- La notion de «Génie d'un peuple » très
prisée au XIXe siècle pour exprimer tout ce qui était
spécifique et grand dans les réalisations d'un groupe
humain n'est plus utilisée de nos jours ce qui handicape gravement
notre compréhension du fonctionnement collectif des différents
groupes ethniques, culturels, religieux
qui peuplent notre planète.
- Cette notion est passée à la trappe pour deux raisons
principales. Tout d'abord, la science exige d'un phénomène
qu'il soit quantifiable, qu'il puisse être isolé, qu'il
soit reproductible et surtout qu'il s'intègre dans les autres
théories connexes.
- Le Génie d'un peuple est une notion tellement multi-factorielle
qu'elle ne peut pas être quantifiée. Le Génie
d'un peuple échappe complètement à toutes les
règles de l'expérimentation scientifique. Il ne peut
pas être mesure précisément par aucun appareil,
il ne peut être isolé, il n'existe que par ses manifestions
(mais pour cela les champs magnétiques, par exemple, ne sont
eux aussi mesurables que par leurs manifestations physiques). Il ne
peut pas être utilisé pour prédire l'avenir, même
dans ses manifestations pratiques : ce n'est pas parce qu'un
peuple a construit des pyramides en quantité qu'il va construire
autre chose ou en construire une de plus. Malheureusement, utiliser
les mêmes critères d'analyse scientifique pour étudier,
par exemple, le Génie la Musique mènerait à le
nier pour la même raison fondamentale : contrairement à
ce qui se passe dans les contes de fées, on ne met pas le Génie
dans une bouteille pour pouvoir le peser et le mesurer scientifiquement
- Ensuite, la notion de Génie d'un peuple, suite aux massacres
de masse qui ont fait du XXe siècle aussi bien une période
de progrès fantastiques que d'inquiétudes sur notre
survie en tant qu'espèce, a été assimilée
à un mode de pensée fasciste. Cette assimilation est
évidemment grotesque car être sensible à la grandeur
d'un peuple ou s'en sentir proche ne signifie en rien que l'on dévalorise
ou veuille détruire les autres peuples. Malheureusement, on
constate effectivement qu'un immense auteur comme Gustave Le Bon,
auteur de « Psychologie des Foules » et fréquent
utilisateur de la notion du « Génie de la race »
a été complètement effacé de l'Histoire
des Idées bien que ses conclusions soient aussi parfaitement
valides que généralement dérangeantes en notre
époque de « politiquement correct ».
- En feuilletant, même rapidement, MONNAIES XV et en
prêtant quelque attention aux illustrations, on peut se convaincre
de l'existence d'un Génie propre au peuple gaulois. De la même
manière qu'il suffit d'écouter le Requiem pour, sans
oscilloscope ni microscope, se convaincre du génie (sans majuscule
mais nous sommes dans le même Ordre) de Mozart.
- Chaque peuple marque de son Génie ses créations et
nous avons la chance de disposer d'une très grande proportion
des monnaies gauloises lorsque nous avons tout perdu de leur musique,
de leur poésie et presque tout de leur imaginaire.
- Les images que nous transmettent les monnaies représentent
la vision du monde qu'avaient les Gaulois.
- Ainsi fait chaque peuple.
- Il nous apprend ainsi dans quelle situation il se voit face au Monde.
- Quelques exemples :
- Les anciens égyptiens nous ont laissé des images
qui sont des représentations figées et répétitives ;
les paysans ont toujours la même posture qui les définit
comme paysans. Pharaon, selon les rôles dans lesquels il est
représenté, garde la même attitude stéréotypée.
Le monde est plat et l'image se voit sous tous les angles de la même
manière.
- Que l'on ne vienne pas me dire que les anciens égyptiens,
parmi les plus pharamineux architectes de l'Humanité, étaient
incapables de concevoir l'utilisation de la perspective en dessin
Ils n'utilisaient pas la perspective car elle était inutile.
Ils ne figuraient pas un paysan, un prêtre ou le pharaon mais
l'image d'un paysan, d'un prêtre... Dans un monde sans individus,
où tout est émanation de Pharaon, donc dans une théocratie
stricte, l'idée de représenter le réel, selon
la manière dont il va être spécifiquement perçu
par un individu, n'a aucun sens : à quoi bon utiliser
la perspective ? Si certaines statues égyptiennes, comme
celle du scribe accroupi du Louvre, touchent plus notre sensibilité
moderne, c'est justement parce qu'elles sont la représentation
d'un individu. Le Génie du peuple égyptien se situe
au contraire dans l'extraordinaire symbiose qu'il réalise entre
pouvoir politique, pouvoir religieux, terres, fleuves, animaux, peuple
et dieux, sans l'idée même d'individu. La vision égyptienne
est une réponse parmi d'autres aux questions que se posent
les humains sur eux-mêmes.
- Totalement différente est l'image grecque. Le Génie
du peuple grec aura certainement été d'inventer la notion
d'individu, donc, en dessin la perspective qui permet de représenter
le monde d'un point de vue unique : celui de l'artiste puis celui
du spectateur. L'art égyptien se passe allègrement de
spectateurs. On n'imagine pas la foule venant applaudir la fin de
la construction d'une pyramide (sauf de soulagement
), mais on
imagine l'amateur admirant le dernier vase unique sorti de l'atelier
d'un artiste grec. Les scènes reproduites sur les objets hiératiques
ou familiers sont multiples et différentes, la Monnaie apparaît,
outil de l'individu pour protéger le fruit de son travail comme
apparaît la Démocratie, outil de l'individu pour exprimer
son opinion.
- Et l'image chez les Gaulois ?
- Les descriptions de monnaies gauloises font souvent référence
à l'usage de prototype et à, malentendu complet, à
la « dégénérescence » de
ce prototype. Certains font mine de penser que les Gaulois ne savaient
pas graver, dessiner, respecter des proportions... bref, des barbares,
« ça ne ressemble à rien ».
- L'image gauloise, que nous voyons progresser à mesure que
le type s'éloigne du prototype, n'est pas une « dégénérescence ».
Pour le Gaulois, l'image réaliste du Romain ou du Grec est
un simple décalque de ce que nous voyons : elle n'a rien
de vraiment Réel. Le Gaulois n'a rien à faire du réel
palpable. Il ne l'utilise que comme repère et point d'appui.
- L'image gauloise tire, dès que le Génie s'en empare,
vers le symbole.
- Regardons la suite des potins au personnage courant. Elle débute
par la représentation, schématique mais reconnaissable,
d'un homme courant. Dès qu'elle reprend sa liberté,
c'est un triskèle que nous voyons apparaître, symbole
du Mouvement.
- Pensons à ces potins qui vont évoluer de quatre têtes
de chevaux disposées en croix vers le swastika dextrogyre,
symbole de Vie (rappelons que dextrogyre, tournant vers la droite,
donc suivant la course du Soleil, le swastika est symbole de vie :
rien d'étonnant que la « Hakenkreuz » nazie,
swastika sinistrogyre, soit symbole de mort, sinistre aveu
).
- Regardons ces visages ou ces cheveux qui se désarticulent,
dans des lignes incroyablement intelligentes, toujours dans une tentative
de dépasser l'imbécile réel quotidien pour atteindre
à l'Essence et au Principe.
- Ces quelques exemples nous sont encore intelligibles mais qui peut
encore voir avec les yeux du graveur de l'hallucinant « bronze
au nageur » ?
- Aucun peuple après les Gaulois n'a jamais poussé son
Art dans une telle direction ni réussi à donner, dans
un objet de la banalité quotidienne, une telle épaisseur
de Sens.
-
Le XXe siècle, si nous le faisons commencer
aux Impressionnistes et à Cézanne, est le premier
depuis les Gaulois à laisser apparaître des tentatives
d'aller chercher le Sens derrière le réel apparent.
Malheureusement le Génie a été irrémédiablement
perdu et ces tentatives, loin d'être celles d'un peuple entier
uni et agissant, ne sont que tentatives récupérées
par les élites, rejetées, honnies et méprisées
par l'immense majorité de la population. Comparez donc la
vente d'affiches de la Joconde avec celles de « Pommes »
de Cézanne, sans parler de tableaux cubistes de Braque, un
siècle après leur réalisation, cela se passe
de commentaires.
-
Il n'est pas question de défendre l'intégralité
de l'Art dit « moderne », repère de faiseurs
et de cupides plus souvent que d'artistes authentiques, mais il
est clair que les directions suivies, par exemple par un Picasso,
sont rigoureusement identiques à celles des artistes gaulois.
-
En termes de Génie, la différence radicale est que
ce qui était immédiatement intelligible pour le plus
simple des paysans gaulois, les potins du quotidien, est devenu
par la perte du Génie domaine réservé des esthètes
et des intellectuels. Au lieu d'accéder aux symboles par
la porte du cur, ce que permettait le génie du peuple
gaulois, il ne nous reste que l'accès intellectuel, réducteur,
la voie sèche au lieu de la voie humide.
-
Pourquoi ce Génie a-t-il disparu ? Parce qu'en un
siècle, couronné à Alésia, un autre
peuple, doté d'un autre Génie, en a détruit
les racines.
-
Une remarquable étude sur l'impérialisme romain,
dont j'ai malheureusement oublié l'auteur, donnait les grandes
lignes des méthodes de la conquête romaine.
-
Occuper l'espace, construire les routes, façonner le paysage,
si possible en faisant travailler les autochtones, sinon par les
techniciens de l'Empire, ingénieurs dont les légions
étaient toujours pourvues. Disposer de forces militaires
toujours capables de se projeter partout dans l'espace colonisé.
Ne laisser aux colonisés que les moyens de se battre entre
eux. Unifier la monnaie avec celle de l'Empire, donner à
celle-ci le rôle de pivot et de référence.
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Occuper les esprits, construire les amphithéâtres,
organiser les jeux, assurer la sécurité, transposer
l'esprit guerrier de compétition dans de vaines joutes sportives
émollientes. Prêter de l'argent dans des conditions
où il devient impossible de le rembourser (cette méthode
a particulièrement été utilisée en
Grande-Bretagne).
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Occuper les âmes, imposer la romanisation des élites
par l'éducation des jeunes générations royales
indigènes à Rome (éventuellement comme otages),
détruire les langues autochtones par l'imposition du latin
comme langue de communication officielle, massacrer si nécessaire
les prêtres locaux, ridiculiser l'art indigène par
les superproductions impériales, écraser les dieux
locaux par la majesté et la splendeur des temples dédiés
aux dieux romains et à l'Empereur. Disposer d'un réseau
de traîtres pour maintenir l'ordre romain par la crainte
et par la corruption.
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Bref, Hollywood, les autoroutes, Harvard et
les MBA, le FMI et l'OMC, le foot, les missiles de croisière
et la langue anglaise.
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La destruction du Génie du Peuple gaulois par la volonté
impériale des paysans soldats du Latium fut un ethnocide
parfaitement réussi. Il ne nous en reste rien.
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Sauf ses monnaies et les émotions qu'elles soulèvent
encore en nous.
Michel PRIEUR
prieur@cgb
1 « Au Génie
du Peuple gaulois » en pastiche de la légende monétaire
romaine du IIIe siècle « «GENIO POPULI ROMANI »,
« Au Génie du Peuple romain ».
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