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Date de clôture : 30 septembre
2002 - Résultats le 7 octobre 2002
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Les
monnaies gauloises : une affaire d'histoire et de style |
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Les monnaies gauloises présentent deux particularités qui les différencient de presque toutes les autres familles de la numismatique : - elles sont les plus importantes survivances d'une culture qui ne nous a presque laissé aucun témoignage historique et archéologique, comparé à ce dont nous disposons pour les cultures plus « classiques », sans parler des périodes modernes. - elles sont l'expression artistique libre de groupes humains très particuliers dont la vision du monde a été étouffée voici deux mille ans.
L'HISTOIRE
Plaçons-nous dans l'optique d'un archéologue ou d'un historien : il est clair que l'importance d'une numismatique est directement proportionnelle à la part que représentent les monnaies dans les témoignages qui subsistent de cette culture. Pour prendre deux extrêmes, la 1 franc 2000 ne nous apprend pas grand chose sur la France de la fin du deuxième millénaire sinon que l'unité de base de son système monétaire était l'objet étudié et que l'agriculture restait un symbole fédérateur. En revanche, un tétradrachme d'Uranius Antonin est rigoureusement le seul témoignage qui nous reste de cet empereur éphémère (à part quelques passages fumeux de Zozime qui parle deux usurpateurs, Uranius et Antonin...) qui voulut faire, de l'Orient romain, l'Occident de la Parthie. L'importance historique de ce monnayage est totale quand celle de la 1 franc 2000 est, disons-le gentiment, plus anecdotique.
La numismatique gauloise se place au plus près du monnayage d'Uranius Antonin. Les Gaulois ne nous ont laissé que quelques textes énigmatiques, pratiquement pas de monuments, une littérature tellement disparue que nous doutons de son existence, des cultes brumeux que nous ne pouvons reconstituer qu'au travers de témoignages recueillis mille ans après leur transformation en gallo-romains, quelques statues plagiant le plus souvent les us du conquérant, ne parlons même pas de peinture ou de théâtre. Son histoire et sa population ne nous sont presque connues que par les bulletins de victoire de l'envahisseur ou les textes de voyageurs étrangers à sa terre comme à sa culture. C'est dire l'importance extrême de sa numismatique : nous pouvons étudier au moins huit sur dix des types monétaires créés par les Gaulois. C'est l'aspect de leur civilisation pour lequel nous avons, de loin, la plus grande proportion d'information survivante.
LE STYLE
Déjà essentielle à ce titre de témoin survivant majeur, la numismatique gauloise présente une autre caractéristique d'une importance extrême : elle seule exprime avec ampleur et clarté le Génie gaulois, même au travers des influences extérieures. Seule la numismatique gauloise jusqu'à la Guerre reflète la vision du monde propre aux Gaulois.
Sans vouloir risquer des parallèles douteux, les critiques adressées aux monnaies gauloises par les numismates « classiques » rappellent souvent celles que s'attire l'Art « moderne » depuis un petit siècle.
Technique impropre, dégénérescence, mépris des formes naturelles et de la réalité palpable, représentations méconnaissables, qualité médiocre, artistes de second ou troisième rang, prétention, incompétence. Sans vouloir défendre certains fumistes qui ont fait croire, souvent d'une manière éminemment rentable pour eux, à leur contribution « révolutionnaire » à l'histoire de l'Art, et confondu barbouillage, logorrhée et création artistique, on doit constater que l'Art moderne marche dans des voies où se retrouvent nombre d'amateurs. Tant son importance que sa place dans l'histoire de l'Art ne peuvent plus être niés. De la même manière, les monnaies gauloises sont souvent comparées à leurs voisines « classiques », grecques ou romaines, en des termes très défavorables faisant référence à une « dégénérescence » depuis les prototypes, à un style « barbare », à une « façon » brouillonne.
Ces commentaires sont d'une cécité incroyable. Abstraction faite des productions de tâcherons comme on en trouve dans tous les monnayages, les Gaulois démontrent une maîtrise de la ligne, une économie de moyens, un sens du mouvement, une émotion sacrée, une vision des formes comme il faudra effectivement attendre le XXe siècle pour en retrouver des exemples.
Nulle de leurs gravures ne montre d'incompétence ou de balbutiements : formes et lignes sont achevées et complètes, finies dans leur Ordre. Mais elles procèdent d'une vision différente, bien plus que d'un style différent.
Les Gaulois ne font pas dégénérer des prototypes : ils voient le Monde différemment. Certes, la parenté indo-européenne entre eux-même, les Grecs ou les Romains, leur fait adopter des thèmes récurrents dont ils s'inspirent, certainement aussi pour des raisons économiques qui nous donneront, en d'autres temps, les arabo-byzantines ou les besants sarracénats.
Mais ils les voient différemment. Et nous offrent la possibilité de voir les hommes et les dieux, les animaux et les symboles au travers des yeux d'un Gaulois.
Les monnaies gauloises sont indubitablement parmi les premiers multiples de l'histoire de l'Art.
En ce sens, elles sont d'une importance extrême. Il est d'ailleurs regrettable que les amateurs d'art les ignorent. Sont-ils rebutés par leurs prix ridiculement bas comparés à la moindre peinture ou sculpture « moderne » ? N'en connaissent-ils simplement pas l'existence ? Michel Prieur
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