MONNAIES XV

Date de clôture : 30 septembre 2002 - Résultats le 7 octobre 2002
Introduction - Les Gauloises : "une idée fixe" - Une affaire d'histoire et de style - Pourquoi collectionner - Le dessin - Bibliographie - Abréviations et Métaux - Genio Populi Galli

LES GAULOISES : « UNE IDÉE FIXE »

ACTE I

Mon premier contact avec les gauloises fut physique. J'avais une douzaine d'années, âge où les enfants s'ouvrent sur le monde et deviennent des adolescents.

J'étais plutôt renfermé depuis la mort de mon père et seule ma collection de timbres arrivait à me distraire. Un jour, mon oncle me glissa dans la main un objet, une pièce de monnaie qui semblait en or, en tout cas qui brillait. Je n'avais jamais rien vu de semblable. Elle présentait un visage stylisé aux traits tirés avec des cheveux bizarres, une bouche en « queue de poule », la joue proéminente. Je restais quelques instants interloqué par cette pièce qui nichait au fond de ma paume. Après l'avoir attentivement examinée, tandis que mon oncle souriait, il me dit : « retourne-la ». J'obtempérai, et là, surprise, je découvris une inscription circulaire et une légende centrale. Vous l'avez compris, je venais de découvrir ma première pièce de la collection BP, le statère des Parisii. je demandais à cet oncle de m'aider à trouver les autres monnaies, car il y avait au total vingt pièces françaises différentes à trouver et à placer dans un présentoir. Mon oncle n'avait pas dû se rendre compte des conséquences de son geste car, à partir de ce moment là, je n'aurai plus de repos avant d'avoir réuni les vingt trésors dans leur écrin. Près de la maison, il avait une station service de la BP, le temple où étaient conservés tous les trésors que je convoitais. Plusieurs fois, j'ai essayé de soudoyer le pompiste pour obtenir une ou plusieurs pièces avec toujours la même réponse : « Non », car il avait un contingent précis de pièces correspondant à son quota d'essence. Pourtant, une fois, il accepta d'en échanger une, mais jamais, je ne réussis à obtenir les vingt pièces, celle qui toujours laissa un trou béant dans mon médaillier naissant, était l'écu d'or de saint Louis.

ACTE II.

Je suis en licence d'histoire et je viens de m'inscrire comme auditeur à l'école du Louvre en première année et je vais assister à mon premier cours de numismatique. Le professeur entre, un jeune homme d'une trentaine d'année avec les cheveux longs. Le cours commence, la lumière s'éteint et la première diapo apparaît, celle d'un village gaulois qui résiste toujours à l'envahisseur. C'était Michel Dhénin en 1979. Le premier contact réel avec la monnaie gauloise ne fut pas agréable et je leur préférais immédiatement les monnaies romaines qui me semblaient plus proches de ma sensibilité. Je m'étais néanmoins procuré le Boudeau qui fut mon premier ouvrage sur les monnaies gauloises et le resta pendant longtemps, les autres étant épuisés ou trop spécialisés pour le débutant que j'étais alors. Michel Dhénin, au cours des TP qui avaient lieu au Cabinet des médailles, nous avait bien montré le La Tour qui malheureusement n'était plus disponible à l'époque !

Devenu numismate professionnel, combien de fois ai-je feuilleté ce La Tour et tous les autres ouvrages que j'avais à ma disposition afin de trouver cette pièce qui me résistait, ce bronze dont je ne connaissais ni l'origine, ni la classe, encore moins l'attribution. Plusieurs fois, j'ai dû modifier mon classement, douter, placer en incertaine, en inédite, telle ou telle monnaie qui me résistait et ne se décidait pas à livrer son secret hermétiquement enfermé depuis deux millénaires sur un petit disque circulaire de 15 à 25 millimètres. Pourtant, j'ai réalisé les premiers catalogues spécialisés sur ce monnayage, dont certains font encore référence aujourd'hui. Les initiés savent que j'en suis l'auteur même s'ils ne portent pas mon nom. Depuis, plusieurs catalogues, MONNAIES II, BOUDEAU II et LA TOUR II, sont venus compléter ces recherches et j'espère que MONNAIES XV contribuera à mieux faire connaître la numismatique gauloise. En clin d'œil à la pièce BP de mon enfance, c'est le revers du statère des Parisii qui ornera la couverture. Autre clin d'œil, le statère des Arvernes qui est sur la couverture du BOUDEAU II est peut-être celui décrit par l'auteur dans le petit opuscule.

ACTE III

Il n'y a pas de numismatique sans la confrontation et la réunion des idées et conséquemment, c'est la rencontre avec les autres qui fait avancer la connaissance. J'ai déjà évoqué l'image de Michel Dhénin qui fut mon premier initiateur. Il faut aussi évoquer ceux qui m'apprirent et m'apportèrent connaissance et contradiction. Je ne peux pas le faire sans évoquer la mémoire de Jean-Baptiste Colbert de Beaulieu qui fut notre mentor à Joinville-le-Pont et à la Société d'Etudes Numismatique et Archéologique (SENA).

Souvent, nous n'étions pas d'accord avec le Maître, mais lui dont les colères étaient redoutées de ses élèves était d'une mansuétude infinie avec les profanes que nous étions. Il venait partager quelques moments de liberté que sa santé lui laissait. Tout ceux qui l'ont connu ne l'oublierons pas. Celle qui a certainement le plus contribué à me rendre sympathique les monnaies gauloises est Brigitte Fischer pour laquelle je témoigne d'une profonde sympathie. Elle qui connaissait mes sentiments affichés pour les monnaies gauloises, ne m'a jamais cru, et m'a remercié dans l'introduction de son "La Tour" (pour les bibliophiles avertis, la seule édition comportant l'introduction complète avec ce remerciement est celle antérieure à 1995, donc à couverture rouge).

Pour les passionnés, elle est toujours disponible, et ses conseils m'ont toujours été précieux. Elle n'est jamais péremptoire et partage d'une manière désintéressée son érudition ; ses connaissances sur le sujet sont sans limites.

ÉPILOGUE

Pourtant, vingt ans après, je n'aime toujours pas les gauloises. Tout ceux qui me connaissent, ou ont eu l'occasion de me rencontrer, le savent bien. Certains vont même jusqu'à croire que c'est l'une des principales causes du retard de MONNAIES XV. Quand j'ai réalisé MONNAIES II en 1997, l'accouchement a été difficile et cependant, le catalogue ne contenait que 627 monnaies et 128 pages, alors que dire de MONNAIES XV, de ses 1.500 monnaies et 450 pages !

Je crois que je n'aurai jamais eu le courage de concrétiser ce projet si Samuel Gouet, qui collabore avec nous et est élève de l'Ecole du Louvre, ne m'avait montré l'exemple, lui pour qui les gauloises sont sinon une religion, du moins un sujet d'étude et de découverte. C'est donc en étroite collaboration que nous avons réalisé, d'abord BOUDEAU II, galop d'essai, puis le LA TOUR II en 2001, avant de nous attaquer à MONNAIES XV.

Les monnaies gauloises, de Marseille aux Celtes du Danube, sans oublier les Celtibères ou la Bretagne, nous offrent dans le temps et dans l'espace une richesse iconographique inégalée. Chacune des monnaies, drachme celto-ligure ou drachme des Cadurques ou des Rutènes nous révèlent de nombreuses informations, précieuses pour l'Histoire et l'Archéologie. Les monnaies sont parfois le seul témoignage tangible de peuples qui vivaient dans nos contrées il y a plus de 2.000 ans et n'ont pas laissé d'écrits et dont les conquérants romains ont aussi essayé de faire disparaître la tradition orale des Druides. Si l'or et l'argent nous surprennent et nous émeuvent, prenez le temps de regarder et d'essayer de comprendre ces bronzes aulerques ou suessions, sans négliger pour autant tout ces potins qui n'ont pas livré tous leurs secrets. En effet, il n'existe certainement aucun monnayage qui n'offre autant de diversité, de variétés et d'inédits !

Le statère des Parisii est au creux de ma main ; celle-ci est plus grande que la main d'enfant qui tenait son statère BP il y a trente ans. La pièce a changé, l'émotion est restée intacte, la curiosité n'a pas trouvé ses limites !

Laurent Schmitt

schmitt@cgb.fr

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