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ROME X
LA REFORME MONETAIRE |
LA RÉFORME MONÉTAIRE.
La réforme monétaire organisée par Aurélien est très importante autant dun point de vue historique que numismatique. La restauration dune belle Monnaie, symbole de puissance, est incontestablement liée à la restauration dun Empire. Peu de temps après son accession, Aurélien ordonna la fermeture de latelier de Rome, dont les monnaies étaient de très faible poids et avec un pourcentage de métal très inférieur à celui des autres ateliers monétaires depuis le règne de Gallien.
La réforme monétaire dAurélien a fait coulé beaucoup dencre et les hypothèses sont beaucoup trop nombreuses pour être ici toutes citées. Jean-Pierre Callu (La politique monétaire des empereurs romains de 238 à 311, Paris, 1969, p.325 sq.) observe trois tendances dans les diverses théories : tendance « statu quo », où la monnaie réformée conserve la valeur de lantoninien pré-réforme, cest-à-dire 2 deniers, tendance « déflationniste », où la nouvelle monnaie vaut moins de 2 deniers, et tendance « inflationniste », qui considère que la nouvelle monnaie vaut plus que 2 deniers. Jean-Pierre Callu propose, par ailleurs, de nommer lantoninien réformé aurelianus, et nous le suivrons sur ce point.
Létude des papyri égyptiens montre une nette montée des prix sous le règne dAurélien. Par conséquent, la valeur de laurelianus est nécessairement supérieure, ou tout au moins égal, à 2 deniers. En effet, une politique « déflationniste », où laurelianus aurait valu moins quun antoninien, aurait eu pour conséquence inévitable une baisse des prix. Cette remarque nous permet de faire limpasse sur de nombreuses théories. « Dailleurs, par quel miracle cet empereur (Aurélien, Ndlr) aurait-il disposé des quantités dargent pur lui permettant dassainir une situation dégradée à lextrême après trente ans davilissement continu du circulant de base ? » (Jean-Michel Carrié et Aline Rouselle, LEmpire romain en mutation, des Sévères à Constantin, 192-337, Paris, 1999, p.567).
La petite monnaie de billon frappée peu après la réforme monétaire, quon appelle souvent denier de billon, porte parfois la marque VSV à lexergue. Linterprétation la plus sensée de cette inscription consiste à lire Usualis, monnaie « usuelle ». Or quelle peut-être cette monnaie « usuelle » au moment de la réforme monétaire ? Il sagit vraisemblablement de lantoninien qui représentait de loin la monnaie la plus abondante en circulation, si ce nest la seule. Nous pouvons estimer, comme le font de nombreux savants, que ces « deniers post-réforme » ont une valeur de 2 deniers. Il sen suit que laurelianus, de poids bien supérieur au denier post-réforme, a une valeur nécessairement supérieure à 2 deniers.
Une grande partie du problème revient à interpréter correctement la marque XXI, parfois notée XX ou KA, que lon trouve à lexergue des aureliani. Une première interprétation de ce sigle est quil sagisse dune marque de valeur : XXI signifierait alors 20 sesterces, cest-à-dire 5 deniers. Deux objections, néanmoins, sont possibles à légard de cette attrayante hypothèse. La première est quil ny aurait en circulation que les anciens antoniniens (2 deniers) et les aureliani (5 deniers selon cette théorie). Les échanges ne pouvaient être que compliqués sans une monnaie dun denier, qui aurait permis de faire léchange avec un aurelianus. La seconde objection prend en considération les très rares doubles aureliani. Lexistence de cette dénomination nest pas mise en doute car de très rares monnaies de Carus (Bastien 443) portent une double couronne radiée et la marque XI à lexergue. Or, si XXI devait se lire 20 sesterces (5 deniers), alors les doubles aureliani vaudraient 10 sesterces (2,5 deniers), ce qui est contradictoire.
La solution nous est apportée par les études métallurgiques. En effet, des examens ont révélé que la teneur moyenne en argent des aureliani est de 4,5%, presque 5 %. Cest sans doute de cette manière que nous devons interpréter le sigle XXI : 20 aureliani sont équivalents à une pièce de même poids dargent pur. Cette hypothèse est confirmée par lanalyse de monnaies avec XI qui révèle une teneur en argent proche de 10 % : 10 de ces monnaies sont équivalentes à une pièce dargent pur de même poids.
Mais, dans ce cas, quelle devait être la valeur en deniers de laurelianus ? Les deniers post-réforme, laurés, ont une valeur de 2 deniers, si linterprétation de la marque VSV vue plus haut est correcte. Leur poids moyen est légèrement plus élevé que la moitié dun aurelianus, mais leur teneur en argent fin est inférieure à 5 %, ce qui compense : ce sont vraisemblablement des demi-aureliani. Laurelianus vaut donc 4 deniers.
Notons que cette valeur permet de simplifier les échanges avec lancien antoninien qui représentait encore lessentiel des monnaies en circulation et quun aurelianus équivaut donc à deux antoniniens.
Si la différence daspect entre un antoninien de Claude II et un aurelianus est marquée, elle lest beaucoup moins entre un antoninien pré-réforme frappé après 271 et un aurelianus. En effet, Sylviane Estiot a démontré quune première « réforme » monétaire fut mise en place au début du règne dAurélien : hormis les monnaies de certaines premières émissions, qui reprennent les caractéristiques des monnaies de Claude et Quintille, les antoniniens dAurélien montrent une nette amélioration du poids, de la teneur en métal précieux et de la qualité de frappe. Le but de ces améliorations était sans doute de préparer tous les ateliers monétaires à la réforme monétaire de 274. Cependant, le poids moyen de ces monnaies nest que très inférieur, et souvent équivalent, à celui des aureliani ; la teneur en argent est denviron 3,5 % pour les antoniniens contre 4,5% pour les aureliani (Maravielle p.37 sq.).
Même si la valeur de ces monnaies était essentiellement fiduciaire, le public pouvait-il accepter, ou même comprendre, quun antoninien pré-réforme dAurélien vaille deux fois moins quun aurelianus, daspect très proche, de par la seule marque XXI ? Ny avait-il pas risque de confusion ? Une hypothèse vraisemblable serait que tous les antoniniens dAurélien fussent assimilés après la réforme avec les aureliani, ce qui expliquerait, en partie, une hausse brutale des prix.
La réforme monétaire de 274 pose encore de nombreux problèmes, même si les récentes recherches effectuées sur le monnayage dAurélien sont encourageantes et permettent dappréhender cette réforme sous un autre jour. Lenjeu est pourtant fondamental : la réforme de 274 est, pour ainsi dire, la « clef de voûte » du système monétaire de la fin du troisième siècle. La réforme monétaire de Dioclétien, et donc le système monétaire du Bas-Empire, ne peuvent être réellement étudiés que sur de solides bases qui nécessitent de connaître létat du système monétaire avant cette autre réforme.