Rome XIII - LE MONNAYAGE DE
CLAUDE II LE GOTHIQUE ET DE QUINTILLE

 

I. Atelier de Milan.

Faisant le siège d’Auréolus à Milan, Gallien fut assassiné suite à un complot. Claude II fut alors nommé empereur, et Auréolus lui ouvrit les portes de la ville avant d’être exécuté. Le nouvel empereur prit donc possession de l’atelier milanais dès son avènement. Les monnaies de Milan se caractérisent par un style très particulier, très différent de celui des autres ateliers. Les flans sont souvent courts mais épais. Sauf rares exceptions, la titulature de droit est IMP CLAVDIVS P F AVG.

Emission spéciale : donativum d’avènement : septembre 268. Dès son avènement à Milan, Claude II ordonne une importante production de monnaies d’or destinées à son donativum. A cette occasion furent frappés des aurei et une exceptionnelle série de médaillons d’or de 7½ aurei avec au revers CONCORDIA EXERCITVS. Tous les exemplaires connus proviennent de la trouvaille de Corse (H. Huvelin et J. Lafaurie, RN 1980 ; H. Huvelin, NAC 1986). Il faut sans doute rattacher à cette émission une série de rares antoniniens avec des bustes exceptionnels : bustes tenant une lance, bustes tenant un sceptre, et bustes avec la main bénissant (H. Huvelin dans Mélanges… offerts à Jean Lafaurie, 1re émission).

Première émission : septembre 268 – janvier 269. L’atelier de Milan présente une intéressante particularité dans la structure de ses émissions : chaque officine emploie deux types de revers, un courant, l’autre rare. Cette émission est composée de rares aurei (H. Huvelin, NAC 1986, 2e et 3e séries d’aurei) et de nombreux antoniniens. La titulature de droit est parfois ponctuée : IMP CLAVDIVS·P·F·AVG. Les bustes sont drapés et cuirassés vu de dos (A2) sur les antoniniens. La lettre d’officine, placée à l’exergue, est parfois absente. On distingue clairement deux types de portrait : le premier présente un visage « rond » (style 1), le second offre un portrait beaucoup plus marqué avec une mâchoire presque rectangulaire (style 2). Faut-il diviser cette émission en deux phases selon le type de portrait ? Nous ne pensons pas. Il s’agit plus vraisemblablement de l’œuvre de deux graveurs. En effet, le second type est déjà présent sur les célèbres médaillons d’or du donativum, alors que le premier style est celui des aurei de ce même donativum et des antoniniens frappés par Auréolus (A. Alföldi, Studien…, p.6-7). Le style 1 est donc l’œuvre du graveur déjà présent à Milan sous Auréolus, le style 2 est celui d’un nouveau graveur travaillant à Milan à partir de l’avènement de Claude II.

Emission spéciale : consulat : janvier 269. De très rares monnaies, aurei et antoniniens, ainsi qu’un denier, sont attribuables à une émission célébrant le premier consulat. Au droit figurent des bustes consulaires et militaires. Les exemplaires connus forment un ensemble cohérent lié par les coins (H. Huvelin dans Mélanges… offerts à Jean Lafaurie et H. Huvelin, BSFN avril 1983).

Deuxième émission : janvier – été 269. Cette deuxième émission est uniquement composée d’antoniniens. Le poids moyen est légèrement réduit (3,00 g. contre 3,28 g. pour la première émission). Le style 1, œuvre du graveur d’Auréolus, est absent, et tous les coins sont désormais l’œuvre du deuxième graveur. Les bustes sont drapés et cuirassés vu de dos (A2), cuirassés (B), ou une simple tête à droite ou à gauche (O et O1). La lettre d’officine est parfois absente.

Emission spéciale : Victoire du Lac de Garde (fin de l’été 269). H. Huvelin (NAC 1982) a démontré l’existence d’une émission commémorant la Victoire du Lac de Garde sur les Alamans. Les rares monnaies de cette émission étaient sans doute destinées à être distribuées à l’occasion d’un donativum. Cette émission comprend aurei, antoniniens sans marque d’officine, deniers, quinaires et sesterces (ces derniers étant de la taille d’un as du Haut-Empire). Le revers le plus marquant représente la Victoire avec deux captifs à ses pieds.

Troisième émission : automne 269. La dernière émission du règne n’est composée que d’antoniniens. A en juger par les quantités dans les trouvailles monétaires, cette émission fut de faible volume. La marque d’officine est toujours présente.

Les bustes sont drapés et cuirassés vu de face (A) ou vu de dos (A2), cuirassés avec un pan de paludamentum (B), ou une simple tête à droite ou à gauche (O et O1). Le poids moyen est réduit à 2,90 g.. Remarquons que, dans la pratique, il n’est pas possible de distinguer les monnaies au revers FIDES MILIT de la deuxième et de la troisième émission.

L’atelier de Milan ferma ses portes à la fin de l’automne 269, pour ne les rouvrir qu’à l’accession de Quintille en septembre 270.

Quintille.

Le monnayage de Quintille à Milan commence par une production d’aurei probablement destinés au donativum.

Première émission : c. septembre 270. Les monnaies de la première émission reprennent les revers de la dernière émission de Claude II. La titulature de droit est longue IMP C M AVR CL QVINTILLVS AVG.

Deuxième émission : c. octobre 270. Cette émission se caractérise par une titulature courte IMP QVINTILLVS AVG. Les revers sont d’abord repris de l’émission précédente, mais quelques officines emploient de nouveaux revers. Les rares monnaies au type PANNONIAE nous semblent être des monnaies hybrides utilisant un coin de droit au nom de Quintille avec un coin de revers d’Aurélien.

Divo Claudio.

Le monnayage de consécration frappé à Milan présente généralement la titulature DIVO CLAVDIO GOTHICO que l’on ne retrouve dans aucun autre atelier. Le type de revers représente un autel allumé (le revers avec l’aigle n’est connu que par un seul exemplaire conservé à Vienne). Les monnaies de Milan se distinguent facilement des DIVO CLAVDIO des autres ateliers par le style.

Toutes ces monnaies ont été frappées par la troisième officine (marque T à l’exergue). Le poids moyen des 6 exemplaires du trésor de La Venèra est de 2,49 g. (2, 41 g. pour les 5 ex. du trésor de Normanby), contre 3,08 g. pour Quintille (62 ex.) et 3,55 g. pour la première émission d’Aurélien (33 ex.). Il peut sembler curieux que le poids moyen des DIVO CLAVDIO est de beaucoup inférieur à celui de l’empereur régnant, que se soit Quintille ou Aurélien. Certes, le « moindre mal » serait d’attribuer ces DIVO CLAVDIO au règne de Quintille, mais le nombre de pesées est sans doute insuffisant pour permettre toute conclusion définitive.

Emission

Officine

Revers courant


Revers rare





CLAUDE II



1re émission

1 : P

SPES PVBLICA

Spes

SALVS AVG

Esculape

septembre 268

2 : S

VICTORIA AVG

Victoria courant à dr.

VICTORIA AVG

Victoria marchant à g.

– janvier 269

3 : T

FELIC TEN(M)PO

Felicitas

PAX EXERC

Pax debout à g.

2e émission

1 : P

VIRTVS AVG

Virtus

ORIENS AVG

Sol puis

janvier –




PROVID AVG

Providentia (corne d’abondance)

été 269

2 : S

FIDES MILIT

Fides

AEQVITAS AVG

Aequitas


3 : T

PAX AVG

Pax courant à g.

PAX AVGVSTI

Pax courant à g.

3e émission

1 : P

DIANA LVCIF

Diane

PAX AVG

Pax debout à g.

automne 269

2 : S

FIDES MILIT

Fides

FORTVNAE RED

Fortuna


3 : T

PROVID AVG

Providentia (sceptre)

CONCOR EXER

Concordia




QUINTILLE



1re émission

1 : P

DIANA LVCIF

Diane

¾¾¾¾¾¾


c. septembre

2 : S

FIDES MILIT

Fides

FORTVNAE RED

Fortuna

270

3 : T

CONCOR EXER

Concordia

PROVID AVG

Providentia (sceptre)

2e émission

1 : P

DIANA LVCIF

Diane

PAX AVG

Pax debout à g. puis

c. novembre




MARTI PACIF[ERO]

Mars

270

2 : S

FIDES MILIT

Fides

FORTVNAE RED

Fortuna


3 : T

CONCOR EXER

Concordia

PROVID AVG

Providentia (sceptre) puis





PAX AVG

Pax marchant à g.




DIVO CLAVDIO



1re et 2e ém.

3 : T

D/ DIVO CLAVDIO

tête radiée à dr. (O1)

R/ CONSECRATIO

Autel allumé

de Quintille ou


D/ DIVO CLAVDIO

GOTHICO, O1

R/ CONSECRATIO

Autel allumé

1re émission d’Aurélien


D/ DIVO CLAVDIO

GOTHICO, O1

R/ CONSECRATIO

Aigle de face, tête à g.



 


 


Claude, 1re émission, graveur 1

 

Claude, 1re émission, graveur 2

 

Claude, 2e émission


 



 


Claude, 3e émission

 

Quintille, 1re émission

 

Divo Claudio

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Jérôme Mairat