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LE TRÉSOR D'ADRIEN
UNE MAIN INNOCENTE ET BEAUCOUP DE CIVISME.....
En plus de son intérêt historique que vous découvrirez
dans l'introduction scientifique et dans le catalogue, le trésor
d'Adrien a deux caractéristiques exceptionnelles.
Tout d'abord, l'âge de son inventeur qui doit battre tous les records
établis dans ce domaine et, probablement par voie de conséquence,
l'incroyable battage médiatique qui a suivi la découverte.
L'innocence du découvreur et le civisme de ses parents ont quelque
peu "déculpabilisé" ce trésor et l'on fait
connaître de toute la France et de quelques pays étrangers,
par le truchement d'une dizaine d'émissions de télévision,
d'innombrables flashes d'informations radio et d'articles de presse. Jamais
ne vit-on autant de quarts d'écus dans la Presse !
Cette attitude fut radicalement nouvelle dans un pays où l'argent
- quelque soit sa provenance - est présumé coupable, où
la méfiance des individus tant à l'égard de leurs
concitoyens que des pouvoirs publics en général est une
norme, et où l'incompréhension entre Administration et administrés
atteint le plus souvent des sommets.
Sur le plan de l'éducation des citoyens, cette découverte
est donc la bienvenue puisque non seulement tout s'est déroulé
dans le strict respect de la Loi , mais que les découvreurs tireront
de leur trésor beaucoup plus qu'ils n'auraient pu en espérer
dans d'autres conditions, même après partage avec le propriétaire
du terrain.
Avoir une pièce venant du trésor d'Adrien sera le moyen
de partager non seulement toute cette émotion mais aussi l'Histoire.
Ce sera un pedigree aussi prestigieux qu'émouvant et nous souhaitons
au jeune découvreur de devenir, l'âge venu, numismate accompli,
puisqu'il a si bien commencé !
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| Adrien et la chance
Adrien est un tout jeune garçon de deux ans et
demi. En cette fin du mois de novembre 1997, c'est en compagnie de son
père que le jeune garçon effectue une promenade en forêt.
Adrien est comme tous les enfants de son âge, il aime sortir et
se dépenser, il est curieux de tout. Ce vendredi après-midi,
son papa, Alex, ne travaille pas et il connaît bien la forêt
de Montmorency, à proximité du fort de Domont. Adrien et
son papa partent donc se promener. Alex, comme tout bon promeneur, a pris
un sac plastique pour y ranger d'éventuelles trouvailles et il
casse pour Adrien un bâton de bois à sa taille. Le jeune
garçon s'amuse et fouille à l'aide de son bâton les
feuilles étalées sur le sol.
C'est ainsi que commence en général une
agréable promenade sans histoire sauf que ce vendredi là
est un jour de chance pour notre jeune ami. En effet, celui-ci voit briller
sous les feuilles une monnaie. Appelant son papa, Adrien lui présente
sa découverte. En cherchant mieux et en grattant la terre sur environ
20 centimètres de profondeur, le père et le fils mettent
au jour deux nouvelles monnaies puis un, deux, trois et quatre rouleaux
de monnaies agglomérées. Il s'agit en fait d'une trouvaille
monétaire qui comprend 425 monnaies frappées aux XVe
et XVIe siècles. Bien naturellement, cette trouvaille
sera officialisée sous le nom de Trésor d'Adrien.
Le lendemain de la découverte est aussi un jour
important pour Alex, le père, qui se rend à Paris pour obtenir
des renseignements sur sa découverte. Bien conseillé et
faisant preuve d'un civisme exemplaire, - bien rare et ce pourtant toujours
à tort pour ceux qui ne déclarent rien ! - Alex annonce
au Maire de la commune sa découverte. Le trésor est officiellement
déclaré, il est inventorié.
C'est ce trésor qui est aujourd'hui présenté
à la vente dans ce catalogue et ce sous un format bien connu des
amateurs de monnaies anciennes. Nous ne pouvions lui donner un autre nom
que TRÉSORS I. Comme vous pourrez le constater, le trésor
d'Adrien y bénéficie des critères propres à
nos convictions : tous les détails sur les monnaies y sont scrupuleusement
décrits. Ce catalogue n'est pas seulement une vente, c'est aussi
la première fois qu'un trésor est répertorié
dans un catalogue de vente avec autant de renseignements. Conservez ce
catalogue, il fera date !
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De Henri II à Louis XIV
Les 425 monnaies découvertes par Adrien et son
papa ont été frappées aux XVe et XVIe
siècles. La plus ancienne d'entre elles est au millésime
1557, la plus récente, donc la plus proche de la date de l'enfouissement
porte le millésime 1651. Pour les profanes en numismatique, il
convient de rappeler que les monnaies circulent à l'époque
pour leur valeur intrinsèque (le poids de métal précieux)
et non comme aujourd'hui selon une valeur fiduciaire seulement marquée
sur les pièces en métaux vils. Il est donc tout à
fait légitime de penser que la monnaie de 1557 servait encore de
monnaie en 1651. Naturellement, cette affirmation est confirmée
par l'état de conservation des exemplaires de cette trouvaille.
Les monnaies au nom d'Henri II (5 exemplaires) ou de Charles IX (2) sont
particulièrement usées, on dit qu'elles ont subi un frai
(une perte de métal due à leur manipulation). En numismatique
cela correspond à ce qui s'appelle l'état de conservation
B (Beau) ou TB (Très Beau), termes bien imparfaits qui désignent
en réalité des monnaies fatiguées. À partir
d'Henri III (39) et de Charles X (6), puis d'Henri IV (86), l'état
de conservation des monnaies s'améliore, souvent elles sont appréciées
en TTB (Très Très Beau) c'est-à-dire qu'elles connaissent
une usure peu importante et régulière qui témoigne
de leur utilisation dans la vie de tous les jours par nos ancêtres.
Dès Louis XIII (143) et sous Louis XIV (128), apparaissent des
états de conservation jugés SUP (SUPerbe), sans aucun défaut
et quasiment pas d'usure, voire pour certaines Splendide (c'est-à-dire
telles qu'à la sortie de l'outil qui a servi à les fabriquer).
Bien évidemment, les monnaies Splendide sont rarissimes, leur présence
s'explique ici par leur enfouissement, à l'abri des usures du temps
et des manipulations, dans le sol à proximité du fort de
Domont jusqu'à leur exhumation par Adrien et son papa.
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| Un trésor de la Fronde ?
Les monnaies les plus récentes du trésor
d'Adrien portent le millésime 1651. Elles sont dans un état
de conservation remarquable et il est légitime de penser que le
trésor a été enfoui dans le courant de l'année
1651.
La France est alors gouvernée par la régente
Anne d'Autriche et par son Premier ministre Mazarin. Celui-ci avait su
s'imposer à la dévote reine mère et fut certainement
son amant. Il sut veiller à l'éducation politique du jeune
Louis XIV, âgé de 13 ans en 1651. De 1643 à 1648,
Mazarin se consacre à la politique extérieure et, à
la suite de victoires répétées comme Rocroi ou Lens,
la paix entre la France et l'Empire est consacrée par les traités
de Westphalie (octobre 1648). À l'intérieur, la paix règne
mais l'année 1648 marque le début d'une opposition réunissant
les parlementaires, les nobles, le petit peuple. Menacé par la
réforme de la paulette (sorte d'impôt consacrant l'hérédité
des offices), le Parlement de Paris s'insurge contre le gouvernement et
décide de délibérer sur les affaires de l'État.
Mazarin fait alors arrêter trois parlementaires connus pour leur
opposition et les émeutes qui s'ensuivent sont connues sous le
nom de journée des Barricades (26 août 1648). C'est le début
de troubles civils qui dureront jusqu'à l'année 1653 et
qui portent le nom de Fronde. Les parlementaires frondeurs, devant l'armée
de Condé assiégeant Paris et surtout inquiets de l'agitation
populaire, acceptent en avril 1649 la paix de Rueil qui leur accorde l'amnistie.
À cette Fronde parlementaire succéda bientôt la Fronde
des princes. La grande noblesse, mécontente du maintien au pouvoir
de Mazarin, intrigua contre le gouvernement qui répliqua par l'arrestation
de Condé, Conti et Longueville. Gaston d'Orléans, oncle
de Louis XIV, pris la tête des conspirateurs et l'agitation gagna
les provinces. Anne d'Autriche rendit la liberté aux princes, par
ailleurs en désaccord entre eux, et Mazarin ne se retira que momentanément
en Rhénanie, à Brülh, près de Cologne (février-décembre
1651) avant d'être rappelé par la reine. Condé s'allia
secrètement aux Espagnols et souleva la Guyenne et le Poitou tandis
que Turenne se ralliait à la monarchie. Un violent combat opposa
les deux armées au faubourg Saint-Antoine (2 juillet 1652) et s'acheva,
malgré la victoire de Turenne, par l'entrée de Condé
dans Paris après l'intervention de Mlle de Montpensier
qui fit tirer le canon de la Bastille sur les troupes royales. Très
rapidement, Condé lassa les bourgeois par ses insolences et dut
s'enfuir aux Pays-Bas espagnols tandis que Mazarin s'exilait une deuxième
fois de façon très habile à Bouillon (août
1652-février 1653). Dès octobre 1652, la reine put entrer
à Paris avec le jeune Louis XIV et, revenue en pleine possession
du pouvoir, rappela une seconde fois Mazarin qui rentra au Louvre sous
les acclamations du peuple (3 février 1653). Ce retour marquait
la fin de la Fronde tandis que Condé était condamné
à mort par le parlement (il ne rentra en grâce qu'en 1659).
Jusqu'à sa mort en mars 1661, l'autorité du Premier ministre
ne sera plus sérieusement contestée. Dès lors, le
règne personnel de Louis XIV commence puisque celui-ci déclare
qu'il se passera désormais de Premier ministre et qu'il gouvernera
par lui-même.
D'après les recherches de F. Droulers [4], des
troupes composées de mercenaires allemands ont stationné
dans la région de Montmorency dès 1648. Sous commandement
royal, elles n'hésitèrent pas à piller et saccager,
faute d'avoir perçu leur solde et quittèrent l'endroit en
1649. La région fut alors occupée par Condé et ses
troupes qui, comme les précédentes, se payèrent sur
les paysans locaux. Brillant militaire, Louis II de Bourbon, 4e
prince de Condé et duc d'Enghien, fut chargé à l'âge
de 22 ans du commandement des armées couvrant la frontière
nord contre les Espagnols. Le 19 mai 1643, il remporta l'éclatante
victoire de Rocroi sur un ennemi bien supérieur en nombre. Envoyé
sur le Rhin avec Turenne, il participa à la victoire de Nordlingen
en 1645 puis il s'empara de Dunkerque lors de la campagne de Flandre (1646).
Son échec à Lérida en Catalogne en 1647 ternit sa
réputation et Mazarin ne lui laissa plus que le commandement d'une
partie de l'armée des Flandres. Il remporta néanmoins la
victoire de Lens en 1648 qui hâta la conclusion des traités
de Westphalie. Dès le début de la Fronde, Condé fut
partagé entre son ressentiment contre Mazarin et son dédain
pour les chefs de la Fronde nobiliaire ou parlementaire. Au début,
favorable à la Cour, il vint mettre le siège devant Paris
et força les parlementaires à signer la paix de Rueil. Les
frondeurs réussirent à l'attirer ensuite dans leur parti.
Arrêté sur l'ordre de Mazarin en janvier 1650, il resta treize
mois à la forteresse de Vincennes. À sa libération
(février 1651), il ne songea qu'à se venger et se mit à
la tête de la Fronde des princes, leva des troupes et marcha sur
Paris où il entra après l'intervention de Mlle
de Montpensier. Passé dans l'armée espagnole, il remporta
sur les français quelques victoires. Il reçut de Louis XIV
son pardon lors de la paix des Pyrénées en 1659 et participa
à la conquête de la Franche-Comté en 1668 et à
la guerre de Hollande.
Il semble légitime de penser que le trésor
d'Adrien est lié au passage des troupes du "Grand Condé"
dans la région et à leur stationnement en préparation
de l'attaque de Paris. Le propriétaire de ce magot a probablement
péri pendant les événements, que ceux-ci soient liés
ou non à son décès. Son magot est resté enfoui
jusqu'à ce jour de chance pour le jeune Adrien, trois siècles
plus tard.
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Comparaison des trésors d'Adrien, du Tréport
[8] et de Vauclair [7]
Pour comparer ces trois trésors, nous nous sommes
intéressé aux monnaies françaises royales (classées
par dénominations) et féodales (regroupées dans une
seule rangée). Nous avons placé pour information en fin
de tableau les monnaies étrangères qui étaient présentes
dans ces trouvailles. Le tableau (page ci-contre) et le graphique (page
suivante) mettent en évidence la proximité de composition
des trois trésors.
Des monnaies peu connues
a. Les francs, demi-francs et quarts de franc
Trois francs, 8 demi-francs et 1 quart de franc sont
présents dans ce trésor. Parmi eux, deux exemplaires méritent
d'être mentionnés. Un franc fabriqué à Angers
en 1579 possède une légende de revers non signalée
par Sombart [9] : BNEDICTVM au lieu de BENEDICTVM. Le quart de franc frappé
à Nantes en 1578 est au col fraisé (Sb.4724). Les exemplaires
au col fraisé sont rares, celui-ci n'était connu qu'à
un seul exemplaire. Sombart a pu retrouver 176 quarts de franc au col
plat mais il a seulement retrouvé 13 exemplaires au col fraisé.
b. Les quarts d'écu et les huitièmes d'écu
La présence des quarts et des huitièmes
d'écu est toujours importante dans les trésors de l'époque
de la Fronde. Ainsi, ces espèces représentent 90 % du trésor
de Vauclair lot 1, 59 % du trésor du Tréport et 73 % du
trésor d'Adrien. Le trésor d'Adrien est toutefois très
particulier car il comporte plus de huitièmes d'écu (47
%) que de quarts d'écu (26 %). Ce fait mérite d'être
particulièrement signalé car il permet d'affiner nos connaissances
sur ce rare monnayage. Sur les 196 huitièmes d'écu, 17 étaient
à ce jour non signalés ou signalés mais non retrouvés
par les principaux auteurs. Ainsi Sombart dans FRANCIæ IV
n'avait retrouvé aucun exemplaire des millésimes suivants
: 1590 L (fabriqué à 23.688 ex.) ; 1606 H ; 1602 K (avec
160Z) ; 1603 L avec la marque de maître de Merson Dulivier ; 1602
T ; 1607 T ; 1605 Saint-Palais (fabriqué à 17.789 ex.).
Les exemplaires de Morlaas 1599 et 1605 n'étaient quant à
eux signalés ni par Sombart, Dumas [5] ou Lafaurie-Prieur. À
partir de Louis XIII, les exemplaires 1615 B (Dr.87) ; 1642 Y (lettre
d'atelier renversée) ; 1618 9 ; 1630 Morlaas ; 1643 F (pour Louis
XIV) ; 1645 H (variété LVDOVICS) et 1644/3 T (LVDOVICVS.IIII,
sic pour LVDOVICVS.XIIII !) n'étaient pas signalés
ou non retrouvés selon l'ouvrage récent de Frédéric
Droulers [1].
En ce qui concerne les quarts d'écu, seul 1583
A est non retrouvé par Sombart (fabrication de 18.144 ex. seulement).
Droulers n'a retrouvé aucun exemplaire 1649 L (avec ponctuation
fautive SI.TNOMEN !) et il ne signale pas les variétés 1611
L avec BNEDICTVM et 1623 L avec BENDICTVM.
c. Les écus, demi-écus, quarts d'écu et
douzièmes d'écu
Les monnaies créées par la réforme
de 1640 sont bien connues et répertoriées. Trois exemplaires
méritent d'être remarqués plus particulièrement.
Le premier est un écu 1651 A avec une variété sans
le ruban pendant à l'arrière de la tête du roi. Les
deux autres sont de 1642 A, hôtel de Matignon et présentent
une lettre d'atelier large qui ne se retrouve pas sur les autres exemplaires.
Stéphan Sombart
Pour en savoir plus :
[1] DROULERS (Frédéric), Répertoire
général des monnaies de Louis XIII à Louis XVI,
AFPN, Saint-Étienne, 1998.
[2] DROULERS (Frédéric), Encyclopédie
pratique de numismatique (1610-1792), t. I, Rouen, 1989, t. II, Pornic,
1992.
[3] DROULERS (Frédéric), Les
trésors de monnaies royales, Paris 1980.
[4] DROULERS (Frédéric), "
Le considérable trésor "d'Adrien"", Numismatique
et Change, n° 284, juin 1998, p. 26-29.
[5] DUMAS (Françoise), " Les frappes
monétaires en Béarn et Basse-Navarre ", Revue numismatique,
1959-1960, p.297-334.
[6] DUPLESSY (Jean), Les monnaies françaises
royales, t. II, Paris-Maastricht, 1989.
[7] DUPLESSY (Jean) et le groupe Sources, "
Un trésor monétaire à l'abbaye de Vauclair ",
Cahiers archéologiques de Picardie, 1979, n°6, p.173-227.
[8] DUPLESSY (Jean), " Le trésor monétaire
du Tréport ", Cahiers Numismatiques, n°59-60-61,
p.270.
[9] SOMBART (Stéphan), Catalogue des
monnaies royales françaises de François Ier à
Henri IV, Les Chevau-légers, Paris, 1997 (FRANCIæ IV).
[10] CLAIRAND (Arnaud), " Les frappes monétaires
de l'atelier d'Angers de 1643 à 1646, et le premier cas signalé
de réutilisation de coin de Louis XIII sous Louis XIV ", BSFN,
avril 1999, à paraître.
[11] Le livre du trésor d'Adrien,
sl., 1998.
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