FRANCE IV

Le blanc à la couronne de Charles VII.

Le blanc à la couronne de Charles VII est une monnaie qui semble largement connue des numismates tant elle est commune. Il s'agit d'une monnaie frappée sur une large période et souvent boudée par les numismates professionnels : ainsi avons-nous décidé de la réhabiliter en lui consacrant un thème dans notre catalogue FRANCE IV. Nous avons observé de nombreux cas de repentir suite à une erreur de gravure ; sur les exemplaires les mieux conservés nous avons même mis en évidence l'utilisation du compas permettant de disposer régulièrement les principaux motifs souvent réalisés à l'aide de poinçons.

Le blanc à la couronne, marque d'un retour à la stabilité économique et politique.

Lors de son avènement en 1413, le nouveau roi d'Angleterre Henri V éleva ses prétentions sur la France. En juillet 1415, il débarqua en Normandie et dès octobre il infligea de sérieuses pertes aux troupes françaises lors de la désastreuse bataille d'Azincourt. Henri V continua sa conquête. En mai 1420, Charles VI signa le traité de Troyes, bannissant le dauphin Charles - le futur Charles VII - et prévoyant le mariage de Catherine, fille de Charles VI, avec Henri V. Les rois de France et d'Angleterre moururent la même année. Conformément au traité de Troyes, le fils du roi anglais, fut proclamé roi de France et d'Angleterre sous le nom de Henri VI ; il n'était alors âgé que de deux mois et demi, et son oncle, le duc de Bedford, pris la régence. Les monnaies frappées par Charles VII, notamment les florettes, étaient d'un titre particulièrement bas.
- À partir de 1429, une période de redressement s'amorça avec les reconquêtes de Jeanne d'Arc qui permirent notamment le sacre de Charles VII à Reims le 17 juillet 1429. L'année 1435 fut marquée par d'heureux événements pour les Français : la mort du duc de Bedford le 14 septembre et le traité d'Arras marquant l'alliance contre les Anglais de Charles VII et de Philippe le Bon, duc de Bourgogne et de Brabant, le 21 septembre.
- L'histoire politique est étroitement liée à l'histoire de la monnaie. Une semaine avant le traité d'Arras, des monnaies de transition furent frappées afin de préparer le retour à une monnaie forte (écu au titre de 24 carats, blanc et petit blanc aux lis accotés au titre de 399 millièmes).
- Une ordonnance du 26 janvier 1436 inaugura un nouveau monnayage avec un écu d'or à la couronne dit " neuf " et des monnaies de billon dites " blancs " et " demi-blancs à la couronne ". Le titre des monnaies d'or et de billon adopté en 1429 fut conservé.

Le blanc à la couronne, entre tradition et innovation.

Dans les archives du XVe siècle le blanc à la couronne était parfois appelé " denier blan ", " gran blan " et même " parpaillole " ; on trouve également le nom de " blan de deux blans " qui fait référence à la valeur de la monnaie. Le droit présente un écu de France entre trois couronnelles, dans un trilobe et le revers une croix cantonnée de deux couronnelles et de deux lis dans un quadrilobe. La plupart des éléments constituant le type des blancs à la couronne se retrouvent sur les monnaies des règnes précédents - écu de France, couronne, lis, croix, quadrilobe. Le quadrilobe fut utilisé sur de nombreuses monnaies d'or depuis la masse d'or de Philippe IV le Bel frappée à partir de 1296 ; le blanc à la couronne est toutefois la première monnaie d'un métal moins noble à utiliser ce motif. Le trilobe entourant l'écu est un motif nouveau. De manière générale, avant le blanc à la couronne, les motifs composés de lobes étaient rares sur les monnaies d'argent ; on ne le rencontrait que sur le gros blanc à la couronne de Jean II dit " le Bon " (Dy.348) et sur le blanc, demi-blanc, double, denier et l'obole tournois dentillé de Charles VII (Dy.472-473 et 504-506).
Le type du blanc à la couronne connut une longue pérennité. On le retrouve en effet un siècle plus tard, sur certaines monnaies de François Ier.

Une stabilité stylistique cachant un avilissement monétaire.

L'apparente stabilité du type monétaire masque en fait plusieurs changements de titre et de poids puisque le blanc à la couronne connut quatre émissions :
- Les blancs à la couronne de la première émission furent taillés à 1/80 marc avec un titre à 5 deniers.
- Une seconde émission avec un titre et un poids plus faible fut ordonnée le 20 janvier 1447 (Dy.519A) (taille : 1/83 par marc, titre : 4 deniers 21 grains argent-le-roi). Ces changements furent accompagnés d'une nouvelle émission d'écus et de demi-écus d'or dits de la " troisième émission ", ainsi que de celle de double et denier tournois dits de la " deuxième émission ". Les blancs à la couronne de la deuxième émission se reconnaissent par la présence d'un point dans le premier O des légendes ; ces monnaies sont extrêmement rares, une troisième émission ayant lieu dès le 26 mai 1447.
- Les monnaies de la troisième émission portent un lis initial et reviennent rapidement au poids et au titre des blancs de la première émission (taille : 1/80 marc, titre : 5 derniers argent-le-roi).
- Une quatrième émission, avec des blancs d'un poids et d'un titre plus faibles, fut ordonnée le 16 juin 1455 avec un exécutoire du 26 juin 1456 (taille : 1/81 au marc, titre : 4 deniers 12 grains argent-le-roi). Ces monnaies se reconnaissent par la présence d'une croisette initiale et de molettes en ponctuation. Les blancs à la couronne de la quatrième émission de Charles VII se confondent souvent avec les blancs à la couronne de Charles VIII, frappés à partir du 24 avril 1488, et qui portent les mêmes différents. Seuls l'étude stylistique de trésors du règne de Charles VII contenant des blancs à la couronne pourront nous permettre un jour de distinguer de manière certaine les blancs de la quatrième émission de ceux de Charles VIII.