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UNE COLLECTION THÉMATIQUE D'AVENIR : LES BRONZES DU BAS-EMPIRE

Si vous êtes collectionneur débutant et voulez commencer une collection de monnaies romaines, peu coûteuse, à la riche iconographie, variée du point de vue des portraits, diversifiée géographiquement grâce à plus de vingt ateliers répartis sur la totalité de l'Empire, n'hésitez pas à vous lancer dans une collection de monnaies en bronze du Bas-Empire.

Depuis Gibbon, le terme Bas-Empire porte une connotation défavorable et cette période a été souvent dédaigneusement délaissée par des numismates, pour qui seul le Haut-Empire est digne d'intérêt. Cette attitude n'a aucun sens. L'histoire de la France et des Français est beaucoup plus proche de Constantin que de Néron.

Le IVe siècle marque une période de restauration politique et économique. Les fondements de la société médiévale trouvent leur origine dans le Dominat et la naissance des grandes villas latifundiaires de Gaule avec les enceintes qui vont entourer les villes du Bas-Empire, constamment menacées par les révoltes séditieuses et les invasions barbares.

Rome n'étant plus et Constantinople n'étant pas encore, les années comprises entre 294 et 395, un siècle exactement, entre la réforme monétaire de Dioclétien et la mort de Théodose Ier, voient la métamorphose du monde romain : il devient le premier empire chrétien. Rome, l'antique, n'est plus la seule capitale de l'Empire, Constantinople veut lui ravir cette situation. L'Empire avant sa scission définitive semble déjà se découper avec la réorganisation des provinces en grands diocèses qui constitueront les grandes divisions administratives de la société féodale.

La réforme politique est tout aussi importante. Les empereurs d'Auguste à Dioclétien, mêmes absolus, avaient maintenu la fiction du gouvernement du Prince, " princeps ", héritier des institutions républicaines, afin de se concilier le Sénat et la plèbe. Le Princeps, et les monnaies du Haut-Empire nous le rappellent dans leurs légendes, concentre entre ses mains les pouvoirs militaire (IMP), populaire (TRP, Tribun de la Plèbe) et religieux (PM, Pontife suprême) mais il ne les supprime pas et respecte scrupuleusement, à chaque échéance, la fiction des acclamations impériales et du renouvellement de la puissance tribunitienne.

Le contact des monarchies orientales, sassanide en particulier, va modifier l'esprit et la lettre du principat, le remplaçant par le Dominat où l'empereur devient " Dominus Noster ", " notre seigneur " ; il est alors adoré comme un monarque absolu et un dieu vivant. Dans les rituels de la cour impériale, au salut romain se substitue " l'adoratio ", héritée de la proskynèse satrapale.

Rome et ses dieux ont du mal à combattre les invasions de l'Intérieur et de l'Extérieur.
À l'intérieur tout d'abord avec l'introduction des cultes orientaux dans l'Urbs. La religion traditionnelle semble s'enfoncer dans la léthargie malgré les réformes des empereurs, comme Trajan Dèce, Valérien ou Dioclétien, qui essaient de maintenir l'unité religieuse en déliquescence.

Isis, Cybèle, Sérapis, Mithra sont les grands dieux du IIIe siècle qui se sont substitués à Jupiter, Mars ou Rome dans la ferveur populaire et parfois dans les classes supérieures. Le culte impérial s'est développé aux deux premiers siècles de notre ère, créant la fiction d'une " romanité " sur l'ensemble de l'espace géographique romain. Après 212, quand tous les hommes libres de l'Empire sont devenus citoyens romains pour des raisons fiscales, Rome, cité déjà cosmopolite, devient une gigantesque tour de Babel où se mélangent et se fondent les peuples dans un magma informe au détriment des valeurs traditionnelles de la Rome ancestrale. Caracalla avait décidé cette réforme car seuls les citoyens romains payaient l'impôt militaire, ce qui semble d'ailleurs logique. Pour renflouer celui-ci, "Alexandrotatos" (comme l'appelaient les habitants d'Alexandrie, se moquant de son obsession d'imiter Alexandre le Grand), ne trouva rien de mieux que de donner la citoyenneté romaine à toutes les populations de l'Empire, sans distinction de mérite. Les empereurs romains, les Flaviens particulièrement, avaient toujours libéralement accordé la citoyenneté à des étrangers mais seulement au mérite et à des personnes ayant prouvé leur assimilation à la culture romaine. Punique par son père et syrien par sa mère, tous deux pourtant modèles de vertus " romaines ", il sera à l'origine de la plus grave brèche ouverte dans les structures morales de Rome.

Au polythéisme rigoureux des deux premiers siècles, des empereurs comme Aurélien ou plus tard Julien le Philosophe vont essayer de substituer un syncrétisme païen organisé autour de Sol ou du Génie du Peuple Romain, " Genio Populi Romani ", Jupiter tonnant ne suffisant plus à défendre Rome.

À l'extérieur, les légions et les " limetanes ", ou troupes des frontières, ont de plus en plus de mal à contenir les hordes barbares attirées par le pillage et les terres fertiles.

Le IVe siècle voit le triomphe de l'idéologie de l'homme de Nazareth. Le Christianisme sort renforcé des persécutions multiples, mais sporadiques et l'exaltation des martyrs est un moyen de cimenter la nouvelle religion qui construit, à partir des sources hébraïque, christique et païenne, le premier monothéisme de l'histoire depuis Akhenaton et Moïse en Egypte près de deux mille ans auparavant.

Pris au nom des deux empereurs, Constantin Ier et Licinius, valable pour l'ensemble de l'Empire, le rescrit de Milan proclame en 313 la liberté de culte. Pour les chrétiens, Lactance en particulier, c'est la reconnaissance du Christianisme comme religion officielle. En fait, le paganisme va encore survivre pendant près de quatre-vingts ans et ne sombrera qu'avec la prise de Rome en 410.

Cet Empire, plus tout à fait païen et pas encore tout à fait chrétien, voit l'émergence d'une nouvelle capitale, celle de Constantin qui restaure Byzance pour en faire Constantinople. Nouvelle capitale de l'Orient avec des institutions et une administration calquées sur celles de l'antique Rome, Constantinople étale ses fastes sur les bords du Bosphore. Le déplacement du centre névralgique de l'Empire s'accompagne de changements culturels. Le grec, la langue des vaincus de Pydna, d'Athènes ou d'Antioche prend une revanche éclatante sur les conquérants romains. Au même titre que nous évoquons une époque gallo-romaine pour la Gaule, nous devons parler d'une période gréco-romaine au IVe siècle

Enfin, de nombreuses réformes monétaires viennent secouer un Empire, touché par la crise économique, qui fait que les provinces au cours du IVe siècle vont se refermer sur elles-mêmes et donner naissance à l'espace géographique médiéval. Vers 310, Constantin crée la monnaie qui va s'imposer de l'Occident à l'Orient, le solidus. Monnaie d'or pur, " obryziacus ", pesant 4 scrupules (4,51 g), valant au départ 24 argentei, elle va devenir l'étalon monétaire du monde antique, puis médiéval avec ses multiples avatars (sol, sou) pour ne plus subsister à la veille du premier conflit mondial que comme une pièce appelée un sou, 5 centimes de bronze, pesant 5 grammes.

Entre la Réforme de 294 et celle de 313, le poids du bronze est divisé par 3 passant du 1/32e livre (10,15 g) au 1/96e livre (3,38 g). Pour les historiens modernes, d'après l'étude des papyri égyptiens, l'inflation aurait été galopante au IVe siècle. Le nummus de 10,15 g en 294 dont la valeur est évaluée à 12,5 deniers de compte vaut 100 deniers en 318 avec un poids de seulement de 3,38 g. Une monnaie comparable taillée au 1/72e, puis au 1/96e livre entre 352 et 354 est évaluée à 1.000 deniers sous le nom de maiorina pecunia. Julien essaie vainement de restaurer l'orthodoxie monétaire en 362, elle ne lui survivra pas. Après 364, nous ne savons plus donner de noms aux monnaies de bronze. Suivant les auteurs, nous parlons de grand bronze (GB ou Æ 1), moyen bronze (MB ou Æ 2), petits bronzes (PB ou Æ 3 ou Æ 4, voir planche page 413).

Ainsi, la collection des bronzes du Bas-Empire est attachante, riche et variée comme la période historique qu'elle recouvre. En 348, Constans et Constance II, chrétiens, commémorent le 1100e anniversaire de " l'Urbs " et la légende de revers " FEL TEMP REPARATIO " rappelle le " retour des temps heureux " qui semblent déjà un lointain souvenir. Le phénix radié, placé sur son bûcher, symbole païen, rappelle qu'il faut mourir pour mieux renaître.

Collectionner la période comprise entre Dioclétien et Théodose Ier semble un travail de romain. Vous privilégierez un empereur ou une dynastie : vous pouvez collectionner les monnaies de La Tétrarchie, entre 294 et 313 par exemple, les monnaies de Constantin et de ses fils ou bien encore les dynasties valentiniennes et théodosiennes (364-395). Vous pouvez même vous consacrer aux derniers empereurs entre Théodose Ier, Romulus Augustule et Zénon, mais le monnayage de bronze devient alors rare, cher et difficile à trouver en bon état de conservation.

Vous pouvez collectionner un atelier gaulois, Amiens, Lyon, Arles ou Trèves ou essayer de vous éloigner vers l'Orient, Constantinople, Héraclée, Cyzique ou Nicomédie pour la Turquie actuelle et pourquoi pas l'Égypte avec Alexandrie par exemple.

Le bronze est encore très abondant pour le IVe siècle et vous pouvez trouver facilement des monnaies dont le prix varie de 50 à 500 francs même pour une maiorina. Souvent les pièces possèdent des patines vert émail, vert jade ou vert émeraude, introuvables pour le Haut-Empire et qui feront de vos petits bronzes de merveilleux monuments que vous prendrez plaisir à regarder et à montrer autour de vous. Ce n'est pas parce que presque tout le monde connaît Jules César ou Néron que Crispus est une marque de céréales ou Valentinien une marque de peinture.

Malheureusement, pas d'ouvrage en français pour le moment en dehors de MONNAIES XIII où vous trouverez les nombreuses informations indispensables dans plus de cinquante articles et 1.404 monnaies avec les premiers conseils pour bien débuter votre nouvelle collection.

L'ouvrage de P. Hill, J. Kent et R. Carson, Late Bronze Roman Coinage, (LRBC.), réimprimé en 1989, et disponible pour 175 francs reste l'incontournable ouvrage de base, très facile d'usage.

Enfin, sur le net, vous trouverez sur le site de CGB : http://www.cgb.fr plusieurs milliers de photos et descriptions de pièces romaines du Bas-Empire : ces monnaies ont déjà été vendues mais l'information et l'image restent, disponibles pour recherches et comparaisons. N'hésitez pas à aller consulter ce site où toutes les monnaies sont décrites et photographiées avec agrandissement en plein écran.

Vous pouvez me contacter personnellement via internet à mon adresse e-mail : schmitt@cgb.fr.

Pensez-y, les MONNAIES ROMAINES, ce n'est pas encore cher et c'est un moyen de se faire plaisir et découvrir l'histoire d'un Empire, il y a dix-sept siècles, un morceau de notre passé !

Laurent SCHMITT

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