réflexe de les cacher dans leur maison plutôt que de les enterrer. Si le propriétaire est un homme de condition modeste, on peut penser à un paysan. Le terme « paysan » regroupe plusieurs catégories de personnes allant du gros laboureur fortuné au manoeuvrier. Si l'on garde en tête l'idée selon laquelle un homme riche cache son trésor en hauteur et donc ne l'enterre pas, on peut penser à un petit paysan, ce qui nous amène à considérer l'origine de l'argent.

Comme en témoignent la quantité et la répartition d'écus retrouvés, l'origine la plus évidente est celle de la vente d'un bien (propriété, bétail, récolte etc...) qui ne rentre pas dans l'économie domestique normale : sinon, la somme n'aurait pas été thésaurisée mais dépensée pour les charges courantes. N'oublions pas que 329 écus de 5 francs représentent la somme de 1645 francs, ce qui constitue une somme relativement sérieuse. À titre d'exemple, un ouvrier parisien gagnait en moyenne 3 francs par journée de travail ; une nuit dans une bonne auberge coûtait 4 francs, une chemise 2 francs.

D'autres hypothèses peuvent être avancées pour expliquer l'origine du trésor : une dot,  un héritage, ou pourquoi pas, un vol ou un casse. On peut en effet penser que des voleurs aient caché au même endroit un magot constitué de plusieurs vols en pensant venir le chercher plus tard mais que, entre temps, ils aient été arrêtés et n'aient pas pu revenir le chercher... Mais cette probabilité est infime : les voleurs ne thésaurisent jamais, sinon, ils ne voleraient pas...

Force est de constater qu'il existe très peu de compte-rendus sérieux des découvertes de trésors modernes. L'ensemble est même plutôt apocalyptique. En effet, lorsqu'on examine le travail des archéologues, on a trop souvent l'impression que, pour eux, les gens ont cessé d'enterrer leurs pièces après la Terreur ! C'est la raison pour laquelle la publication de ce trésor sur cgb.fr (dans la rubrique 'Trésors') devrait permettre, espérons-le, de changer les mauvaises habitudes et de bousculer les idées préconçues en montrant au grand public que l'on peut vendre un trésor officiellement après l'avoir correctement classé de façon à ce que ce soit son ensemble et non ses parties qui ait un sens.

 

Stéphane Desrousseaux

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