MONNAIES XV

Date de clôture : 30 septembre 2002 - Résultats le 7 octobre 2002
Introduction - Les Gauloises : "une idée fixe" - Une affaire d'histoire et de style - Pourquoi collectionner - Le dessin - Bibliographie - Abréviations et Métaux - Genio Populi Galli

GENIO POPULI GALLI1
  • La notion de «Génie d'un peuple » très prisée au XIXe siècle pour exprimer tout ce qui était spécifique et grand dans les réalisations d'un groupe humain n'est plus utilisée de nos jours ce qui handicape gravement notre compréhension du fonctionnement collectif des différents groupes ethniques, culturels, religieux… qui peuplent notre planète.
  • Cette notion est passée à la trappe pour deux raisons principales. Tout d'abord, la science exige d'un phénomène qu'il soit quantifiable, qu'il puisse être isolé, qu'il soit reproductible et surtout qu'il s'intègre dans les autres théories connexes.
  • Le Génie d'un peuple est une notion tellement multi-factorielle qu'elle ne peut pas être quantifiée. Le Génie d'un peuple échappe complètement à toutes les règles de l'expérimentation scientifique. Il ne peut pas être mesure précisément par aucun appareil, il ne peut être isolé, il n'existe que par ses manifestions (mais pour cela les champs magnétiques, par exemple, ne sont eux aussi mesurables que par leurs manifestations physiques). Il ne peut pas être utilisé pour prédire l'avenir, même dans ses manifestations pratiques : ce n'est pas parce qu'un peuple a construit des pyramides en quantité qu'il va construire autre chose ou en construire une de plus. Malheureusement, utiliser les mêmes critères d'analyse scientifique pour étudier, par exemple, le Génie la Musique mènerait à le nier pour la même raison fondamentale : contrairement à ce qui se passe dans les contes de fées, on ne met pas le Génie dans une bouteille pour pouvoir le peser et le mesurer scientifiquement…
  • Ensuite, la notion de Génie d'un peuple, suite aux massacres de masse qui ont fait du XXe siècle aussi bien une période de progrès fantastiques que d'inquiétudes sur notre survie en tant qu'espèce, a été assimilée à un mode de pensée fasciste. Cette assimilation est évidemment grotesque car être sensible à la grandeur d'un peuple ou s'en sentir proche ne signifie en rien que l'on dévalorise ou veuille détruire les autres peuples. Malheureusement, on constate effectivement qu'un immense auteur comme Gustave Le Bon, auteur de « Psychologie des Foules » et fréquent utilisateur de la notion du « Génie de la race » a été complètement effacé de l'Histoire des Idées bien que ses conclusions soient aussi parfaitement valides que généralement dérangeantes en notre époque de « politiquement correct ».
  • En feuilletant, même rapidement, MONNAIES XV et en prêtant quelque attention aux illustrations, on peut se convaincre de l'existence d'un Génie propre au peuple gaulois. De la même manière qu'il suffit d'écouter le Requiem pour, sans oscilloscope ni microscope, se convaincre du génie (sans majuscule mais nous sommes dans le même Ordre) de Mozart.
  • Chaque peuple marque de son Génie ses créations et nous avons la chance de disposer d'une très grande proportion des monnaies gauloises lorsque nous avons tout perdu de leur musique, de leur poésie et presque tout de leur imaginaire.
  • Les images que nous transmettent les monnaies représentent la vision du monde qu'avaient les Gaulois.
  • Ainsi fait chaque peuple.
  • Il nous apprend ainsi dans quelle situation il se voit face au Monde.
  • Quelques exemples :
  • Les anciens égyptiens nous ont laissé des images qui sont des représentations figées et répétitives ; les paysans ont toujours la même posture qui les définit comme paysans. Pharaon, selon les rôles dans lesquels il est représenté, garde la même attitude stéréotypée. Le monde est plat et l'image se voit sous tous les angles de la même manière.
  • Que l'on ne vienne pas me dire que les anciens égyptiens, parmi les plus pharamineux architectes de l'Humanité, étaient incapables de concevoir l'utilisation de la perspective en dessin… Ils n'utilisaient pas la perspective car elle était inutile. Ils ne figuraient pas un paysan, un prêtre ou le pharaon mais l'image d'un paysan, d'un prêtre... Dans un monde sans individus, où tout est émanation de Pharaon, donc dans une théocratie stricte, l'idée de représenter le réel, selon la manière dont il va être spécifiquement perçu par un individu, n'a aucun sens : à quoi bon utiliser la perspective ? Si certaines statues égyptiennes, comme celle du scribe accroupi du Louvre, touchent plus notre sensibilité moderne, c'est justement parce qu'elles sont la représentation d'un individu. Le Génie du peuple égyptien se situe au contraire dans l'extraordinaire symbiose qu'il réalise entre pouvoir politique, pouvoir religieux, terres, fleuves, animaux, peuple et dieux, sans l'idée même d'individu. La vision égyptienne est une réponse parmi d'autres aux questions que se posent les humains sur eux-mêmes.
  • Totalement différente est l'image grecque. Le Génie du peuple grec aura certainement été d'inventer la notion d'individu, donc, en dessin la perspective qui permet de représenter le monde d'un point de vue unique : celui de l'artiste puis celui du spectateur. L'art égyptien se passe allègrement de spectateurs. On n'imagine pas la foule venant applaudir la fin de la construction d'une pyramide (sauf de soulagement…), mais on imagine l'amateur admirant le dernier vase unique sorti de l'atelier d'un artiste grec. Les scènes reproduites sur les objets hiératiques ou familiers sont multiples et différentes, la Monnaie apparaît, outil de l'individu pour protéger le fruit de son travail comme apparaît la Démocratie, outil de l'individu pour exprimer son opinion.
  • Et l'image chez les Gaulois ?
  • Les descriptions de monnaies gauloises font souvent référence à l'usage de prototype et à, malentendu complet, à la « dégénérescence » de ce prototype. Certains font mine de penser que les Gaulois ne savaient pas graver, dessiner, respecter des proportions... bref, des barbares, « ça ne ressemble à rien ».
  • L'image gauloise, que nous voyons progresser à mesure que le type s'éloigne du prototype, n'est pas une « dégénérescence ». Pour le Gaulois, l'image réaliste du Romain ou du Grec est un simple décalque de ce que nous voyons : elle n'a rien de vraiment Réel. Le Gaulois n'a rien à faire du réel palpable. Il ne l'utilise que comme repère et point d'appui.
  • L'image gauloise tire, dès que le Génie s'en empare, vers le symbole.
  • Regardons la suite des potins au personnage courant. Elle débute par la représentation, schématique mais reconnaissable, d'un homme courant. Dès qu'elle reprend sa liberté, c'est un triskèle que nous voyons apparaître, symbole du Mouvement.
  • Pensons à ces potins qui vont évoluer de quatre têtes de chevaux disposées en croix vers le swastika dextrogyre, symbole de Vie (rappelons que dextrogyre, tournant vers la droite, donc suivant la course du Soleil, le swastika est symbole de vie : rien d'étonnant que la « Hakenkreuz » nazie, swastika sinistrogyre, soit symbole de mort, sinistre aveu…).
  • Regardons ces visages ou ces cheveux qui se désarticulent, dans des lignes incroyablement intelligentes, toujours dans une tentative de dépasser l'imbécile réel quotidien pour atteindre à l'Essence et au Principe.
  • Ces quelques exemples nous sont encore intelligibles mais qui peut encore voir avec les yeux du graveur de l'hallucinant « bronze au nageur » ?
  • Aucun peuple après les Gaulois n'a jamais poussé son Art dans une telle direction ni réussi à donner, dans un objet de la banalité quotidienne, une telle épaisseur de Sens.
  • Le XXe siècle, si nous le faisons commencer aux Impressionnistes et à Cézanne, est le premier depuis les Gaulois à laisser apparaître des tentatives d'aller chercher le Sens derrière le réel apparent. Malheureusement le Génie a été irrémédiablement perdu et ces tentatives, loin d'être celles d'un peuple entier uni et agissant, ne sont que tentatives récupérées par les élites, rejetées, honnies et méprisées par l'immense majorité de la population. Comparez donc la vente d'affiches de la Joconde avec celles de « Pommes » de Cézanne, sans parler de tableaux cubistes de Braque, un siècle après leur réalisation, cela se passe de commentaires.
  • Il n'est pas question de défendre l'intégralité de l'Art dit « moderne », repère de faiseurs et de cupides plus souvent que d'artistes authentiques, mais il est clair que les directions suivies, par exemple par un Picasso, sont rigoureusement identiques à celles des artistes gaulois.
  • En termes de Génie, la différence radicale est que ce qui était immédiatement intelligible pour le plus simple des paysans gaulois, les potins du quotidien, est devenu par la perte du Génie domaine réservé des esthètes et des intellectuels. Au lieu d'accéder aux symboles par la porte du cœur, ce que permettait le génie du peuple gaulois, il ne nous reste que l'accès intellectuel, réducteur, la voie sèche au lieu de la voie humide.
  • Pourquoi ce Génie a-t-il disparu ? Parce qu'en un siècle, couronné à Alésia, un autre peuple, doté d'un autre Génie, en a détruit les racines.
  • Une remarquable étude sur l'impérialisme romain, dont j'ai malheureusement oublié l'auteur, donnait les grandes lignes des méthodes de la conquête romaine.
  • Occuper l'espace, construire les routes, façonner le paysage, si possible en faisant travailler les autochtones, sinon par les techniciens de l'Empire, ingénieurs dont les légions étaient toujours pourvues. Disposer de forces militaires toujours capables de se projeter partout dans l'espace colonisé. Ne laisser aux colonisés que les moyens de se battre entre eux. Unifier la monnaie avec celle de l'Empire, donner à celle-ci le rôle de pivot et de référence.
  • Occuper les esprits, construire les amphithéâtres, organiser les jeux, assurer la sécurité, transposer l'esprit guerrier de compétition dans de vaines joutes sportives émollientes. Prêter de l'argent dans des conditions où il devient impossible de le rembourser (cette méthode a particulièrement été utilisée en Grande-Bretagne).
  • Occuper les âmes, imposer la romanisation des élites par l'éducation des jeunes générations royales indigènes à Rome (éventuellement comme otages), détruire les langues autochtones par l'imposition du latin comme langue de communication officielle, massacrer si nécessaire les prêtres locaux, ridiculiser l'art indigène par les superproductions impériales, écraser les dieux locaux par la majesté et la splendeur des temples dédiés aux dieux romains et à l'Empereur. Disposer d'un réseau de traîtres pour maintenir l'ordre romain par la crainte et par la corruption.
  • Bref, Hollywood, les autoroutes, Harvard et les MBA, le FMI et l'OMC, le foot, les missiles de croisière et la langue anglaise.
  • La destruction du Génie du Peuple gaulois par la volonté impériale des paysans soldats du Latium fut un ethnocide parfaitement réussi. Il ne nous en reste rien.
  • Sauf ses monnaies et les émotions qu'elles soulèvent encore en nous.

Michel PRIEUR prieur@cgb

1 « Au Génie du Peuple gaulois » en pastiche de la légende monétaire romaine du IIIe siècle « «GENIO POPULI ROMANI », « Au Génie du Peuple romain ».

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