TRAJAN DÈCE

BEAU SESTERCE DE TRAJAN DÈCE AU TYPE DACIA

Caius Messius Quintus Trajanus Decius - (09/249 - 06/251)

I. Sesterce, 250, Rome, 3e émission, 1ère officine, (Ae, 26 mm., 12 h., 16,69 g.), (poids théorique 18,04 g., taille 1/18 L., 16 scrupules, valeur 4 as).

A/ IMP C M Q TRAIANVS DECIVS AVG.
« Imperator Caesar Messius Quintus Traianus Decius Augustus », (L'Empereur César Messius Quintus Trajan Dèce Auguste).
Buste de Trajan Dèce, tête laurée, à droite, avec cuirasse et pan de paludamentum, vu de trois quarts en arrière (B01*).

R/ D - A - C - I - A / S|C.
Dacia / ex Senatus Consulto », (La Dacie / par Décret du Sénat) Dacia (La Dacie) drapée debout de face, la tête tournée à gauche, tenant de la main droite un bâton surmonté d’une tête d'âne.

C.18 - RIC.112a - HCC.32.
Flan épais. Beau portrait. Superbe patine verte. Très beau revers malheureusement nettoyé au niveau de la draperie.
R.SUP............................................................................................................. 3500

 

Quand Dèce fut reconnu par Rome, le Sénat lui décerna le surnom de Trajan, en souvenir de l’empereur éponyme du deuxième siècle. Ce choix n’était pas innocent. Sous le règne de ce grand conquérant, l’Empire Romain connut sa plus grande expansion après la conquête de la Dacie. Son successeur, Hadrien, abandonna une partie de la nouvelle province romaine, préférant consolider les frontières acquises depuis Auguste que romaniser une région considérée comme instable.

Au début du troisième siècle, une petite partie de la Dacie fut reconquise. Mais la situation aux frontières septentrionale et orientale était précaire : les Carpes tentèrent à maintes reprises de percer le limes, et les Goths, venus des bords de la Baltique, s’y installèrent.

Gordien III parvint, tant bien que mal, à maîtriser la situation en versant des tributs annuels. En 248, Philippe Ier l’Arabe refusa de poursuivre ces paiements, et les peuples gothiques se regroupèrent en une importante coalition bien déterminée à pénétrer sur le territoire romain et à profiter de ses richesses.

Deux années plus tard, quand Dèce accéda au pouvoir, la situation ne faisait que s’aggraver : l’Empire avait besoin d’un nouveau Trajan, un prince conquérant capable de vaincre ses ennemis et de reconquérir la Dacie, point faible du limes romain. Le nomen donné à Dèce révèle bien les inquiétudes de Rome, et la politique monétaire du nouveau prince souligne cette relation avec le grand conquérant romain.

En 250, les Goths, et leur roi Cniva, percèrent les frontières romaines, franchirent le Danube, assiégèrent Nicopolis ad Istrum, et descendirent jusqu’en Thrace. L’empereur Trajan Dèce lança sa grande campagne militaire et quitta Rome au début de l’année 250. La lutte fut rude, mais après de longs et difficiles combats, l’empereur parvint à pacifier la Dacie romaine. Une inscription d’Apulum le nomme Restitutor Daciarum (Restaurateur de la Dacie) (Dessau, ILS.514).

Malgré ces succès, l’empereur fut incapable de déloger les Goths qui assiégeaient Philippolis, en Thrace, au cœur de la Grèce. La ville fut pillée et ses habitants massacrés.

En 251, le fils aîné de Dèce, Hérennius Etruscus, mourut au combat contre les Goths. L’empereur, impatient de venger son fils, poursuivit sa lutte acharnée, et mourut au combat, quelques semaines plus tard, dans les marais d’Abrittus.

Son successeur, Trébonien Galle reprit la politique frontalière de Gordien III en signant un humiliant accord avec les Goths, par lequel ils perçurent des tributs annuels et, tels des soldats romains, montèrent la garde sur le Danube inférieur. Les Goths achevèrent ainsi leur retraite avec un important butin.

Le type ‘Dacia’, apparu dès la première émission, fut utilisé jusque la fin du règne. C’est l'un des types les plus représentatifs du règne de Trajan Dèce. Au revers, la Dacie tient un bâton surmonté d’une curieuse tête d’animal, souvent décrite comme une tête d’âne (H. Cohen et RIC) et parfois comme une tête de dragon (P. Le Gentilhomme, « La trouvaille de Nanterre », RN, 1946, p.32 sq.). Cet exemplaire, au flan large et en bel état de conservation, semble donner raison à l’interprétation traditionnelle, à la vue des longues oreilles de l’animal. La représentation d’une tête d’âne fait sans doute allusion à un culte local. À partir de la cinquième émission, une nouvelle iconographie du type ‘Dacia’ se met en place. Le bâton surmonté de la tête d’âne est remplacé par une enseigne militaire.

Le type de buste de notre monnaie, rare sous les empereurs précédents, apparaît de manière régulière sur le monnayage de Dèce. Le buste « classique », que l’on rencontre sur presque toutes les monnaies des règnes précédents, est le buste drapé et cuirassé vu de trois quarts en arrière. Ce buste est cuirassé avec un seul pan de paludamentum. Il fut souvent mal décrit : dans son monumental ouvrage, H. Cohen ignore le pan de draperie, et décrit ce buste comme étant seulement cuirassé. De nombreux ouvrages récents commettent encore cette erreur. Dès la première émission du règne de Trébonien Galle, ce type de buste est abandonné au profit du buste classique. Il sera néanmoins repris et abondamment utilisé par les empereurs de la fin du troisième siècle.

La présente variété du type ‘Dacia’ fut utilisée de la première à la quatrième émission. Cette monnaie ne peut, d'après sa titulature, avoir été frappée lors de la première émission. La quatrième émission, qui eut lieu au cours de l'année 250, ne comprend que des monnaies d'or et d'argent. Ce sesterce n'a pu, par conséquent, être frappé qu'au cours de la deuxième ou troisième émission. Comme nous l’avons vu, ce type de buste, avec cuirasse et un seul pan de paludamentum, est une innovation du monnayage de Dèce. Il est vraisemblable que ce type de buste apparut en même temps que les doubles sesterces, et l’exceptionnelle réapparition du semis. Si cette hypothèse s’avère vérifiée, ce sesterce appartiendrait exclusivement à la troisième émission.

Jérôme Mairat