| L'ATELIER MONÉTAIRE DE ROME |
L'ATELIER MONÉTAIRE DE ROME.
Règne de Septime Sévère seul : 193-198.
Les premières monnaies au nom de Septime Sévère empruntent encore les traits de Dide Julien. Ces monnaies ont probablement été frappées entre le 1er juin 193 et le 9 juin de la même année, date de l'arrivée de Septime Sévère à Rome. Le monnayage de Rome commémore d'abord la première libéralité du nouveau prince et la consécration de Pertinax. Une émission spéciale célèbre ensuite plusieurs légions de l'Empire, essentiellement celles qui ont soutenu Septime Sévère lors de son accession.
Les monnaies au nom de Septime Sévère peuvent généralement être datées avec précision grâce à l'indication de la salutation impériale, notée IMP en fin de titulature et suivie d'un chiffre romain. De 193 à 197, l'empereur fut acclamé onze fois.
Le tableau ci-dessous présente de manière très succincte les émissions monétaires de l'atelier de Rome de 193-198 pour les monnaies au nom de Septime Sévère. La présence des titres, au droit ou (et) au revers, permet parfois d'attribuer une monnaie à une émission.
Pour plus amples détails, voir P.V. Hill, The Coinage of Septimius Severus and his family of the mint of Rome A.D. 193-217, seconde édition, Londres, 1977.
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| 193 | 1 | IMP | (TR P) COS |
| 194 | 2 | IMP II | TR P II COS II P P |
| 3 | IMP III | " | |
| 4 et 5 | IMP IIII | " | |
| 195 | 6 | " | TR P COS II P P |
| 7 et 8 | IMP V | " | |
| 9 | IMP VII | " | |
| 196 | 10 | " | TR P IIII COS II P P |
| 11 et 12 | IMP VIII | " | |
| 197 | 13 | IMP VIII, IMP VIIII | TR P V COS II P P |
| 14 | IMP VIII | " | |
| 15 | IMP VIIII | " | |
| 16 | IMP X | " | |
| 198 | 17 | " | TR P VI COS II P P |
Clodius Albinus est présent sur le monnayage dès la première émission de 193 et jusqu'en 195, date de sa rupture avec Sévère. Les premières monnaies de Julia Domna sont frappées au cours de l'année 194, et celles du jeune Caracalla César apparaissent dès 196.
Les premiers portraits de Sévère semblent assez réalistes et révèlent bien les traits typiques d'un homme originaire d'Afrique du Nord : la tête est petite, les traits très marqués et les cheveux fort bouclés. À partir de 195, Septime Sévère se proclame le fils de Marc Aurèle : ses portraits ressemblent alors à celui du célèbre philosophe (voir A. M. MacCann, The Portraits of Septimus Severus, American Academy in Rome, 1968). Le buste monétaire se redresse, la barbe est plus soignée et le profil plus hellénistique.
Les portraits du jeune Caracalla dévoilent bien les traits d'un enfant âgé de 8 ans, lorsqu'il reçut le titre de César en 196.
Comme sous Pertinax et Dide Julien, l'atelier de Rome semble divisé, au début du règne, en 5 officines qui se distinguent par l'utilisation d'un ou plusieurs types de revers. De 193 à 195, une officine frappe monnaie au nom de Clodius Albinus. Les monnaies au nom de Julia Domna et de Caracalla César sont émises par une officine qui frappe parallèlement les monnaies au nom de l'empereur. Après la rupture avec Albinus, une officine est consacrée au monnayage de Julia Domna. Une sixième officine ouvrit ses portes en 196.
Dans sa brillante étude sur le monnayage de Rome, P. Hill détermine la succession des émissions avec une étonnante précision et applique la théorie des cycles élaborée par R. A. G. Carson (BMC VI). D'après cette thèse, l'atelier de Rome frappait successivement les différentes dénominations ou les différents métaux dans un ordre précis. À titre d'exemple, l'atelier pouvait d'abord émettre les monnaies d'or puis celles d'argent, et enfin les divers bronzes comme le sesterce, le dupondius et l'as.
Le poids du denier, baissé par Pertinax, est rétabli mais le flan est souvent trop court par rapport au diamètre des coins. De 193 à 197, le denier va subir une importante dévaluation. Si son poids reste constant, la teneur en argent fin est considérablement réduite : de 78% en 193, elle passe à 62% en 196. La valeur intrinsèque du denier est donc diminuée.
Dans sa célèbre monographie, P. Hill distinguent 17 émissions pour la période allant de l'accession de Sévère à la nomination de Caracalla à l'Augustat. À cela, on doit ajouter de nombreuses émissions spéciales, dont les monnaies sont généralement rares, et qui commémorent des événements importants du règne comme la nomination de Julia Domna Augusta, celle de Caracalla au césarat ou la consécration de Commode.
Règne de Septime Sévère et de Caracalla : 198-209.
À l'avènement de Caracalla, une officine fut consacrée à son monnayage. Le nombre d'officines pour Septime Sévère fut donc réduit de cinq à quatre. Le monnayage au nom du nouveau César, Géta, a probablement été produit par les officines qui battent monnaie au nom de Sévère. En 200, une nouvelle officine est attribuée à Caracalla, ce qui ramène à trois le nombre d'officines pour Septime Sévère.
Le mariage de Caracalla et de Plautille en 202 nécessita l'ouverture d'une nouvelle officine pour la nouvelle Augusta. L'atelier impérial de Rome était alors divisé en sept officines. En 205, ce nombre fut ramené à six, suite à l'affaire Plautien et à l'exil conséquent de la femme de Caracalla.
En 200, Septime Sévère visite l'Égypte avant de rentrer à Rome. Les portraits de cette période révèlent une nouvelle étape dans la portraiture impériale : le buste de Sévère ressemble alors à celui de Sérapis, dieu égyptien à la stature très droite, aux cheveux bouclés et à la barbe très soignée (voir A. M. McCann, op. cit.). L'influence de Julia Domna, qui s'identifiait à Cybèle, se fait nettement sentir.
Le portrait de Caracalla reste celui d'un adolescent de 198 à 205. Par la suite, le portrait du jeune Auguste laisse apparaître un collier de barbe naissante. Le portait de son frère, Géta qui n'est encore que César, suit fidèlement celui de Caracalla, âgé d'un an de plus.
En 201, une émission spéciale célébrant la naissance d'une nouvelle dynastie fut l'occasion d'émettre de très rares monnaies présentant au revers les portraits de deux membres de la famille impériale en regard. L'Éternité de l'Empire (Aeternitas Imperii) et l'entrée dans un nouvel âge d'or (Saeculum Aureum) sont exaltées avec des types de revers tout à fait exceptionnels.
Durant cette période, le denier continue sa dévaluation : le poids se maintient, mais la teneur en argent passe progressivement à 58%. Les flans monétaires des deniers sont plus larges. Le sesterce est frappé en plus faible quantité.
Pour cette période, P. Hill recense pas moins de 30 émissions, dont les monnaies se distinguent généralement par les types de revers employés, et de nombreuses émissions spéciales célébrant le mariage de Caracalla, les jeux séculaires ou les premières victoires de l'armée romaine en Grande-Bretagne.
Règne de Septime Sévère, de Caracalla et de Géta : 209-211.
Durant cette brève période, la célébration des victoires de l'armée romaine en Grande-Bretagne occupe le devant de la scène lors de quatre émissions spéciales. La plupart des types de revers célèbrent la Victoria Britannica, alors que les trois empereurs tentent toujours de conquérir le nord de l'île.
En 209, la nomination de Géta à l'Augustat nécessite une réorganisation des officines. Seulement deux officines sont attribuées à Sévère, qui fait jeu égal avec Caracalla. Julia Domna, qui assure l'intérim à Rome, conserve une officine. Une seule officine bat monnaie au nom de Géta, dont le monnayage semble rester au second plan. L'année suivante, deux nouvelles officines ouvrent leurs portes. Une est consacrée au monnayage de Géta, qui compte désormais deux officines comme Caracalla ; l'autre officine participe à la production monétaire au nom du père de la dynastie, Septime Sévère. L'atelier de Rome est alors divisé en 8 officines.
Le portrait de Septime Sévère maintient sa ressemblance avec Sérapis. Un pan de paludamentum apparaît sur certains bustes laurés et non cuirassés, accentuant la ressemblance avec le dieu égyptien souvent représenté drapé. Les portraits de Caracalla présentent des traits plus marqués, une mâchoire forte, et une barbe plus importante, tandis que Géta continue d'être représenté comme un jeune héros militaire aux traits fins et à la barbe courte.
P. Hill a distingué la production de 5 émissions ordinaires et de 6 émissions spéciales.
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