GORDIEN III

ANTONINIEN EXCEPTIONNEL

DE GORDIEN III LE PIEUX

FRAPPÉ À ANTIOCHE

Marcus Antonius Gordianus - Auguste (05/238-03/244).

 

G. Antoninien, mi 239 - début 240, Antioche (Syrie), (Ar, 21x22 mm., 12 h., 4,84 g.), (pds th. 4,51 g., taille 1/72 L.).

A/ IMP CAES M ANT GORDIANVS AVG.

"Imperator Caesar Marcus Antonius Gordianus Augustus" (Empereur César Marc Antoine Gordien Auguste).

Buste radié de Gordien III à droite, avec cuirasse et paludamentum, vu de trois quarts en arrière (A2).

R/ CONCORDIA AVG.

"Concordia Augusti" (La Concorde de l’Auguste).

Concordia (La Concorde) assise à gauche, tenant une patère de la main droite et une corne d’abondance dans le bras gauche.

C.57 var. - RIC.180 (S) - HCC.- - RC.-.

Magnifique monnaie. Superbe frappe bien centrée sur un flan épais. Magnifique portrait de très haut relief et d’un style étonnant qui rappelle les tétradrachmes d’Antioche. Exemplaire superbe et extraordinaire pour ce rare monnayage souvent fruste.

RR............................................................................................................................SPL 2900

Le monnayage d'Antioche est essentiellement constitué de deux productions : antoniniens d'argent copiant les types monétaires utilisés à la Monnaie de Rome, et tétradrachmes d'argent à légende grecque. Ces derniers sont le plus souvent qualifiés de monnaies coloniales (ou grecques impériales), alors que les antoniniens de la même ville sont assimilés à des frappes impériales, d'où leur présence dans le Roman Imperial Coinage.

Cette monnaie, exceptionnelle de par sa qualité, présente un style bien particulier et caractéristique d'Antioche : la boîte crânienne et le front figurent de manière anormalement large, les lettres offrent une épigraphie très particulière, moins fine qu'à Rome. Ce style se retrouve sur de nombreux antoniniens d'Antioche frappés en 239-240. Il s'agit incontestablement d'un même graveur qui exécuta de nombreux coins à la Monnaie d'Antioche. Ce style se retrouve aussi sur certains tétradrachmes syro-phéniciens de la même période (voir M. Prieur, Syro-Phoenician Tetradrachms, Londres, à paraître, p. 51, n°294 - 10 exemplaires recensés). Cette remarque nous permet d'affirmer que les mêmes graveurs taillaient les coins nécessaires à la production des antoniniens et des tétradrachmes. La distinction précédemment faite entre monnaies impériales et monnaies coloniales nous paraît donc parfois arbitraire. Et c'est à juste titre que les deniers orientaux de Vespasien à légende latine ont été inclus dans le second volume du Roman Provincial Coinage (Paris/Londres, 1999).

Le type monétaire représentant Concordia (CONCORDIA AVG) avec la titulature longue est apparu à l'atelier de Rome lors de la troisième émission datée du milieu de l'année 239. Ceci nous permet d'appréhender la datation des antoniniens antiochéens : sachant que la Monnaie d'Antioche copie les types monétaires frappés à Rome, la présente monnaie ne peut avoir été frappée qu'après le milieu de l'année 239. Cette date constitue donc un terminus post quem. Peu de temps après, les monnaies de Rome s'ornent d'une nouvelle titulature : IMP CAES GORDIANVS PIVS AVG. Pourtant, l'atelier d'Antioche semble avoir continué la frappe d'antoniniens avec la légende longue IMP CAES M ANT GORDIANVS AVG.

Aucun antoninien frappé à Antioche n'est attribuable à l'année 238. L'atelier d'Antioche semble avoir été inactif durant cette période de guerre civile. En 239, les premiers antoniniens au nom de Gordien III sont émis et la frappe des tétradrachmes à légende grecque, interrompue depuis Élagabal, est reprise. Il est vraisemblable que ce retour à la production monétaire ait été stimulé par le passage de Gordien III et de son armée dans la capitale syrienne à la fin de l'année 239 ou au début de 240. Pour les besoins de l'armée et peut-être aussi pour honorer le prince, la Monnaie d'Antioche rouvrit ses portes. Les monnaies de Gordien III apportées par les soldats de l'armée impériale ont donc pu servir de prototypes aux nouveaux antoniniens.

Durant l'année 240, les Perses rompirent la paix et envahirent la Mésopotamie romaine. Gordien rentra à Rome pour trouver un nouvel homme fort qui mènera la campagne militaire contre le plus dangereux ennemi de Rome. Cet homme fut Timésithée. Au printemps 242, après de longs mois de préparatifs, l'armée romaine partit de Rome et commença la campagne persique.

Antioche, capitale de la Syrie, était à proximité de l'Empire Perse. Mais aucun témoignage historique, si peu nombreux soient-ils sur cette période, n'évoque la situation d'Antioche pendant cette guerre. Remarquant l'absence de monnaies frappées à Antioche en 241 (et peut-être dès le printemps 240), les auteurs du Roman Imperial Coinage suggérèrent que la grande ville syrienne fut envahie par les Perses. Cette hypothèse fut longtemps controversée pour une simple raison : rien, hormis l'absence de frappe monétaire, ne permet de l'affirmer, ni de le nier (voir les travaux de X. Loriot dont les références sont données dans l'article à la page suivante).

En 242, l'atelier d'Antioche rouvrit ses portes. Certains antoniniens portent la marque de la cinquième puissance tribunicienne (TR P V). La fabrique est alors très différente des monnaies de la période 239-début 240. Le style est beaucoup plus grossier, le poids des antoniniens plus léger et les bustes monétaires sont souvent représentés sans paludamentum, parfois aussi avec un buste à gauche (très rare auparavant). La différence de style nous suggère la présence d'un nouveau graveur à la Monnaie antiochéenne. L'œuvre de ce graveur très reconnaissable se poursuit sur les antoniniens syriens sous le règne de Philippe Ier (avec un buste généralement cuirassé sans paludamentum, et souvent à gauche – les bustes à gauche n'apparaissent jamais sur les antoniniens frappés à Rome sous les règnes de Gordien III et de Philippe Ier). La reprise des frappes en 242 est sans doute à mettre en parallèle avec le retour de l'armée impériale en Orient pour la campagne persique, qui impliquait un besoin important en numéraire.

L'absence de monnaies à la fin de 240 et en 241 peut donc s'expliquer autrement qu'en suggérant que les Perses envahirent Antioche. Durant chaque période de production monétaire (239-240 et 242-244), l'armée impériale était en Orient. Antioche, capitale de Syrie, était la grande ville la plus proche du front des opérations militaires et devait par conséquent alimenter les besoins en numéraire que la présence de l'armée impériale rendait nécessaire.

En 244, lors de l'accession de Philippe Ier au titre d'Auguste en Orient, la frappe des tétradrachmes fut reprise. Certains semblent avoir été produits à Rome (le style est romain et l'exergue de ces tétradrachmes présentent la marque MON VRB, Moneta Urbis (Monnaie de la Ville (Rome)) – voir H. R. Balbus, Moneta Urbis - Antioxia, Francfort, 1969). Antioche continua la production d'antoniniens et de tétradrachmes durant tout le règne de Philippe Ier l'Arabe.


Jérôme Mairat