MONNAIES XII
Collection Claude Boissard et divers collectionneurs
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Date de cloture : le 30/06/2001 - RÉSULTATS : le 6/07/2001

CLAUDE BOISSARD : PASSION ET COLLECTION !
Article paru dans Numismatique et Change N°315 -Avril 2001 Page 20-21

Nous rencontrons Claude Boissard devant sa collection de monnaies de la Renaissance, qui sera proposée à la vente dans MONNAIES XII. Cet ensemble trouvera sa place dans un écrin particulier, un catalogue spécial consacré aux monnaies royales d'Hugues Capet à Louis XVI…. Cette collection, qui comprend de 634 pièces entre le règne d'Henri II (1547-1559) et celui de Louis XIII (1610-1643), a été rassemblée autour des concepts d'intérêt historique, de typologie monétaire et de rareté. Les pièces inédites, uniques ou connues à quelques exemplaires ne se comptent plus et illustrent bien chaque épisode de l'histoire mouvementée de cette période. C'est la collection incontournable à laquelle on se réfèrera pendant longtemps.

Pourquoi cette collection ? Pourquoi la vendre ? Qui est Claude Boissard ?

" Toute collection commence par la passion, en numismatique comme dans tous les domaines. Dès mon plus jeune âge, lorsque trois objets étaient déjà rassemblés, une collection commençait. Passion de la collection, passion du thème collectionné, passion de la recherche, j'ai commencé par les coquillages, les timbres… La collection de monnaie m'est venue plus tard, vers 40 ans, poussé par le goût de l'histoire, ma discipline favorite.

Ma vie fut tout à fait curieuse et mouvementée puisque j'ai, par hasard, monté mon entreprise. Mes parents avaient une petite boutique de matériel sportif, c'était l'après-guerre, ma grand-mère me donna une vieille machine à coudre à pédale : j'ai commencé artisanalement à fabriquer et vendre des tentes de camping - denrée introuvable à cette époque de restrictions. C'était après des études d'ingénieur, j'avais 23 ans ; à 25 j'ai acheté la maison où j'habite aujourd'hui et à 28 ans, j'avais cinq enfants... et j'avais déjà constitué plusieurs collections dans les domaines les plus divers. Après avoir passé du statut d'artisan à celui de gérant de SARL, puis de PDG de PME, et toujours collectionneur, j'ai commencé sérieusement la numismatique vers 40 ans.

Comment ? Le Thimonnier ! Ensuite le Gadoury, puis le Droulers…. Chaque étape de la collection a enrichi autant la bibliothèque que les plateaux…
Car, bien entendu, j'ai aussi une collection de livres d'histoire et de numismatique avec tous les grands classiques Leblanc, Hoffmann, le Verdussen de 1633, le Dieudonné mais aussi le Sombart et le Clairand pour aller à l'autre extrême de l'ordre chronologique.

Sans moyens illimités, loin de là, j'ai toujours privilégié la monnaie rare, celle que je risquais de ne jamais revoir : si j'ai aussi, bien sûr, des exemplaires " type ", c'est souvent parce que je n'avais pas trouvé de rareté ! J'ai toujours aussi été étonné par le faible prix relatif des raretés : une monnaie d'un millésime ou d'un atelier cent fois plus rare que le type vaut deux fois, trois fois plus cher que celui-ci : pourquoi s'en priver ? À quoi bon acheter des monnaies banales quand on peut avoir l'exemplaire Marchéville pour seulement un petit peu plus cher ?

J'ai beaucoup de monnaies à pedigree simplement parce que les monnaies rarissimes se " pistent " facilement et vont de collection en collection ; pas de miracle, à deux ou trois exemplaires connus, un nouvel exemplaire ne se trouve guère…

J'ai choisi de me défaire de cette collection car je pense qu'il est toujours préférable de superviser la vente de ce que l'on connaît plutôt que de laisser ce soin à des héritiers qui ne connaissent pas la numismatique. Dans ma famille, aucun de mes enfants ou de mes petits-enfants ne s'est intéressé à cette période, alors j'ai décidé de la disperser en essayant de vendre l'ensemble le plus complet de monnaies pour la période comprise entre Henri II et Louis XIII. Je n'ai conservé que les francs d'Henri III souhaitant, par ce biais, ne pas couper le cordon ombilical avec la numismatique. Je les recherche d'ailleurs toujours, si vous en voyez un exceptionnel de qualité ou de rareté....

En me séparant de cette collection qui m'a apporté tant de joies et de plaisir, je voulais laisser une trace palpable de cet ensemble. D'abord, pour mon plaisir personnel, ensuite pour fournir à la communauté des collectionneurs un outil de comparaison.
Je connaissais Laurent Schmitt depuis une vingtaine d'années. J'avais eu l'occasion de travailler avec lui en lui achetant des monnaies et en lui proposant une partie de ma collection de monnaies royales. J'ai appris à apprécier la qualité de son travail et le soin tout particulier qu'il accorde aussi bien aux monnaies prestigieuses qu'aux petites monnaies qui, pour n'avoir qu'une faible valeur, ont tout autant que leurs sœurs coûteuses, valeur de témoignage historique.
Très vite le choix de la série MONNAIES s'est imposé à moi pour céder ma collection. L'ouvrage de Stéphan Sombart, FRANCIÆ IV, où j'ai pu répertorier de nombreuses monnaies rares ou précédemment inédites, est publié par la même maison : le catalogue de ma collection pouvait y bénéficier des conseils de l'auteur. Enfin, depuis peu, j'ai découvert avec quel acharnement Arnaud Clairand met en valeur ces monnaies royales, qu'il décrit si minutieusement, à la fois scientifiquement et en faisant vibrer l'âme du collectionneur passionné.

Je reste collectionneur et continue de regarder les catalogues et d'acheter des monnaies, mais peut-être avec un autre œil. Je tenais à ce que le catalogue de la vente de ma collection soit un catalogue dans lequel j'aurai aimé acheter ! Enfin, pour les amoureux de l'histoire et tous les collectionneurs, j'espère qu'ils éprouveront la même passion à acquérir ces monnaies que j'ai eu plaisir à les réunir et à les étudier.

Pour finir, après la dispersion de ma collection, il m'en restera le souvenir, grâce au catalogue qui me permettra de me remémorer les bons moments que j'ai passé auprès de ces monnaies. J'espère que cette maigre contribution pourra aider collectionneurs et chercheurs dans une meilleure connaissance de la numismatique de cette période. "

Propos receuillis par Michel PRIEUR