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CARACALLA
ET DOMNA 211 - 217
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Dans la deuxième partie de son règne, Caracalla va muer, du charmant enfant que les monnaies de son père nous ont fait connaître, en un homme dominé par l'Hubris, cette démesure et ce manque de contrôle de soi tant honnis par les grecs. Autant le Beau et le Bien étaient les critères d'une vie digne, autant l'Hubris était, plus que le Mal ou le Mensonge, celui d'une vie méprisable. Il aura certainement été l'un des fossoyeurs les plus efficaces que l'Empire ait connu. Septime Sévère meurt en 211, le pouvoir titulaire revient à Caracalla et à son frère, et déjà Domna est incapable de contrôler les pulsions meurtrières de son aîné. Elle va néanmoins défendre l'Empire avant tout : une scission géographique avait déjà été envisagée après que, pour parer au plus pressé, la répartition du palais impérial en deux ailes ait été organisée. Domna va repousser cette idée "Avez-vous aussi l'intention de me couper en deux ?" Chacun, gardé par ses gladiateurs personnels, veille - jusqu'au meurtre de Géta. Celui-ci, dont Septime Sévère, féru d'astrologie, disait que son thème de naissance sans trace régalienne était étonnant, conclu ainsi un court augustat par une "damnatio memoriæ". Ses statues sont renversées, son nom martelé sur les dédicaces de marbre, le poignard qui l'a tué consacré à Sérapis, mais toute l'élite romaine est scandalisée : qui a tué son frère peut massacrer sans retenue. Le conseiller juridique de Septime Sévère, Papinien, est convoqué: " Sénateur ! Explique aux romains que j'avais le Droit de mon coté ! " - "Imperator ! Il est plus facile de commettre un fratricide que de l'excuser ! Soutenir le meurtrier est tuer la victime une deuxième fois !". Papinien est massacré sur place suivi de plus de vingt mille partisans de Géta. Ce meurtre et ces massacres vont couper Caracalla de l'assise effective
du pouvoir à Rome, les classes supérieures qui voient
dans l'Imperator un nouveau Caligula Caracalla, sur les traces de son
père, va se rassurer dans l'armée au contact de la troupe. Malheureusement, la démesure de l'Empereur va lui faire oublier
tout sens politique. S'il est militairement vainqueur des Parthes dont
il pille et brûle la capitale, il ne pourra garder sa conquête
- il est plus facile de vaincre que d'administrer - et forgera dans
le feu un ennemi mortel pour la partie orientale de l'Empire. Le point
culminant de sa paranoïa sera le sac d'Alexandrie, non seulement
romaine depuis deux siècles, mais propriété personnelle
de l'empereur. Ces trois crises poussent l'Empire à la ruine dans son principe même. Le meurtre de Géta et de ses partisans fait revivre comme une
fatalité les règnes des empereurs fous : Néron,
remplacé par un général -Vespasien - et plus proche,
Commode, lui aussi remplacé par un général, Septime
Sévère. Le principe dynastique se confirme dangereux.
Les populations vont admettre sans rechigner les empereurs militaires
qui finiront par se succéder : triés par la compétition
pour le pouvoir, ils sont moins dangereux pour leurs sujets que les
deuxième ou troisième générations. Le coup final porté par Caracalla à l'Empire sera bien
entendu l'attribution à tous ses habitants de la citoyenneté
romaine. Les motivations de l'Empereur pour cette réforme fondamentale
sont imprécises mais peuvent relever de trois ordres. Il portera ainsi le coup fatal à l'équilibre politique de Rome, noyant les fondateurs de l'empire dans un flot aliène dont les intérêts ne se confondent pas avec la pérennité de l'Urbs. Il détruira aussi par l'éradication du Modèle toute possibilité d'assimilation des peuples de l'Empire. Alors que tous ses prédécesseurs avaient conféré le titre de citoyen à des hommes méritants, dignes de le porter, il galvaude ce titre qui tombe dans la boue. Il y entraînera Rome. Michel PRIEUR |
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