TRESORS 81
Trésors de SOIGNIES
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Introduction

LE TRÉSOR DE SOIGNIES (Belgique)

Après le trésor de Gimont dont la première partie a été offerte dans TRÉSORS II et la seconde est en ligne dans la boutique MODERNES, nous proposons aux amateurs de trésors monétaires et de monnaies modernes françaises un autre trésor contemporain de celui de Gimont : le trésor de Soignies (Belgique).

Il se compose, au total, de 71 écus français dont les millésimes couvrent une période allant de l'an VIII à 1839 – date supposée de son enfouissement – et d'un écu italien à l'effigie de Napoléon Ier. Chose curieuse : aucun écu belge n'a été retrouvé !

Dès le premier coup d'oeil, on peut observer le caractère inégal de sa composition : 2 pièces pour le Consulat (soit 2,78 % des pièces retrouvées), 12 pour le Premier Empire (soit 16,67 %), 15 pour Louis XVIII (soit 20,83 %), 12 pièces pour Charles X (soit 16,67 %) et 30 pièces pour Louis-Philippe (soit 41,67 %). Toutes les périodes historiques ne sont donc pas représentées. Il manque en effet le Directoire et les Cent-Jours. La Première Restauration est quant à elle représentée par une seule monnaie. Cette composition donne un nombre de pièces majoritairement à l'effigie de Louis-Philippe ce qui est tout à fait logique puisque la date supposée d'enfouissement est de 1839.

La répartition par type est inégale : on ne trouve malheureusement ni de 5 francs type transitoire 1807 ni de 5 francs Charles X tranche en relief. Il est vrai qu'elles n'ont été frappées qu'à quelques milliers d'exemplaires. En revanche, plus surprenantes sont les absences d'Union et Force frappées sous le Directoire, de pièces de 5 francs type calendrier révolutionnaire, type République française et de 5 francs Louis-Philippe type Tiolier sans le I. Ces monnaies sont pourtant censées être frappées à plusieurs millions d'exemplaires ! D'une manière générale, les différents types de Louis-Philippe, tout comme ceux des Union et Force, sont mal représentés puisqu'il en manque, pour Louis-Philippe, six (F.313, F.314, F.317, F.319, F.322 et F.323), et pour les Union et Force, dix (F.287, F.289, F.290, F.291, F.293, F.294, F.295, F.297, F.298, F.300) !

Le trésor rassemble des monnaies frappées dans presque tous les ateliers monétaires de la période – à l'exception de ceux de Gênes, de Genève, de Rome, d'Utrecht et plus surprenant de La Rochelle – ce qui permet de le qualifier de « trésor de circulation » et non de « thésaurisation ». L'atelier de Lille arrive logiquement en tête compte-tenu de la situation géographique avec 44,44 % des pièces retrouvées suivi de ceux de Paris (18,05 %) et de Rouen (9,72 %). Celui de Strasbourg, pourtant géographiquement proche de Soignies, n'arrive qu'en sixième position derrière ceux de Bayonne (5,55 %) et de Nantes (4,17 %) et à égalité avec ceux de Lyon, de Limoges et de Bordeaux (2,78 %). La dernière place revient également en toute logique aux ateliers de Toulouse, de Marseille, de Perpignan et de Turin avec une seule pièce retrouvée (1,38 %).

Toutes les monnaies du trésor sont dans un état de conservation compris entre TB et SUP (cinq seulement sont SUP, toutes des Louis-Philippe, ce qui se comprend facilement compte-tenu de leur date d'enfouissement). La moyenne de l'état de conservation des autres monnaies est située entre TTB 45 et TTB 48, malgré des traces de leur brillant d'origine ! Ceci vient du frai qu'elles ont subi par une plus ou moins longue circulation (près de 40 ans pour les plus anciennes), des conditions de leur enfouissement, de leur entassement et de l'humidité du lieu de conservation.

Nous n'avons trouvé aucune information concernant l'auteur et les raisons de l'enfouissement de ce trésor. Cependant, quelques hypothèses peuvent être avancées compte-tenu des conditions de sa découverte, de sa composition et du contexte historique.

Nous savons que ce trésor était conservé dans une jarre qui a été déterrée lors de travaux de bâtiment. Cet élément permet de mettre en évidence le fait que le propriétaire devait certainement être un homme peu habitué à détenir autant d'argent puisque le fait d'enterrer leurs économies leur est traditionnellement propre, les riches ou les bourgeois ayant davantage le réflexe de les cacher dans leur maison plutôt que de les enterrer. Si le propriétaire est un homme de condition modeste, on peut penser à un paysan. Le terme « paysan » regroupe plusieurs catégories de personnes allant du gros laboureur fortuné au manoeuvrier. Si l'on garde en tête l'idée selon laquelle un homme riche cache son trésor en hauteur et donc ne l'enterre pas, on peut penser à un petit paysan, ce qui nous amène à considérer l'origine de l'argent.

Comme en témoignent la quantité et la répartition d'écus retrouvés, l'origine la plus évidente est celle de la vente d'un bien (vache, récolte etc...) qui ne rentre pas dans l'économie domestique normale : sinon, la somme n'aurait pas été thésaurisée mais dépensée pour les charges courantes. N'oublions pas que 72 écus de 5 francs représentent la somme de 360 francs, ce qui représente une somme relativement sérieuse. À titre d'exemple, un ouvrier parisien gagnait en moyenne 3 francs par journée de travail ; une nuit dans une bonne auberge coûtait 4 francs, une chemise 2 francs.

D'autres hypothèses peuvent être avancées pour expliquer l'origine du trésor : un émigré français qui est parti s'installer en Belgique avec ses économies ce qui expliquerait l'absence d'écus belges ou encore une dot ou un héritage. Enfin, cet argent pourrait provenir d'un vol ou d'un casse. On peut en effet penser que des voleurs aient caché au même endroit un magot constitué de plusieurs vols en pensant venir le chercher plus tard mais que, entre temps, ils aient été arrêtés et n'aient pas pu revenir le chercher... Mais cette probabilité est infime : les voleurs ne thésaurisent jamais, sinon, ils ne voleraient pas.

Force est de constater qu'il existe très peu de compte-rendus sérieux des découvertes de trésors modernes. L'ensemble est même plutôt apocalyptique. En effet, lorsqu'on examine le travail des archéologues, on a trop souvent l'impression que, pour eux, les gens ont cessé d'enterrer leurs pièces après la Terreur ! C'est la raison pour laquelle, répondant à la même volonté que celle qui a motivé la publication du "Trésor de Roland" (constitué de billets du XIXe), la publication de ce trésor sur cgb.fr (dans la rubrique "Trésors") devrait permettre, espérons-le, de changer les mauvaises habitudes et de bousculer les idées préconçues en montrant au grand public que l'on peut vendre un trésor officiellement après l'avoir correctement classé de façon à ce que ce soit son ensemble et non ses parties qui ait un sens.

Je vais maintenant vous laisser découvrir les 72 monnaies de ce trésor qui vont être réparties entre la boutique MODERNES et MONNAIES 31. Outre le plaisir d'admirer trois nouveaux exemplaires de la Collection Idéale, vous aurez l'agréable surprise de découvrir, parmi ces derniers, la très rare 5 francs Union et Force an 8 D qui sera proposée dans MONNAIES 31. C’est le second exemplaire que nous recensons dans notre base après celui de la collection Victor Guilloteau !

Stéphane DESROUSSEAUX
stephane@cgb.fr

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