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L'ANARCHIE
MILITAIRE ET ECONOMIQUE
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Le dernier membre de la dynastie des Sévères, un gentil jeune homme du nom d'Alexandre Sévère, aussi religieux que couvé par sa mère, Julia Mamée, mourra assassiné par les soldats qui porteront à leur tête le plus populaire d'entre eux, Maximin le Thrace (province du nord de la Grèce). Alexandre Sévère, parti en Germanie pour mater les Goths
et les Alamans qui menaçaient de piller la Gaule (déjà!),
avait envoyé de l'or à leurs chefs pour négocier
la Paix. Il ne craignait pas leurs forces mais, très pieux, (il
priait tous les jours dans son oratoire ou se trouvait, entre autres,
une statue du Christ), il ne voulait pas la guerre. Le portrait que nous avons de Maximin le Thrace dans l'Histoire Auguste est impressionnant : haut de deux mètres, il pouvait terrasser à mains nues un taureau, boire et manger littéralement comme dix. Ces seules qualités ne suffisant pas à faire un bon administrateur, commence avec lui une très longue série d'empereurs militaires qui ne doivent la pourpre impériale qu'à un Coup d'État. Battu aux frontières par les vagues barbares, miné à l'intérieur par une immense population étrangère non assimilée (Caracalla, lui-même fils d'un phénicien et d'une syrienne, avait donné en 212 la nationalité romaine à tous les habitants de l'Empire), assailli par les épidémies, l'Empire va crouler. La monnaie, elle, s'effondre. Collectionner la période des "trente tyrans", qui va de 235 à 285, avec des empereurs qui ne survivent parfois que quelques jours à leur couronnement, est peu coûteux et passionnant car on peut suivre dans les monnaies l'agonie d'une civilisation. Les monnaies de Gordien le Pieux (Empereur à 14 ans, marié à 16, assassiné à 21 !), Philippe l'Arabe, Trajan le Dace (Roumanie), Claude II le Gothique ou Postume le Gaulois nous parlent directement : elles sont celles d'une civilisation sur la pente fatale. L'inflation fait de tels ravages que l'on voit l'argent disparaître des monnaies et les quantités frappées se multiplier. Le sesterce n'est plus fabriqué car il vaut plus cher pour ses 27 grammes de bronze que pour ce qu'il peut payer. Le denier est de moins en moins émis au profit du double denier, l'antoninien, qui contient lui-même de moins en moins d'argent. L'or est extrêmement rare : les impôts d'un Empire ruiné rentrent mal et le métal précieux manque. Une série très célèbre a été frappée en 249 pour les mille ans de Rome et présente tous les animaux des formidables Jeux du Cirque donnés par Philippe pour l'anniversaire : hippopotames, lions, élans... Certains empereurs, qui ont très peu régné avant d'être assassinés, sont très rares et très chers. Pas de Marius ou de Carausius à moins de cinq cent francs et pas de Lélien ou d'Émilien à moins de mille francs. Pour Julien de Pannonie (actuelle Autriche) on atteint et dépasse facilement les dix mille francs... Il faut dire que, dans le monde entier, on connaît au total souvent moins quelques petites centaines de monnaies, tous types confondus, pour chacun de ces empereurs. Dryantille, qui n'est connue que par quelques exemplaires, vaut de vingt à trente mille francs : en réalité bon marché pour le seul témoignage historique connu d'une impératrice romaine, morte voici dix-huit siècles ! Michel PRIEUR |
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