ACTE I
Il y aura un quart de siècle au mois de juillet, il faisait beau
et j'avais terminé l'oral du bac. Pour décompresser, j'avais
décidé ce dimanche-là d'aller me délasser
à Paris, en suivant le fil de la Seine. Sur les quais, ce jour
là, j'ai mis le doigt dans un engrenage dont je ne soupçonnais
même pas l'existence.
Dans les boîtes d'un bouquiniste, entre deux livres et trois
lithographies, je découvris quelques monnaies romaines. Pour
trente francs, c'était déjà cher pour un étudiant,
j'achetai un petit bronze de Constantin Ier, usé, mais identifiable.
Je n'imaginais pas que l'on puisse trouver une monnaie romaine authentique
du premier empereur chrétien pour seulement TRENTE FRANCS ! Je
sortais de douze ans de philatélie et j'avais vendu ma collection
de timbres pour être sûr d'avoir le bac car je consacrais
trop de temps à ce hobby. Mais je n'imaginais pas que ce premier
achat d'une piécette romaine allait bouleverser ma vie. Moi,
qui avais redouté le côté prégnant et envahisseur
de la Philatélie, j'allais être servi !
ACTE II,
Une année a passé. Je dois bien avoir une dizaine de pièces
romaines que j'ai glané un peu partout, plus par curiosité
; je me le suis juré : plus jamais collectionneur ! Dans une
célèbre librairie numismatique de la rue de Richelieu,
chez Michel Kampmann pour ne pas le nommer, je suis devant les bibliothèques
où trônent alors des centaines de livres et je ne sais
lequel choisir. En plus, ils sont chers et la plupart d'entre eux sont
en langues étrangères, anglais principalement. Je finis
par choisir, non le moins cher, mais celui qui me semble le plus complet
et le plus général : le " Roman Coins and their values
" de D. Sear, édition de 1974 pour 150 francs, soit le prix
de CINQ Constantins ! En attendant, je soupire devant le R.I.C. (Roman
Imperial Coinage) qui coûte, à l'époque, plus de
10.000 francs car plusieurs volumes sont épuisés. A la
rentrée, je vais rentrer en fac d'Histoire. Je vais enfin réaliser
mon souhait le plus profond, concrétiser le rêve que j'avais
entrevu à huit ans quand ma tante m'avait offert, " Vie
et murs dans l'Antiquité " : devenir professeur d'histoire
ACTE III,
Deux ans ont encore passé, j'ai rangé un peu mes pièces
romaines. Il faut travailler double, d'abord à la fac pour le
diplôme, pour payer mes études le soir, et puis, quand
on a vingt ans, on pense aussi à plein d'autres choses, charmantes
d'ailleurs. Je suis en licence, les monnaies m'intéressent, mais
je ne ressens et je ne veux surtout pas revivre ce que j'ai connu avec
le timbre dont je suis maintenant totalement sevré. Dès
qu'un sujet traite de numismatique, l'exposé ou le dossier est
pour moi. Je m'inscrit à l'École du Louvre comme auditeur
en numismatique et à l'École Pratique des Hautes Éetudes.
Et là, c'est la révélation, la monnaie, ma monnaie,
c'est l'Histoire, c'est mon histoire, votre histoire, notre histoire.
Chaque pièce que nous détenons est un morceau du patrimoine
mondial dont vous êtes l'heureux propriétaire pour quelques
dizaines, centaines ou milliers de francs ce qui n'est rien par rapport
à la richesse et à la densité des vies qui se sont
succédées, il y a 2000 ans ou hier, autour de ce petit
morceau de métal. En numismatique, nous avons l'Histoire dans
la main. Une frénésie s'empare alors de moi, je suis pris
par le virus et le jeu, mais avec circonspection. Je n'achèterai
pas simplement des pièces, mais aussi des livres qui me permettront
le leur faire révéler tout ce qu'elles ont à dire.
EPILOGUE
Vingt ans depuis ont passé. Depuis vingt ans, je vis tous les
jours avec les monnaies. Je partage leurs secrets. Comme un détective,
je les traque, je leur fait raconter l'Histoire. Et vingt ans après,
elles me parlent toujours autant, elles me procurent toujours le même
plaisir de la découverte. Toujours la même sensation d'être
un explorateur du temps, d'entrer en contact au delà des peuples
et des civilisations, avec les hommes et les femmes qui ont fait l'Histoire,
chacun à son niveau. Depuis vingt ans, j'ai pratiquement abordé
tous les monnayages, des rives du Pactole à celles de la Seine,
du Nord au Sud, du Levant vers le Couchant, mais je suis toujours revenu,
et les vents m'ont toujours ramené vers le port d'Ostie, aux
rivages de Rome.
Si je suis devenu numismate professionnel, c'est grâce aux monnaies
romaines.
CONCLUSION
Que de progrès depuis vingt ans ! J'étais alors couché
sur un lit d'hôpital et ma mère m'avait apporté
un colis des Etats-Unis. J'y découvris mon premier catalogue
NFA (Numismatic Fine Arts), le VI, que j'avais commandé. Je me
suis promis qu'un jour, j'écrirai ce type de catalogues, que
je communiquerai ma passion à tous ceux qui pourraient la partager
. Aujourd'hui, nous avons beaucoup d'ouvrages à notre disposition.
Mieux, nous avons l'Internet avec des sites qui nous fournissent des
milliers d'images agrandies et des descriptions très complètes
qui, normalement ne se retrouvent que dans les musées, accessibles
à quelques initiés privilégiés. Sur la toile,
elles sont disponibles pour tout le monde et, en plus, gratuitement.
Voir (http://www.cgb.fr) et ses onze cents liens.
Pourtant, il nous manque toujours un ouvrage de base en français.
Je ne désespère pas de l'écrire un jour, si Dieu
m'en donne le temps.
Mais en attendant, j'ai décidé d'écrire un catalogue
de monnaies romaines, MONNAIES XIII, et de vous livrer, avec ce catalogue,
un premier outil, une porte d'entrée, limitée certes,
incomplète, c'est normal, mais en français Avec plus de
1.400 monnaies photographiées, décrites et cotées,
j'ai voulu faire de ce catalogue, comme dans une course de relais, un
témoin que je vous transmets à tous, débutants
ou collectionneurs confirmés ou chevronnés. Mais ce catalogue
s'adresse surtout à ceux qui, aujourd'hui, ne savent pas encore
que les monnaies romaines sont passionnantes et qu'ils vont passer des
années extraordinaires à les collectionner
Depuis la Renaissance et la redécouverte de l'Antiquité,
nos prédécesseurs ont réuni des galeries de portraits
d'empereurs, d'impératrices ou de césars et ont limité
la collection de monnaies romaines à ce seul but. Aujourd'hui,
on peut collectionner les monnaies romaines comme on aime ! Il n'y a
plus aucune limite : les monuments, les animaux, les dieux et les déesses,
les abstractions personnalisées, les provinces et les villes,
les voyages, la médecine, les transports, etc
On peut aussi
collectionner un empereur, un atelier, une période, un type monétaire,
les grecques impériales. Il y a autant de sujets possibles que
de collectionneurs. Depuis six ans déjà, les catalogues
ROME, les listes ou les Dossiers de la Monnaie de Numismatique et Change
essaient de vous faire découvrir les multiples facettes d'un
monnayage inépuisable.
Collectionnez les monnaies romaines comme vous le voulez,
comme vous le sentez, les autres collectionneurs sont là pour
vous conseiller. La seule chose que je puisse vous souhaiter, est que
vos monnaies romaines vous apportent autant de satisfactions et de plaisirs
que toutes celles qui me sont passées entre les mains m'en ont
données. Depuis vingt ans, je n'ai pas vu le temps passer puisque,
j'ai vécu mille vies au travers des mille ans du monnayage de
Rome. Venez à Rome !
Laurent SCHMITT