Le jeton est un objet français qui na pratiquement pas
déquivalent dans les autres cultures sauf dans son aspect
de jeton de compte ou de monnaie de nécessité.
Les jetons étrangers que lon trouve le plus souvent
sont dailleurs ceux dits de Nuremberg qui sont pratiquement
toujours en cuivre et se caractérisent par un flan très fin,
une gravure assez maladroite et des sujets copiés des jetons
français. Ils sont aussi signés dans la légende par les
graveurs qui les ont réalisés, en particulier la famille
Laufer.
Ces jetons étaient faits uniquement pour compter et
fabriqués par des ateliers indépendants, comme nimporte
quel produit industriel ce qui explique labsence de
référence à une autorité royale dans la légende. Interdit
dimportation en France parce que dangereusement bon marché
par rapport à la Monnaie de Paris et aux autres émetteurs
officiels français - ils sy trouvent néanmoins en très
grande quantité. Nous avons même un cas dimportation
officielle par le Trésorier de lExtraordinaire des Guerres
de Louis XIV, Paparel, qui semble avoir été un personnage hors
du commun. Les services quil dirigeait, de son poste de
Trésorier, étaient bien entendu très gros consommateurs de
jetons de compte, et il fit, au mépris du règlement, fabriquer
en Allemagne de petits jetons portant son nom pour servir dans
son Ministère.... Imaginons, de nos jours, le Ministre de la
Défense faisant couper les uniformes militaires au Pakistan ou
en Thaïlande...
Ils sont assez bien étudiés - au moins catalogués - grâce
au travail gigantesque dun anglais, Michaël Mitchiner,
qui, après avoir réalisé quatre gros volumes sur les monnaies
orientales et extrême-orientales, a rédigé deux volumes en
anglais sur les jetons de Nuremberg et les jetons des Flandres
avec une large illustration. Ces jetons sont néanmoins tellement
courants que leurs prix sont toujours très très bas, de trente
à cent francs, voir quinze francs en lots.
Lautre grand pays du jeton, appelé là-bas
"token", et utilisé comme monnaie de nécessité est
lAngleterre. La fin du XVIIIème siècle y vit une grave
crise financière qui provoqua la disparition du petit numéraire
dans une période dindustrialisation forcenée et
déclencha chez les entrepreneurs privés un vague de fabrication
de monnaies de nécessité. Ces tokens nont aucun aspect de
prestige comme en France et sont strictement utilitaires.
Cest une très belle série, de belle qualité
artistique et de frappe très soignée, qui aborde de très
nombreux thèmes dans toute lAngleterre. Architecture,
industrie, politique (avec de nombreux jetons anti-français,
Napoléon oblige) franc-maçonnerie, symbolisme, histoire locale,
les thèmes des tokens anglais peuvent être comparés - sauf
pour la Franc-maçonnerie - avec ceux des Notgeld de
lAllemagne de Weimar. Un bon catalogue en anglais existe
chez Seaby avec des cotes plus ou moins réalistes et dune
manière générale très basse.
Ces tokens se trouvent facilement en France pour les modèles
les plus courants, presque jamais pour ceux de forte valeur
faciale qui étaient frappés en argent et sont les plus chers.
Un token anglais en état normal se trouve à partir de trente
francs et peut aller à deux cent francs pour un modèle
industriel, politique ou maçonnique.
Le troisième et dernier pays du jeton - si lon excepte
quelques jetons de compte de banquiers lombards à la fin du
Moyen-Age - est la Flandre. Les luttes de libération contre
loccupant espagnol et toutes les difficultés rencontrées
à cette période ont provoqué dans les Provinces une floraison
de jetons, presque toujours en cuivre, au contenu politique
omniprésent, quil soit contre lEspagnol ou pour le
Liberté. Là encore, lutilisation est différente de celle
faite en France puisque nous sommes pratiquement en face de
médailles de propagande politique pouvant être utilisées pour
compter.
Le style est très étonnant, proche dune esthétique du
Moyen-Age, la frappe ferme et la gravure assurée. Selon
quils ont été conservés pour leur message
indépendantiste ou utilisés par les marchands du Nord, ces
jetons se retrouvent neufs ou complètement usés. Il
nexiste pas de catalogue exhaustif et seuls des corpus ont
été réalisés pour certaines villes.
Vigoureusement collectionnés en Belgique et en Hollande, ils
restent néanmoins assez bon marché, de cinquante à trois cent
francs pour les exemplaires en cuivre, et mille à deux mille
francs pour ceux en argent, très recherchés.
Il existe bien entendu des jetons dans dautres pays,
Italie, principautés allemandes, Angleterre - surtout sous
Jacques II - mais ils sont toujours frappés à loccasion
de mariages ou davènements et ne procèdent pas dune
culture locale mais de limitation de la "Mode à la
Française".