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Date de clôture : 30 septembre
2002 - Résultats le 7 octobre 2002
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Pourquoi
collectionner les monnaies gauloises ? |
Nous pourrions commencer cet article par une boutade : dans les aventures « d'Astérix le Gaulois », nos héros semblent plus intéressés par les sangliers que par l'argent. En effet, et vous aurez beau chercher dans tous les albums comme je l'ai fait, vous n'y trouverez jamais une monnaie gauloise. Les seules pièces que semblent connaître nos Gaulois, sont les sesterces, la monnaie de leurs vainqueurs à qui, pourtant, ils n'arrêtent pas de donner des baffes. C'est normal, « nous sommes en 50 avant J.-C. et toute la Gaule est occupée par les Romains . » Les monnaies gauloises auraient-elles donc toutes disparu ? Cette vision simpliste qui a bercé notre enfance serait-elle justifiée ? Et si, tout simplement, les monnaies gauloises étaient rares, même à l'époque ? Ne suis-je pas le plus mal placé pour essayer de vous convaincre de commencer une collection de monnaies gauloises alors que, traître, j'ai choisi la numismatique des vainqueurs et que je répète à qui veut l'entendre que je n'ai jamais aimé les monnaies gauloises. Cela peut apparaître comme une gageure, un exercice de style, un manque de sincérité... et pourquoi pas les trois ? Je suis pourtant convaincu que collectionner les monnaies gauloises peut apporter d'immenses satisfactions et déboucher sur des collections originales, belles et personnelles. La première chose qui vous déroute quand vous regardez une monnaie gauloise, à moins que vous ne soyez déjà collectionneur, est que vous ne savez pas que vous êtes en présence d'un objet celtique et surtout d'où vient cet objet. Vous pouvez voir comme les Romains, presque comme les Grecs, vous ne pouvez pas voir le monde comme le voyaient les Gaulois et comme ils l'ont représenté sur leurs monnaies. Mais commençons par le commencement. Avant tout, quand vous commencez ce type de collection, abandonnez immédiatement l'idée, même en étant millionnaire en euros lourds, de n'avoir que des monnaies en état SUP ou FDC. Si c'est votre préoccupation majeure, les boîtes Fleur de coin, BE et BU, en francs ou en euros, de la Monnaie de Paris et des autres Monnaies vous tendent leurs petits emballages plastiques. Ensuite, si vous voulez n'avoir qu'un ouvrage où seraient répertoriées toutes les pièces que vous allez chercher, ne commencez pas une collection de monnaies gauloises : achetez le FRANC et attachez-vous à réunir l'ensemble des monnaies des deux derniers siècles. C'est également passionnant, mais pas pour les mêmes raisons. Si vous voulez pouvoir identifier chaque monnaie au premier coup d'il, abandonnez l'idée de collectionner les monnaies gauloises : après vingt ans de collection, vous aurez encore des potins, des bronzes, voire des pièces d'argent ou d'électrum que vous ne saurez toujours pas identifier ou classer sans vous reporter aux livres et à la documentation. De multiples raisons peuvent en être la cause : l'état de conservation, les valses-hésitations des auteurs, l'imprécision des références, l'absence d'illustrations publiées des collections officielles les plus importantes. Mais aussi peut-être tout simplement parce que votre pièce est unique et n'a jamais été publiée. Bien. Si vous commencez à lire ce paragraphe, c'est que je n'ai pas réussi à vous dégoûter.... Pour ceux qui restent, installez-vous bien dans votre fauteuil sinon vous risqueriez de vous relever trop rapidement quand j'aurai commencé à vous décrire ce qui vous attend. La première chose, quand vous avez décidé de commencer une collection de monnaies gauloises, est d'éviter de vous mettre en contravention avec la Loi. Votre ancêtre Gaulois d'Armorique, d'Aquitaine ou de Gaule Belgique, ne peut en aucun cas vous avoir légué sa collection ni son porte-monnaie. Votre ancêtre gallo-romain s'est empressé, comme dans la bande dessinée, de faire disparaître les témoignages de ce passé décadent pour adopter les monnaies modernes, deniers, sesterces et dupondii. Il a donc bien fallu trouver ces monnaies gauloises au cours des siècles et elles ont effectivement été recueillies par centaines de milliers, voire par millions. Elles ont été trouvées et sont toujours pour la plus grande partie dans les collections privées : achetez aux collectionneurs ou aux numismates professionnels, n'essayez pas de les chercher vous-mêmes au détecteur !
Détecteur, le « « gros mot », est lâché. En France, la vente de ce « gros mot » est libre, mais son utilisation est réglementée ou interdite : vous êtes en France, patrie de Descartes et de la Logique moderne... Un peu d'histoire. Pendant très longtemps, les monnaies gauloises n'ont intéressé personne, en tous cas pas les érudits qui préféraient les suites gréco-romaines. Il faut vraiment attendre le XIXe siècle, les Lelewel, La Saussaye, Robert, Barthélemy et autres Blanchet pour trouver des chercheurs qui vont consacrer une partie de leur uvre, voire leur vie entière aux monnaies gauloises, sans parler du réseau d'érudits locaux qui, inlassablement, vont fouiller les terrains de leur régions afin d'en extraire la substantifique mlle, les monnaies, le squelette de l'Histoire. Ce grand mouvement intellectuel et archéologique prend fin avec le premier conflit mondial et l'on constate que les livres que nous rééditons sur le sujet, BOUDEAU II ou LA TOUR II, comme d'ailleurs dans bien d'autres domaines de la numismatique, POEY D'AVANT II, CARON II .ont été écrits avant 1914. Les livres sont là, les collectionneurs rejoignent les précurseurs. Il devient de bon ton d'avoir dans sa collection « quelques antiques » de nos ancêtres. André Breton, pape du Surréalisme, s'enthousiasme. Il faudra néanmoins attendre les travaux du Dr. Jean-Baptiste Colbert de Beaulieu dans la deuxième moitié du XXe siècle pour voir les archéologues, pour la plupart, « redécouvrir » la numismatique celtique. Pour les collectionneurs, c'est seulement au début des années 70, grâce en particulier à la firme Bourgey, que les monnaies gauloises retrouveront la place à laquelle elles ont droit, rivalisant avec romaines et grecques. En effet, ce ne sont plus seulement quelques statères d'or ou d'électrum en parfait état, accompagnés de quelques drachmes et d'extraordinaires bronzes que l'on trouve dans les catalogues des numismates professionnels, mais des monnaies de tous les types et de tous les états. Entre la fin de l'Indépendance, vers 50 avant J.-C., et aujourd'hui, le stock monétaire gaulois a eu largement le temps d'être refondu et détruit. Cependant, dès le XIXe siècle, on évoque d'énormes trésors comme celui d'Aubigny-en-Artois, trouvé en 1846, et qui contenait entre six cents et sept cents statères nerviens dont deux exemplaires sont conservés aujourd'hui au Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale de France ; celui de Chantenay-Saint-Imbert, trouvé en 1861 dans la Nièvre, qui contenait plus de cinq cents monnaies en argent ou bien encore celui de Vernon dans la Vienne avec plus de mille monnaies d'argent. Le trésor de Fondettes, trouvé en 1956 dans le département de l'Indre-et-Loire contenait neuf cent quatre bronzes et potins. Pire que tout, en 1867, le trésor de Goutrens, contenant plus de vingt mille drachmes et quatre kilos de lingots d'argent, fut refondu dans sa plus grande partie. Des quantités considérables de monnaies trouvées avant 1970 sont venues enrichir les médailliers des collectionneurs depuis, directement ou indirectement. Mais où sont donc passés nos détecteurs ? C'est là qu'ils interviennent. Le début des années 70 marque une avancée technologique importante en matière de détection, et avec la civilisation « des loisirs » qui émerge, de nombreux quidam vont se lancer dans la détection « de loisir ». En France aux termes de l'article 716 du Code Civil est des Lois et arrêtés de 1991, 1992 et 2000, la découverte d'un trésor ou de tout objet archéologique doit être fortuite, « due au hasard ». Quand vous partez avec votre détecteur, un peu comme avec votre fusil de chasse, vous reviendrez peut-être bredouille, mais vous n'êtes pas partis pour chasser le papillon ou chercher des champignons, ou bien vous vous êtes trompés d'instrument. Il y a ceux qui trouvent de temps en temps un potin, un bronze, voire une monnaie d'argent ou pourquoi pas d'or qui sont des dilettantes. A l'opposé, il y a ceux qui montent une opération comme une expédition avec du gros matériel. Entre les deux, tous les cas de figures existent. Beaucoup de personnes qui font de la détection, sont de vrais collectionneurs. Une très petite minorité « de détectomanes » sont des crapules qui détruisent des sites archéologiques. Malheureusement, ceux qui trouvent par hasard un petit potin peuvent parfaitement payer pour un site dévasté... Il ne faut pourtant pas oublier que l'apport des détecteurs est finalement très faible par rapport à la masse des monnaies gauloises disponibles. En rédigeant, MONNAIES XV, nous avons souvent déploré le manque d'informations archéologiques ou géographiques sur les lieux de découvertes. Si vous collectionnez les monnaies gauloises, soyez prudents dans vos achats « directs ». Évitez ceux qui exigent un paiement exclusivement en espèces ou qui vous proposent de vous montrer des monnaies dans un endroit calme et discret où vous pourrez « discuter » tranquillement. Il vaut mieux rater une monnaie que de participer indirectement à un pillage archéologique dont vous deviendriez immédiatement le complice. Pire, une monnaie inédite ou rarissime n'a jamais été découverte seule et votre vendeur finira bien par se faire prendre et donner les noms de ses acheteurs, parmi lesquels, vous. N'hésitez jamais en cas de doute à interroger les archéologues locaux et à leur demander conseil, voire à déclarer vous-mêmes une monnaie qui vous semble inédite et d'extraction récente. Si vous collectionnez les monnaies gauloises, vous allez apprendre à travailler en équipe : on est toujours plus fort à plusieurs que seul. Vous ferez connaître vos découvertes en les déclarant et en les publiant ou en les faisant publier : point n'est besoin pour cela de les chercher vous-mêmes mais simplement de bien étudier ce que vous voyez. MONNAIES XV disperse de nombreuses monnaies sortant de vieilles collections, rien n'empêche d'avoir quelque chose de nouveau à dire sur ces monnaies qui n'ont probablement jamais été étudiées scientifiquement avant leur passage dans notre catalogue. Vous deviendrez membre d'une association archéologique, historique ou numismatique locale. Parfois vous rejoindrez la SENA ou la SFN, les deux sociétés nationales numismatiques scientifiques qui publient bulletins et revues. Vous serez bienfaiteur d'un Musée ou d'une Association pour la conservation du Patrimoine. La question fondamentale nous semble être de séparer rigoureusement le problème de la propriété matérielle des objets trouvés et le problème des informations que fournit une monnaie. Si l'expérience montre que la chasse systématique aux détectomanes et la saisie des trouvailles conduisent à un marché gris ou noir et à un désastre scientifique, il est indiscutable que les informations sur le lieu de trouvaille ou le contexte, sans parler des monnaies trouvées en groupes, doivent impérativement être préservées. Au niveau européen, dans quelques années devrait intervenir une harmonisation au niveau archéologique entre le tout interdit (Grèce/Italie) où tout se fait sous le manteau avec la perte totale des informations scientifiques et le libéral anglo-saxon (Grande-Bretagne), où ce que vous trouvez vous appartient, même avec utilisation de détecteur, à condition de le déclarer et de laisser les musées proposer l'achat. En plus des monnaies proprement gauloises, vous pourrez collectionner les monnaies de Marseille qui sont souvent considérées comme des monnaies grecques, les monnaies celtibères, d'Espagne, celto-ligures d'Italie du Nord, celtes de l'Est et du Danube pour l'ensemble de l'Europe Centrale et Orientale de la Suisse et de l'Allemagne du Sud à la Mer Noire. Puis n'oubliez pas nos voisins Grands Bretons. Vous avez du pain sur la planche. Le premier plaisir, le premier achat, par exemple un potin des Suessions à la patine grise ou un petit bronze des Sénons sans patine, mais au portrait si expressif. Vous ne savez pas encore, mais en numismatique gauloise, il faut avoir beaucoup de patience et de connaissances pour reconnaître au premier coup d'il le type rare ou inédit, mais vous pourrez aussi fonctionner au coup de cur et chaque pièce deviendra alors unique pour vous. Elle est belle et elle vous plaît. Ou bien au contraire, elle est complètement désarticulée et ne ressemble à rien d'autre. Souvent la monnaie gauloise est un objet unique de par sa composition, son centrage, son état de conservation, sa patine. Quand vous l'achetez, essayez de demander le maximum de renseignement sur elle : origine, attribution, lieu de trouvaille, provenance (collection). Le silence de votre vendeur ou sa volonté de vouloir vous initier fera la différence. Souvent, le professionnel deviendra plus qu'un marchand, un guide, un conseil. En Gauloises, ce n'est pas la quantité qui compte, mais la qualité, pas forcément l'état de conservation, mais la qualité de fabrication, l'état de la frappe, l'épaisseur de la patine, le trait du graveur, qui vont vous apporter d'immenses satisfactions. Quand vous commencez une collection de monnaies gauloises, ce n'est pas pour six mois ou un an, sinon, mieux vaut ne pas commencer. Vous allez acheter des ouvrages de numismatique, mais aussi d'histoire et d'archéologie celtiques. Vous vous procurerez aussi des livres d'art, car la monnaie gauloise, c'est l'une des plus petites uvres d'art qui existe, par la taille, mais c'est aussi l'un des seuls témoignages tangibles de nos ancêtres. Votre collection deviendra votre galerie d'art, votre jardin secret. Bien vite, vous vous rendrez compte que vous êtes devenu un vrai connaisseur des monnaies de votre tribu préférée. Progressivement, vous deviendrez le spécialiste, souvent bien plus fort que vos fournisseurs, bien plus expérimenté que les conservateurs de musées, plus pointu que les archéologues. Il n'y a pas d'École où pourrait s'apprendre la numismatique gauloise bien que Brigitte Fischer dispense un très bon cours à l'École Normale Supérieure. Vous découvrirez que collectionner, ce n'est pas échanger simplement des pièces, mais aussi des idées, des informations, des connaissances. Chaque nouvelle pièce sera pour vous l'occasion de confronter vos connaissances, de comparer les monnaies que vous possédez déjà. Votre collection sera vivante, parce qu'évolutive, diversifiée parce qu'infinie. En effet, en numismatique gauloise, abandonnez l'idée de pouvoir réunir un ensemble fini ou de terminer votre collection. Si dans d'autres domaines, vous pourrez définir d'avance le nombre de cases de votre médaillier, en gauloises, il faudra toujours plus de cases libres pour accueillir les nouvelles variétés. Vous avez horreur du vide ? Trouvez autre chose. Vous pouvez être certain, en revanche, que vous aurez une collection unique. Toujours accroché ? Alors bienvenu dans le monde merveilleux des monnaies gauloises ! Laurent SCHMITT |
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