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LES ATELIERS MONÉTAIRES

Une collection thématique de monnaies romaines peut parfaitement se construire autour d'un atelier monétaire : Rome en a fait fonctionner des centaines dans tout l'Empire.

Un atelier frappe parfois pour une seule ville, ce qui est le cas pour les frappes coloniales, et on trouve des ateliers dans des villes qui devaient compter moins de dix mille habitants. A l'échelle de la France actuelle, nous aurions avec ce système plus d'un millier d'ateliers monétaires, fabriquant des monnaies différentes... un rêve de numismate et un cauchemar d'économiste !

Pour rester en France, plusieurs villes furent des ateliers monétaires romains.

Lyon
capitale des Gaules, aura deux grandes périodes d'activité : le Haut Empire, d'Auguste à Néron, Galba ou Vespasien, puis l'épisode d'Albin où des chefs d'oeuvres seront frappés. Ces monnaies, qui se reconnaissent le plus souvent à un globule gravé à la base du buste de l'empereur, se trouvent dans les mêmes prix que celles de Rome pour la même période : hors raretés, les bronzes commencent à trois cent francs, l'argent à huit cent, l'or à cinq mille. La deuxième heure de gloire de Lyon, se produira à partir des empereurs militaires : Aurélien, Tacite, Probus, Carus... jusqu'en 413. Les pièces se reconnaissent au style et bénéficient d'un livre de référence extraordinaire, publié sur ses propres deniers par un collectionneur d'exception, le Docteur Bastien. Plusieurs tomes consacrés à ce monnayage avec description, commentaires, illustrations, décompte et références des exemplaires connus... un trésor. Les monnaies de Lyon le méritaient bien : dans une époque de décadence, elles sont souvent d'excellent style.

Amiens
La ville de l'ancienne tribu gauloise des Ambiani va avoir une courte existence d'atelier monétaire entre 350 et 353 et frappa pour Magnence, Décence, Constance II et Constance Galle. Ses petits et moyens bronzes, reconnaissables à la marque AMB à l'exergue, ne valent guère plus cher, même en France, que ceux des autres ateliers de la même période : s'il existe un collectionneur spécialisé sur la ville, je ne l'ai jamais rencontré. Incroyable, mais vrai : l'un des ateliers monétaires romains en France n'a attiré, sur 60 millions de français, aucun intérêt spécialisé.

Rouen
Très courte existence et monnaies rarissimes pour Rouen qui va frapper quelques mois pour l'usurpateur Carausius, ancien gouverneur de Bretagne ayant pris son indépendance du pouvoir central de Rome. Avant d'être vaincu, il fera des incursions en Gaule et occupera temporairement la ville. Très rare et relativement très cher : à partir de deux mille francs.

Arles
Occupée par les romains bien avant le reste de la Gaule, la Provincia, dont nous avons fait Provence avant d'appeler provinces toutes les régions de France autres que la capitale, loin des francs et autres vandales qui envahissaient le nord, fut le dernier bastion de la civilisation romaine en Gaule.
Arles y fut, à la fin du quatrième siècle, l'une des plus brillantes des villes romaines de Gaule, sous le nom d'Arelate. L'atelier ouvrit en 313 et ferma en 475.
Il existe un excellent livre de référence très bien illustré, le "Ferrando", du nom de son auteur, qui couvre toute la période, de Constantin à la fin de l'Empire.
Il faut saluer par ailleurs l'action de la Mairie d'Arles, qui, contrairement à l'usage politique habituel "avant moi, les Ténèbres, après moi, le Déluge", constitue lentement une collection de monnaies romaines frappées dans la ville.

Il existe avec certitude, sinon des ateliers officiels, au moins des centres de production locaux de monnaies au type romain durant les années très dures entre 270 et 300. Le chaos était tel, et les empereurs changeaient si vite à Rome, que la circulation monétaire était pratiquement arrêtée dans de nombreuses régions et que l'économie locale retournait rapidement à l'autarcie. De grosses fermes, les villas, se fortifiaient après avoir regroupé toutes les activités agricoles et usuelles - maréchal ferrant, tonnelier, potier, rebouteux - nécessaires. Elles pouvaient alors mieux résister et protéger leurs agriculteurs contre non seulement les bandes de pillards barbares mais aussi contre les brigands, soldats sans solde ou paysans sans terres, qui désolaient le pays. On peut y voir les débuts de la féodalité.
Leur rôle monétaire a pu être très important car on pense que les centaines de milliers de petites monnaies de cuivre que l'on retrouve et que l'on classe comme "barbares radiées" ont pu être fabriquées dans ce genre de villas.
Ces petites monnaies sont des copies locales de monnaies romaines où l'effigie de l'empereur est radiée, d'où leur nom. Elles sont très laides mais passionnantes car les graveurs ont parfois introduit des représentations de cultes gaulois ou celtes en déformant les dieux romains des revers. L'exemple le plus classique est la transformation de Jupiter qui, chez les romains tient la foudre dans sa main, en un dieu qui tient un marteau : c'est le marteau de Thor. Ces petites monnaies sont presque les seuls témoignages que nous ayons de la persistance pluri-séculaire de notre fonds gaulois sous le vernis latin.
On ignore évidemment les lieux de production de ces petites monnaies, le nombre des ateliers et leur organisation pratique. Le dernier trésor important trouvé l'a été à Troyes, sur les ruines d'une villa ; il contenait 180.000 petits bronzes radiés... Le classement sera un travail... de romain.

Providence du collectionneur gaulois ces petits bronzes sont très bon marché : à partir de dix francs dans les bols des brocanteurs et de vingt-cinq francs chez les numismates professionnels. Les exemplaires avec des dieux gaulois reconnaissables sont bien évidemment beaucoup plus chers mais on peut en trouver en triant les lots car, en l'absence de catalogues, presque aucun professionnel ne trie ni même ne regarde ces monnaies trop bon marché...

Michel PRIEUR

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