En 247 après Jésus-Christ, Rome fêta ses 1000 ans.
La ville maîtresse, l'Urbs, détenait le plus grand Empire
du monde occidental. Celui-ci connut pourtant une grave crise. L'armée,
incapable de maîtriser à elle seule les invasions barbares,
tenta en vain de trouver l'homme fort capable de le faire. Indécise
ou capricieuse, elle imposa à l'Empire une succession d'empereurs,
tous aussi impuissants, sans leurs laisser le temps d'achever leurs
uvres. Il fallut attendre des hommes exceptionnels, comme Aurélien,
Probus ou Dioclétien, tous originaires d'Illyrie, pour assainir
la situation.
Trajan Dèce fut le premier de cette longue série d'empereurs
illyriens. De son règne, l'Histoire ne retînt que l'importante
persécution qu'il orchestra contre les chrétiens. À
sa mort, Trébonien Galle fut acclamé empereur, selon un
rituel bien rodé. La particularité du règne de
Galle vient de sa volonté à se faire accepter comme un
membre de la famille de Dèce. Il mourut avec son fils Volusien,
assassinés par leurs propres soldats qui, encore une fois, en
avaient préféré un autre
En 253, pas moins de quatre personnages tinrent l'illustre nom d'Auguste
: Galle et Volusien, puis Émilien, et Valérien.
RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE.
La date de naissance de Caius Vibius Trebonianus Gallus, fils d'une
ancienne famille d'origine étrusque, nous est inconnue. Les sources
anciennes sont trop peu nombreuses pour ce règne, en particulier
à cause de l'Histoire Auguste qui présente une importante
lacune pour les années 244-260. Trébonien Galle épousa
Afinia Gemina Baebiana, qui, semble-t-il, mourut avant l'accession de
Galle au trône impérial. Elle lui donna un fils, Volusien,
Caius Vibius Afinius Gallus Vendumnianus Volusianus. Les étapes
de sa carrière nous sont inconnues. Les inscriptions révèlent
cependant qu'il fut consul avant son avènement au trône.
06/251 L'empereur Trajan Dèce meurt au combat près de
Abrittus dans sa poursuite contre les Goths qui ont récemment
tué son fils aîné. Son corps ne fut pas retrouvé,
enseveli dans les marais de sa dernière bataille.
Trébonien Galle, qui était alors gouverneur de Mésie
inférieure, est acclamé empereur par ses soldats. Il lui
est reproché d'avoir trahi Dèce, en ne lui portant pas
secours, dans le but de prendre sa place.
Le nouvel empereur signe un humiliant accord avec les Goths, où
ces derniers acceptent de se retirer de Mésie, et, tels des soldats
romains, monteraient la garde sur le Danube inférieur en se voyant
offert des tributs annuels. Le nouvel empereur veut se rendre à
Rome pour consolider son pouvoir.
06-07/251 À Rome, il adopte le fils cadet de Dèce, Hostilien,
et l'élève au rang d'Auguste, sans doute pour s'attirer
la sympathie du Sénat. Hostilien apparaît alors sur un
pied d'égalité avec Trébonien Galle, mais son jeune
âge lui ôte tout pouvoir réel. Étruscille,
la veuve de Dèce, est mise à l'écart. On ne sait
même pas si elle a pu conserver son titre d'Augusta. Trajan Dèce
et Hérennius sont déifiés. Galle se place alors
comme le successeur légitime de Dèce et membre de sa famille.
Sa titulature complète devient alors Imperator Caesar Caius Vibius
Trebonianus Gallus Pius Felix Invictus Augustus Pontifex Maximus Tribunitia
Potestas Consul Pater Patriae (Empereur, César, Caius Vibius
Trébonien Galle, Pieux, Heureux, Invincible, Auguste, Grand Pontife,
détenteur de la Puissance Tribunitienne, Consul, Père
de la Patrie).
Le nouveau prince nomme son fils Volusien César, qui semble avoir
pris pour épouse une fille de Dèce.
08-10/251 Hostilien, le fils de Dèce, meurt de la peste qui ravage
l'Empire. Selon certains, il peut avoir été éliminé
par Galle qui voyait en lui un ennemi dangereux à cause de son
soutien sénatorial. Volusien est nommé Auguste. Il est
revêtu de la première puissance tribunitienne.
10/12/251 Les deux nouveaux empereurs renouvellent leur puissance tribunitienne.
01/01/252 Trébonien Galle et Volusien, les deux Augustes, sont
nommés consuls. C'est le deuxième consulat pour Galle,
le premier pour Volusien.
252 Sapor Ier, roi des Perses, reprend la Mésopotamie romaine
et la ville de Nisibe, et prend le contrôle des axes de communications
de l'Arménie et de la Cappadoce, ce qui va lui permettre de s'avancer
en Syrie. Rome a conscience de la gravité du problème,
mais Galle, peu énergique, laisse la situation s'aggraver d'elle-même.
10/12/252 En théorie, les deux augustes reçoivent leur
troisième puissance tribunitienne. Cependant, aucune inscription
relevée ne semble mentionner ce titre. Les inscriptions de 253
attribuent aux empereurs une quatrième puissance tribunitienne
(ILS, 525). Les raisons de ce comput anormal restent difficiles à
déterminer (J. Eckhel, Doctrina Numorum, vol. VII, Vienne, 1796,
p. 361-366). Il est possible que les empereurs aient décidé
d'ajouter une nouvelle puissance tribunitienne à l'occasion de
la célébration des deux années de règne
de Galle, c'est-à-dire au mois de juin 253.
01/01/253 Volusien revêt son deuxième consulat.
253 Face à l'invasion perse en Syrie, Uranius Antoninus bat les
Perses et protège la ville d'Émèse, dont il est
le grand prêtre. Un rare monnayage local, constitué de
tétradrachmes, est frappé en son nom.
Le cur de la Syrie est aux mains de Sapor Ier. Antioche, la troisième
plus grande ville de l'Empire, est ravagée par l'ennemi.
mi 253 Galle envoie Marcus Aemilius Aemilianus rétablir l'ordre
en Mésie Inférieure, où les Goths ont, une nouvelle
fois et malgré les subsides, franchis la frontière et
descendent jusqu'à Éphèse. Après quelques
victoires, le général Émilien est acclamé
empereur. Galle fait alors appel à Publius Licinius Valerianus,
Valérien, alors général des armées du Rhin,
mais celui-ci arrive trop tard : Émilien descend en Italie afin
de renverser Galle et de monter sur le trône impérial.
07/253 L'armée de Galle est écrasée par celle d'Émilien.
Les deux empereurs furent soit tués au combat, soit assassinés
par leurs propres soldats. Mise devant le fait accompli, Rome reconnaît
Émilien. Le nouveau prince est reconnu par les provinces orientales.
Entre temps, Valérien est acclamé empereur par ses troupes
qui descendent, elles aussi, vers l'Italie.
10/253 Émilien est assassiné par ses propres soldats,
qui prennent parti pour Valérien, le nouvel empereur.
Jérôme MAIRAT