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VSO 17
Vente sur Offres
DATE DE CLÔTURE : 31 décembre 2002
RÉSULTATS : 10 janvier 2003

LA COLLECTION ALAIN TISSIÈRE,
UNE COLLECTION RÉGIONALE EXCEPTIONNELLE !

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2803 lots - 1228 bordereaux reçus - Total des offres reçues 2.502.574 €- Total des offres les plus hautes 863.925 € - Total des prix réalisés 608.408 €
1929 monnaies vendues soit 69 % de la vente - 872 monnaies restent disponibles au prix de départ - Deux lots retirés, n° 40 et 126

Introduction

L’histoire des débuts d’une collection suit bien souvent le même schéma : d’accumulation tous azimuts, la collection naissante prend rapidement forme, on se met à collectionner les monnaies que l’on a connu puis l’on collectionne son pays, on cherche à compléter les monnaies modernes, par type voire par année, en fonction de la documentation que l’on possède. Qui n’a pas commencé avec un “ Thimonier ”, un “ Gadoury ”, plus récemment avec un “ Franc ” ?

Avec le temps, avec la passion, avec la connaissance et le goût qui s’affinent, nombreux sont les collectionneurs qui se tournent ensuite vers une collection plus large, plus ou moins spécialisée au goût de chacun : les monnaies de l’Antiquité ; les monnaies françaises royales, féodales ou modernes ; la collection thématique (botanique, bateaux, faune, etc...) ; nombreux sont ceux qui se tournent vers une collection régionale.
Cette dernière rencontre un franc succès auprès des numismates :
- En effet, cette collection est diachronique – elle peut commencer avec les monnayages des peuplades gauloises pour se terminer avec les monnaies de nécessité ou médailles du XXe siècle ;
- Elle est variée, chaque région possède un monnayage intéressant qu’il soit celtique, royal ou féodal, des jetons ou des médailles sur des personnages ou sur des monuments locaux, enfin on trouve des monnaies et des billets de nécessité de la Première guerre mondiale ;
- La collection régionale est gratifiante, elle nous rattache à nos racines, à notre histoire, à une partie de notre vécu, de notre mentalité, de notre culture. Elle nous fait découvrir des aspects trop peu connus de l’histoire régionale qui fut souvent prestigieuse à des époques éloignées de l’histoire contemporaine. Ces aspects nous montrent la trame de l’histoire longue, la continuité d’identité entre “ nos ancêtres les Gaulois ” et notre époque, en passant par Clovis, Charlemagne ou huit siècles d’histoire capétienne, tous à l’origine des principales fondations de notre société.

La collection Alain Tissière est en tous points exemplaire et montre ce que devrait être toute collection régionale. Tout ce qui concerne les Ardennes y est représenté : les monnaies carolingiennes frappées dans les Ardennes, les monnaies des principautés ardennaises, les jetons ou les médailles qui se rattachent aux personnages ardennais, aux villes ardennaises, à l’histoire ardennaise, les monnaies et billets de nécessité émis pour les Ardennes, le tout complété par une documentation fondée autour de ce thème.
Par exemple, sur Sedan, nous y trouvons les monnaies des princes souverains avec une série exceptionnelle par le nombre des types et des variétés ; les médailles qui se rapportent à ces princes ou à cette ville - y compris les médailles de personnages qui y sont nés – ainsi que les jetons sur Sedan ou fabriqués à Sedan, les billets de Sedan mais encore les monnaies satiriques de la guerre de 1870 illustrant la défaite de Sedan, avec un rapport plus lointain les monnaies d’Henri IV frappées à Châlons-en-Champagne par les ouvriers et le matériel sedanais ou encore quelques monnaies de la vicomté de Turenne dont le nom rappelle les origines généalogiques de l’illustre militaire sedanais.

En plus de cette collection, Alain Tissière recueillait aussi, depuis longtemps, les informations nécessaires à la constitution de toute bonne collection et il a su constituer une importante bibliothèque. Membre de plusieurs sociétés savantes, il savait trouver dans les bulletins de la SENA ou de la SFN les informations qui lui permettaient ensuite de trouver des documents métalliques. À la démarche, “ j’ai un objet à identifier et je fais des recherches sur cet objet ”, Alain Tissière savait aussi associer le contraire, “ j’ai un article ou un livre sur un sujet qui m’intéresse et je cherche le document métallique correspondant ”. Le catalogue de la bibliothèque d’Alain Tissière reflète ses choix, les bulletins comme les Cahiers numismatiques, les Procès-verbaux ou les Bulletins de la SFN, les Bulletins archéonumis sont en séries complètes ou presque. Les ouvrages de base sont présents mais aussi des ouvrages plus spécialisés, voire très rares. Sur les jetons, on trouve l’incontournable Feuardent mais aussi le Rouyer sur les jetons de Nicolas Briot imprimés à 50 exemplaires seulement. Sur les royales, Duplessy ne trouvait sa place qu’à la suite de Le Blanc ou d’Hoffmann dans de superbes reliures ou de l’excellent Dieudonné sur les monnaies capétiennes de la Bibliothèque nationale de France, ouvrage devenu rare et pourtant d’un niveau nettement supérieur à nombre d’ouvrages récents.

La collection Alain Tissière, présentée ici dans son intégralité, est plus qu’une vente, c’est un témoignage rare et détaillé de cinquante-deux années de collection. Certains feront remarquer que telle monnaie qu’ils possèdent, ou que tel autre jeton est absent de ce catalogue, c’est vrai, mais c’est la règle. Qui peut se targuer d’avoir une collection complète ? Il en est de la numismatique comme d’autres collections : cartophilie, philatélie, bibliophilie ou automobile ancienne. L’exhaustivité est pratiquement impossible et nécessiterait plus que des moyens financiers importants, elle demanderait beaucoup de chance et de temps. L’étendue de la collection Tissière montre toutefois une qualité importante à posséder : l’opiniâtreté qui est nécessaire à la constitution de toute collection réussie. Alain Tissière a commencé à collectionner en 1950, sa collection est le fruit de cinquante années de recherche, de traque acharnée et passionnée. La collection présentée est à ce titre exceptionnelle : le liard de Château-Regnault avec une écharpe n’est peut-être pas unique, mais c’est en tous cas le seul qu’Alain Tissière ait vu en cinquante années de collection. Combien de temps faudra-t-il à un autre passionné pour en rencontrer un autre exemplaire, de surcroît dans un aussi bel état de conservation ?

La collection Alain Tissière est donc un modèle et ses qualités de collectionneur sont un exemple à suivre. La collection “ régionale ” est gratifiante et connaît à ce titre un engouement croissant. Nombreux sont les collectionneurs qui se passionnent pour leur monnayage local, en totalité comme l’a fait Alain Tissière ou plus simplement en s’intéressant à tel atelier monétaire féodal, royal ou moderne. Il est à regretter que la démarche de publication de collections régionales ne soit que peu suivie par les numismates professionnels qui continuent bien souvent à classer leurs monnaies dans un ordre chronologique, plus rarement de façon thématique, voire démembrent des collections régionales ou thématiques qui avaient nécessité parfois des dizaines d’années de recherche, anéantissant du même coup un ensemble cohérent. Rares aussi sont les collectionneurs qui, comme Alain Tissière, vendent de leur vivant leur collection. La démarche est réfléchie dans ce cas et ne manque pas d’intérêt. Nombreux sont les collectionneurs qui se délectent encore du catalogue de la collection d’écus royaux, classés par ateliers, de George Sobin et qui constitue une formidable source d’informations tandis que de nombreuses et précieuses informations ont disparues suite à la dispersion hasardeuse de collection de monnaies royales ou lorraines.

Sans aucun doute, MONNAIES XVII, LA collection Alain Tissière, va constituer pour l’avenir un catalogue de référence sur les monnaies des Ardennes.

Arnaud CLAIRAND & Stéphan SOMBART


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