Rome XI - TRÉBONIEN GALLE
AU CŒUR DE L’ANARCHIE MILITAIRE

UN ATELIER MONÉTAIRE SECONDAIRE EN OCCIDENT ?

Une série d'antoniniens à la titulature courte IMP C C VIB TREB GALLVS AVG pour Galle, et IMP C C VIB VOLVSIANVS AVG pour Volusien, se distingue des frappes habituelles de la Monnaie de Rome où les titulatures de droit sont toujours IMP CAE C VIB TREB GALLVS AVG et IMP CAES C VIB VOLVSIANO AVG sur les antoniniens. Les premiers chercheurs ont généralement considéré cette série comme émanant d’un atelier secondaire situé en Occident. Le lieu d’émission de ces monnaies fut longtemps controversé. K. Pink suggéra Viminacium comme cité émettrice (« Der Aufbau der römischen Münzprägung in der Kaiserzeit. IV. Von Decius bis Aemilianus », NZ, 1936, p.10 sq.) ; pour G. Elmer, il s’agit d’un atelier militaire itinérant (« Die Münzprägung von Viminacium und die Zeitrechnung der Provinz Ober-Moesien », NZ, 1935, p. 40 sq.) ; H. Mattingly attribua ces monnaies à Milan (« The great Dorchester hoard of 1936 », NC, 1939, p. 21 sq. ; « The reigns of Trebonianus Gallus and Volusian and of Aemilian », NC, 1946, p. 36 sq ; RIC, IV, iii, p.151sq.) ; enfin, P. Le Gentilhomme proposa Aquilée (« La trouvaille de Nanterre », RN, 1946, p. 57 sq.). L’étude des trouvailles monétaires semblait confirmer l’hypothèse d’un deuxième atelier. En effet, ces monnaies représentent la quasi-totalité des monnaies de Galle dans les trouvailles danubiennes, alors qu’elles ne représentent qu’une très faible proportion dans les autres trouvailles, c’est-à-dire essentiellement dans les trouvailles gauloises et italiennes.

A. Alföldi fut le seul de ces savants à placer cette émission à l’atelier de Rome (« Die Vorherrschaft der Pannonier in Römerrreiche », Fünfundzwanzig Iahre römisch-germanisch Kommission, 1930, p. 12 sq.).

 

Galle
Volusien
Galle
Volusien
Rome
IMP CAES C VIB
émission spéciale
IMP C C VIB…

 

L’existence de nombreuses monnaies hybrides présentant un coin de droit à la titulature courte IMP C C…, qui appartient normalement à l’atelier secondaire, avec des types de revers issus des émissions romaines est un point délicat que les savants favorables à un deuxième atelier monétaire laissèrent sous silence. R. A. G. Carson (« Mints in the mid-third century », in : Scripta Nummaria Romana, Essays presented to Humphrey Sutherland, Londres, 1978, p. 65-74), puis E. Belsy et R. Bland (The Cunetio Treasure. Roman Coinage of the Third Century A.D., Londres, 1983, p. 20 sq.) suggérèrent par conséquent d'attribuer ces monnaies soit à l'atelier de Rome, soit à un atelier secondaire alimenté en coins romains. Les analyses statistiques des trésors monétaires ne font aucun doute : ces monnaies circulaient essentiellement dans la région des Balkans. Pour ces savants britanniques, ces monnaies peuvent avoir été frappées à Rome au cours d'une émission spéciale, dont la production était uniquement destinée à la paie des soldats des régions sub-danubiennes

Cette émission spéciale, si elle doit bien être attribuée à Rome, ne serait pas un fait unique dans l'histoire de l'atelier monétaire, car la Monnaie de Rome frappa des tétradrachmes à légende grecque sous le règne de Philippe I, signés MON(ETA) VRB(IS) (voir H. R. Baldus, Moneta Urbis - Antoxia, Francfort, 1969 ; ces monnaies circulaient essentiellement en Syrie). De même, l'atelier de Rome frappa des tétradrachmes alexandrins sous le règne d'Alexandre Sévère (A. Burnett et P. Craddock, "Rome and Alexandria", ANSMN, 28, 1983, p.109-118).

Cette théorie, étant la seule capable d'expliquer l'existence de monnaies hybrides, est aujourd’hui généralement acceptée. Cependant, les savants anglais considèrent que la titulature courte IMP C C… indique que cette émission est la dernière du règne. Une étude typologique nous permet de rejet cette hypothèse. En effet, tous les types de revers employés au cours de cette émission sont repris de la troisième émission (fin 252), à quelques variantes iconographiques près, et aucun revers n’est semblable aux types employés lors de la cinquième émission du règne, qui, d’après les numismates britanniques, précède immédiatement l’émission spéciale. Nous proposons par conséquent de placer cette émission après la troisième émission dont elle reprend tous ses types de revers. La titulature courte IMP C C… au lieu de IMP CAES C… s’explique alors différement. L’administration impériale, qui a dû ordonner cette frappe de monnaies à destination des régions danubiennes, imposa ces nouvelles titulatures afin de pouvoir différencier cette production « spéciale » des frappes ordinaires de l’atelier de Rome.

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Jérôme MAIRAT