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CLAUDE BOISSARD : PASSION ET COLLECTION
!
Article paru dans Numismatique et Change N°315 -Avril
2001 Page 20-21

Nous rencontrons Claude Boissard devant
sa collection de monnaies de la Renaissance, qui sera proposée
à la vente dans MONNAIES XII. Cet ensemble trouvera sa place
dans un écrin particulier, un catalogue spécial consacré
aux monnaies royales d'Hugues Capet à Louis XVI
. Cette
collection, qui comprend de 634 pièces entre le règne
d'Henri II (1547-1559) et celui de Louis XIII (1610-1643), a été
rassemblée autour des concepts d'intérêt historique,
de typologie monétaire et de rareté. Les pièces
inédites, uniques ou connues à quelques exemplaires ne
se comptent plus et illustrent bien chaque épisode de l'histoire
mouvementée de cette période. C'est la collection incontournable
à laquelle on se réfèrera pendant longtemps.
Pourquoi cette collection ? Pourquoi la vendre ? Qui est Claude Boissard
?
" Toute collection commence par la passion, en numismatique comme
dans tous les domaines. Dès mon plus jeune âge, lorsque
trois objets étaient déjà rassemblés, une
collection commençait. Passion de la collection, passion du thème
collectionné, passion de la recherche, j'ai commencé par
les coquillages, les timbres
La collection de monnaie m'est venue
plus tard, vers 40 ans, poussé par le goût de l'histoire,
ma discipline favorite.
Ma vie fut tout à fait curieuse et mouvementée puisque
j'ai, par hasard, monté mon entreprise. Mes parents avaient une
petite boutique de matériel sportif, c'était l'après-guerre,
ma grand-mère me donna une vieille machine à coudre à
pédale : j'ai commencé artisanalement à fabriquer
et vendre des tentes de camping - denrée introuvable à
cette époque de restrictions. C'était après des
études d'ingénieur, j'avais 23 ans ; à 25 j'ai
acheté la maison où j'habite aujourd'hui et à 28
ans, j'avais cinq enfants... et j'avais déjà constitué
plusieurs collections dans les domaines les plus divers. Après
avoir passé du statut d'artisan à celui de gérant
de SARL, puis de PDG de PME, et toujours collectionneur, j'ai commencé
sérieusement la numismatique vers 40 ans.
Comment ? Le Thimonnier ! Ensuite le Gadoury, puis le Droulers
.
Chaque étape de la collection a enrichi autant la bibliothèque
que les plateaux
Car, bien entendu, j'ai aussi une collection de livres d'histoire et
de numismatique avec tous les grands classiques Leblanc, Hoffmann, le
Verdussen de 1633, le Dieudonné mais aussi le Sombart et le Clairand
pour aller à l'autre extrême de l'ordre chronologique.
Sans moyens illimités, loin de là, j'ai toujours privilégié
la monnaie rare, celle que je risquais de ne jamais revoir : si j'ai
aussi, bien sûr, des exemplaires " type ", c'est souvent
parce que je n'avais pas trouvé de rareté ! J'ai toujours
aussi été étonné par le faible prix relatif
des raretés : une monnaie d'un millésime ou d'un atelier
cent fois plus rare que le type vaut deux fois, trois fois plus cher
que celui-ci : pourquoi s'en priver ? À quoi bon acheter des
monnaies banales quand on peut avoir l'exemplaire Marchéville
pour seulement un petit peu plus cher ?
J'ai beaucoup de monnaies à pedigree simplement parce que les
monnaies rarissimes se " pistent " facilement et vont de collection
en collection ; pas de miracle, à deux ou trois exemplaires connus,
un nouvel exemplaire ne se trouve guère
J'ai choisi de me défaire de cette collection car je pense qu'il
est toujours préférable de superviser la vente de ce que
l'on connaît plutôt que de laisser ce soin à des
héritiers qui ne connaissent pas la numismatique. Dans ma famille,
aucun de mes enfants ou de mes petits-enfants ne s'est intéressé
à cette période, alors j'ai décidé de la
disperser en essayant de vendre l'ensemble le plus complet de monnaies
pour la période comprise entre Henri II et Louis XIII. Je n'ai
conservé que les francs d'Henri III souhaitant, par ce biais,
ne pas couper le cordon ombilical avec la numismatique. Je les recherche
d'ailleurs toujours, si vous en voyez un exceptionnel de qualité
ou de rareté....
En me séparant de cette collection qui m'a apporté tant
de joies et de plaisir, je voulais laisser une trace palpable de cet
ensemble. D'abord, pour mon plaisir personnel, ensuite pour fournir
à la communauté des collectionneurs un outil de comparaison.
Je connaissais Laurent Schmitt depuis une vingtaine d'années.
J'avais eu l'occasion de travailler avec lui en lui achetant des monnaies
et en lui proposant une partie de ma collection de monnaies royales.
J'ai appris à apprécier la qualité de son travail
et le soin tout particulier qu'il accorde aussi bien aux monnaies prestigieuses
qu'aux petites monnaies qui, pour n'avoir qu'une faible valeur, ont
tout autant que leurs surs coûteuses, valeur de témoignage
historique.
Très vite le choix de la série MONNAIES s'est imposé
à moi pour céder ma collection. L'ouvrage de Stéphan
Sombart, FRANCIÆ IV, où j'ai pu répertorier de nombreuses
monnaies rares ou précédemment inédites, est publié
par la même maison : le catalogue de ma collection pouvait y bénéficier
des conseils de l'auteur. Enfin, depuis peu, j'ai découvert avec
quel acharnement Arnaud Clairand met en valeur ces monnaies royales,
qu'il décrit si minutieusement, à la fois scientifiquement
et en faisant vibrer l'âme du collectionneur passionné.
Je reste collectionneur et continue de regarder les catalogues et d'acheter
des monnaies, mais peut-être avec un autre il. Je tenais
à ce que le catalogue de la vente de ma collection soit un catalogue
dans lequel j'aurai aimé acheter ! Enfin, pour les amoureux de
l'histoire et tous les collectionneurs, j'espère qu'ils éprouveront
la même passion à acquérir ces monnaies que j'ai
eu plaisir à les réunir et à les étudier.
Pour finir, après la dispersion de ma collection, il m'en restera
le souvenir, grâce au catalogue qui me permettra de me remémorer
les bons moments que j'ai passé auprès de ces monnaies.
J'espère que cette maigre contribution pourra aider collectionneurs
et chercheurs dans une meilleure connaissance de la numismatique de
cette période. "
Propos receuillis par Michel PRIEUR
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