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LA CRISE MONETAIRE ET L'ANARCHIE MILITAIRE AU IIIe Siècle

La thèse de Jean-Pierre Callu, publiée en 1969, La politique monétaire des empereurs romains de 238 à 311, Paris 1969, est encore aujourd'hui le meilleur moyen d'aborder la crise qui secoua l'Empire Romain au IIIe siècle et faillit causer sa perte. En moins de cinquante ans entre 238 et 284, entre Balbin et Dioclétien, plus de cinquante empereurs se sont succédés à la tête de l'Empire, dont sept pour la seule année 238 : Maximin Ier Thrace et Maxime, Gordien père et fils, Balbin et Pupien puis Gordien III. Entre 260 et 274, l'Empire est divisé en trois parties : Gallien règne sur l'Italie, l'Afrique et une partie des Balkans, tandis que Postume et ses successeurs, Lélien, Marius, Victorin, Tétricus père et fils dominent les Gaules, que le reste des Balkans connaît de nombreuses usurpations et que l'Orient est déchiré en tous sens entre Macrien, Quiétus, Odénath, Vaballath et Zénobie et les Sassanides de Sapor (241-272) qui veut s'emparer de la Syrie.

Sur la cinquantaine d'empereurs qui régnèrent, peu nombreux furent ceux qui moururent dans leur lit : la plupart furent assassinés comme Gallien, Aurélien, Probus ou Numérien. D'autres préférèrent se suicider ou furent liquidés par leurs soldats comme Trébonien Galle, Volusien, Émilien ou Carin. Trajan Dèce fut tué par les barbares. Valérien fait prisonnier en 260 par les Sassanides servit de marche-pied à Sapor avant d'être écorché vif. Claude II mourut de la peste et Carus fut foudroyé !

Il faut attendre Dioclétien (284-305), la création de la Dyarchie en 286, puis de la Tétrarchie en 293 pour que l'Empire retrouve une certaine stabilité politique et économique.

Les guerres civiles et les invasions généralisées provoquèrent une crise économique et sociale sans équivalent. L'Empire perdit peut-être un tiers de sa population. Les campagnes se vidèrent, les villes s'appauvrirent et l'entretien des routes fut abandonné. Le limes, plusieurs fois rompu, laissa les barbares se répandre dans tout l'Empire. Les Goths assiégèrent Athènes. Les pirates frisons dévastèrent la Bretagne, la Germanie et le Nord de la Gaule, les Alamans traversèrent la Gaule.

La crise monétaire est aussi présente. Latente depuis le règne de Marc Aurèle avec l'amoindrissement du denier dont le titre avoisine les 50% à la mort de Commode, elle va connaître son paroxysme au cours du IIIe siècle. En 215, Caracalla crée une nouvelle dénomination, l'antoninien, taillé au 1/64e livre (5,07 g) avec un titre de 50% qui vaut 2 deniers taillés au 1/96e livre (3,38 g) titrant aussi 50% d'argent. C'est une monnaie réellement fiduciaire. Sa frappe est interrompue en 219 et reprend en 238. Les jours du denier sont comptés. Encore frappé sous Gordien III en 240-241, il devient très rare ensuite. L'antoninien est maintenant une monnaie de billon dont le poids et le titre vont rapidement baisser jusqu'à ne plus contenir que 2% entre la fin du règne de Gallien et le début de celui d'Aurélien. En Gaule, contrôlée par Postume, le titre de l'antoninien reste relativement élevé entre 25 et 10% d'argent jusqu'en 266. Après la perte des mines d'Espagne sous le règne de Claude II, le titre des monnaies de l'empereur gaulois chute rapidement pour s'aligner sur le titre des monnaies de l'Empire central.

Trajan Dèce a bien essayé de rétablir la monnaie vers 250 en créant une espèce lourde de bronze, le double sesterce, à l'existence éphémère. La pénurie monétaire des années 270, en Gaule principalement, provoque la création d'imitations d'antoniniens que ne pèseront plus que 0,10 g à la fin des années 270. On les appelle les " barbares radiées ".

Aurélien réalise une réforme monétaire à la fin de son règne en 274 qui semble restaurer l'orthodoxie monétaire tandis qu'il réunifie l'empire politique. Il faut attendre Dioclétien pour assister à un retour à la bonne monnaie.

Laurent SCHMITT

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