Monnaie inédite de l’atelier de Thessalonique ?
à paraître dans Monnaie IX
Détail

 

L’atelier de Thessalonique qui était fermé depuis 303 (1) fut remis en activité après la conférence de Carnuntum le 11 novembre 308 et la nomination de Licinius Ier Auguste, nouveau collègue de Galère. Cette nomination directe de Licinius à l’Augustat et le maintien de Constantin et de Maximin au statut de Césars provoquèrent la colère du plus ancien collègue du senior Augusti, Maximin, césar depuis le 1er mai 305. Afin d’apaiser les rancunes de Maximin et essayer de maintenir la fiction d’une Tétrarchie consolidée, Galère décerna le titre de Filii Augustorum à Constantin Ier et à Maximin (2). Galère dans cette nouvelle organisation avait conservé l’administration de l’Asie Mineure et des Balkans, secondé par Licinius Ier en Pannonie. Maximin eut la Syrie et l’Égypte (3). L’atelier de Thessalonique relevait dont directement de l’administration de Galère. Il est donc normal qu’il ait fait frapper des espèces aux noms des Filii Augustorum.

La pièce que nous vous présentons aujourd’hui, présente plusieurs particularités. Il s’agit d’un follis ou nummus taillé au 48e de livre (poids théorique 6,765 g) dont voici la description :
A/ MAX[IMIN]VS. FIL. AVGG, « Maximinus Filius Augustorum », (Maximin fils des Augustes).Tête laurée de Maximin II à droite (O*) (4).
R/ [GEN]IO CA-ESARIS/ -|D// SMTS, « Genio Cæsaris », (Au génie du César).
Génie du Peuple Romain nu debout à gauche, coiffé du modius, le manteau tombant sur l’épaule gauche, tenant une patère de la main droite et une corne d’abondance de la main gauche.Bronze, (6,95 g, 25 mm, 6 h). C. - (5) RIC. - (6).

Notre pièce est de bon style moyennement usée, en particulier sur les légendes du droit et du revers comme si le métal avait été légèrement pincé à cet endroit. Les lettres sont légèrement tréflées. Au revers, le champ à gauche présente un champ légèrement craquelé. La pièce a été légèrement nettoyée et a une fine patine marron. La tranche est légèrement irrégulière avec de fines craquelures. Le poids de l’exemplaire est élevé (7). Le portait de Maximin est très proche des exemplaires conservés à Glasgow (8). En résumé, la pièce paraît tout à fait authentique. Elle présente pourtant deux particularités : dans le champ à gauche, on ne trouve pas d’étoile et les lettres de l’exergue °SM° TS° ne sont pas ponctuées, deux caractéristiques qui se retrouvent sur toutes les bronzes de Thessalonique qui a repris celles de la dernière émission de Serdica qui a définitivement fermé en 308 (9).

Pour Maximin en particulier, mais le même schéma est aussi applicable à Constantin, pour l’atelier de Thessalonique, la quatrième officine (?) est réservée aux “Fils des Augustes”(10). À Thessalonique, mais aussi à Siscia, nous avons trois émissions successives. Maximin est d’abord César, puis Filius Augustorum, enfin Auguste (11). Les trois émissions présentent les mêmes marques de revers. La seule extension notable est le passage de quatre à six officines pendant cette période, au cours de la seconde émission avec l’apparition des titulatures rappelant la filiation de Maximin et de Constantin (12)qui seront ensuite la norme pour les émissions suivantes (13).

Pour l’exemplaire présenté, nous devons rejeter une émission inaugurale de l’atelier avec une codification particulière. Nous connaissons des pièces normales pour Maximin César avant qu’il est reçu le titre de Filius Augustorum (14). Pour les mêmes raisons, nous ne pouvons pas diviser une émission dédiée aux Fils des Augustes avec la seconde marque puisque il existe des monnaies de Maximin Auguste avec la marque *// °SM° TS° (15).

Il nous reste alors deux solutions pour notre monnaie :
1) Nous sommes en présence d’un faux d’époque, de très bon style, copié directement sur un exemplaire de l’atelier où le scalptor aurait omis de placer les signes distinctifs. Pourquoi, réaliser un tel travail pour oublier la signature de l’atelier. Les imitations de l’époque ou les faux pour servir balkaniques sont plutôt d’un style grossier ;
2) nous avons affaire à une pièce officielle ou le graveur a omis de placer l’étoile et les points abréviatifs de la marque d’atelier. Les très rares exemplaires de cette monnaie ou de l’autre type de légende avec VIRTVS EXERCITVS présentent toujours des codifications classiques pour l’atelier (16).
3) Nous n’osons appréhender une troisième hypothèse, celle d’un faux moderne, particulièrement dangereux, mais qui aurait prix le risque d’être facilement confondu à cause de ces erreurs grossières.

Nous ne connaissons pas l’origine de cette pièce, mais elle ne semble pas provenir des Balkans, lieu d’émission et de circulation de ce type de monnaies, mais d’une vieille collection.
La recherche d’autres exemplaires du même type et de la même émission pour Galère, Licinius Ier, Constantin et Maximin Filii Augustorum permettra peut-être dans l’avenir de répondre au problème que nous avons soulevé aujourd’hui. Malheureusement la rareté des pièces de Constantin et de Maximin rendra cette quête longue et difficile.
La pièce que nous vous présentons aujourd’hui pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.

 

Vous avez des remarques à faire, contactez L. Schmitt. mail: schmitt@cgb.fr

Article à paraître dans le Bulletin de la Société Française de Numismatique du 5 février 2000
Bibliographie

(1) C. H. V. SUTHERLAND, Roman Imperial Coinage, volume VI, From Diocletian’s reform (A.D. 294) to the death of Maximinus (A.D. 313), Londres, 1973, p. 501-504 et 509-513.
(2) Lactance, De Mortibus Perscecutorum, XXXII, 1 à 5. « Victus contumacia, tollit Cæsarum nomen et se Liciniumque Augustos appellat, Maximinum et Constantinum filios Augustorum »;
Jules MAURICE, Numismatique constantinienne, tome II, Paris, 1911, p. 299-303 et 421-423;
Pierre BASTIEN, Le monnayage de l’atelier de Lyon, de la réforme monétaire de Dioclétien à la fermeture temporaire de l’atelier en 316, (294-316), Wetteren, 1980, p. 21-22.
(3) Pierre BASTIEN, op. cit., p. 22.
(4) Pierre BASTIEN, Le buste monétaire des empereurs romains, volume 2, Wetteren 1993, p. 703.
(5) Henry COHEN, Description historique des monnaies frappées sous l’Empire Romain, volume VII, Paris 1888.
(6) R.I.C., op. cit., p.514.
(7) Jean-Pierre CALLU, La politique monétaire des empereurs romains de 238 à 311, B.E.F.A.R. 214, Paris 1969, p.464, note 8. Pour la période comprise entre 308 et 311, l’auteur a relevé un poids moyen de 6,51 g pour 36 exemplaires.
(8) Anne S. ROBERTSON, Roman Imperial Coins in the Hunter Coin Cabinet, University of Glasgow, volume V, Diocletian (Reform) to Zeno, Oxford 1982, p.86, n°18, pl.26, (GENIO CAESARIS) et 19, pl.26 (VIRTVS EXERCITVS).
(9) R.I.C., op. cit., p. 505-506 et p. 513-516 pour Thessalonique ; p. 490 et 499-500 pour Serdica.
(10) R.I.C., op. cit., p.514 n°31a et 32a pour Maximin, 31b et 32b pour Constantin.
(11) R.I.C., op. cit., p. 514-516 pour Thessalonique.
1re émission : Maximin César et Constantin César, n°31a et 31b,
2e émission : Maximin et Constantin filii Augustorum, n° 32a et 32b,
3e émission : Maximin Auguste, 41 et 42.
(12) R.I.C., op. cit., p.514, note 5. L’auteur signale que la pièce de la quatrième officine est conservée à Oxford et que les pièces des cinquième et sixième officines sont à Vienne. La pièce de la collection de Glasgow HCC. 18 est de la sixième officine. Le passage de quatre à six officines se fit pendant que Maximin et Constantin étaient Filii Augustorum. Les cinquièmes et sixièmes officines ne sont répertoriées que pour Maximin et restent à retrouver pour Constantin.
(13) R.I.C., op. cit., p. 516. Maximin en tant qu’Auguste a maintenant la troisième officine n° 41 et 42 et parfois la quatrième officine, n°42. Les deux premières officines ne semblent pas avoir été retrouvées ou utilisées.
(14) R.I.C., p. 514, n°31a.
(15) R.I.C., p. 516, n° 41 et 42.
(16) R.I.C., p. 515, n° 38a et 39a pour Maximin et 38b et 39 b pour Constantin Ier.



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