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LE MOYEN-AGE

Le jeton a été utilisé dès le Haut-Moyen-Age, et il est en cela le précurseur de nos monnaies de nécessité, pour matérialiser une rétribution ou un service rendu. Dans une civilisation largement privée de monnaie - l’économie balbutiante fonctionnait par troc - il était nécessaire de pouvoir matérialiser un paiement sans faire appel à des métaux précieux, argent ou or, qui étaient réservés au paiement des imports ou aux transactions très importantes. Le peuple se regroupait largement autour des centres religieux qui fonctionnaient largement en autarcie et sans faire appel aux espèces sonnantes et trébuchantes.

Il faut aussi mettre en valeur un comportement général que nous retrouverons toujours autour du jeton et qui est le rejet de l’argent comme étant plus ou moins malsain. Lorsqu’un moine disait l’office d’une messe des morts, par exemple, sa participation était attestée par la remise d’un jeton qui lui servirait ultérieurement pour témoigner qu’il avait bien rempli son office (Encore une étymologie qui laisse penser que les moines, justement, ne remplissaient pas toujours parfaitement leur office au sens de service religieux du terme!) et non pas par une somme d’argent.

Nous trouvons une grande variété de jetons religieux donnés pour la participation à toute une variété d’offices par une très grand nombre d’abbayes, de cathédrales ou même d’églises. Ces jetons sont peu communs et pratiquement pas collectionnés du tout en l’absence d’un livre de référence permettant de les classer. On trouve parfois, très bon marché en regard de leur rareté soit entre cent et trois cent francs, quelques jetons identifiés, là pour Notre-Dame de Paris, pour Reims, Chartres ou l’une des abbayes qui étaient l’orgueil de notre pays avant la Révolution qui les vendit souvent, comme à Cluny, comme carrière de pierres à des racailles qui les abattirent pour en faire du plâtre.

SOUS LES ROIS LOUIS

Les grandes administrations royales poursuivirent cet usage en l’adaptant à l’esprit du temps. Sous l’ancien régime, le pouvoir toujours à cours d’argent vendait les charges administratives contre paiement comptant et cet usage avait beaucoup de succès auprès de la bourgeoisie d’affaires car nombre de ces charges étaient anoblissantes et héréditaires. Apparu ainsi, à coté de la noblesse immémoriale et de la noblesse d’épée, distinguée au Feu, une noblesse dite "de robe" qui formait l’ossature de l’administration royale.

Ces fonctionnaire avant la lettre ne recevaient bien entendu pas de salaire au sens propre et n’étaient bien entendu par rétribués selon les mérites de leur travail. Les hommes étant ce qu’ils sont, une aide à la motivation devint nécessaire et de nombreuses administrations prirent l’habitude, principalement sous Louis XIV de frapper, aux mêmes motifs que ceux des jetons de cuivre encore souvent utilisés pour compter, des jetons d’argent qui étaient, chaque année, remis en cadeau par le Roi aux administrateurs qui pouvaient ou non les redistribuer à leurs subordonnés. Cet usage, qui tomba pratiquement en désuétude sous Louis XVI, permettait aussi d’éviter de devoir payer des gages à des nobles. Nous avons vu précédemment que la mentalité catholique admet mal le rôle de l’argent dans la société - Alain Peyrefitte a été jusqu’à expliquer dans le "Mal Français" la prise de contrôle de la civilisation occidentale par les anglo-saxons par le fait que ceux-ci sont majoritairement protestants - et il n’était pas possible de payer des nobles ou des ecclésiastiques des salaires ou gages, rétribution des laquais et des ouvriers. Le jeton permettait poliment d’éviter cet écueil. Les jetons des grandes administrations nationales, Guerre, Marine, Trésor Royal, Pont et Chaussées..... ou locales, Etats de Bretagne, du Languedoc, d’Artois, de Bourgogne... se trouvent très facilement et restent très bon marché même en argent, oscillant selon leur état de conservation entre cent cinquante et quatre cent francs. Ils sont très variés et font le bonheur des fonctionnaires actuels (il existe même des jetons de l’administration des impôts!) et des régionalistes pour qui rien de ce qui concerne la Franche-Comté, Dijon ou Dunkerque ne saurait être étranger.

LES ACADÉMIES ET LES FRANCS-MAÇONS

Nous trouvons aussi, dans des domaines très différents, des jetons distribuées par des institutions qui craignaient par dessus tout l’absentéisme de leurs membres: les académies savantes et les franc-maçons.

L’Académie Française distribuait à chaque séance du dictionnaire, un jeton au membre présente qui ne manquait pas d’émarger de sa signature le feuille de présence, à tel point que certains des membres, arrivant, signant et s’assoupissant sans vergogne, furent appelés "jetonniers"! Il en existe pour bien des sociétés savantes, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres - dont le rôle était entre autres de rédiger les devises latines des jetons, Académie de saint Luc, dédiée à la sculpture et à la peinture ou Académie de Chirurgie, parmi bien d’autres.

Très recherchés sont les jetons de loges maçonniques que celles-ci furent obligées de créer pour s’assurer une présence raisonnable des frères aux tenues. Chaque capitation annuelle de la Loge comportait une somme variable correspondant - nous sommes dans un monde ou la monnaie se définit par un poids de métal précieux - à un nombre de jetons égal au nombre des tenues prévues dans l’année. Chaque frère présent à une tenue y recevait un jeton, échangeable auprès du frère trésorier contre une somme d’argent équivalente. Les jetons étaient aussi parfois montés en médailles de Loge et portés sur l’habit.

Ce louable système nous a permis de retrouver des jetons très variés, tous les frères ne faisant pas rembourser leurs jetons, le produit des jetons non distribués étant attribué au frère élymosinaire pour les oeuvres de bienfaisance. Certains de ces jetons, rarissimes, atteignent des prix exorbitants et certains amateurs américains seraient heureux de débourser quinze mille francs pour trouver en bon état le jeton en argent de la Loge des Neuf Soeurs avec le portrait du vénérable Benjamin Franklin. Cette Loge célébrissime fut l’un des multiples creusets de la révolution française et initia entre autres Voltaire.

Les jetons de Loges maçonniques, selon leur métal, leur état de conservation, leur rareté ou leur importance, vont de trois cent à mille francs.

LES CORPORATIONS

Une très importante série de jetons est celle des jetons de corporations. Nous ne savons pas, en l’absence d’archives, quelles étaient les occasions où ces jetons étaient distribués (réunions de maîtres?) ,mais nous trouvons des jetons de bouchers, de vitriers, de cabaretiers, de vitriers,.... presque tous les corps de métiers de l’époque sont représentés. Ces jetons, passionnants à étudier car ils nous montrent les mentalités de l’époque, son très recherchés par ceux qui aujourd’hui, occupent les mêmes professions. Bien entendu, certaines professions n’ont pas survécu et les jetons de professions encore actives comme les notaires, les médecins ou les avocats, valent beaucoup plus cher que ceux de professions qui ont disparu ou sont restées artisanales comme les faïenciers, les plumassières ou les patenôtriers... Les jetons de corporations valent de quatre cent à quatre mille francs voire plus lorsqu’ils sont exceptionnellement rares.


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