FRANCE IV

Les monnaies de la Renaissance.


La Renaissance, une période faste pour la monnaie française.

En matière monétaire, la période de la Renaissance est marquée par de grandes innovations.
La plus spectaculaire tient à l'apparition du portrait du roi qui permet de renouer avec la tradition romaine et de diffuser le visage du roi.
D'importants progrès techniques méritent d'être signalés. Henri II (1547-1159), soucieux d'avoir des monnaies parfaitement rondes afin de lutter activement contre le rognage, demanda que l'on recherche de nouveaux procédés de frappe. Les frères Marillac trouvèrent à Augsbourg une machine permettant d'obtenir des lames d'une épaisseur déterminée, le laminoir. Ils ramenèrent également avec eux le balancier qui permettait d'avoir des monnaies remarquablement bien frappées. La frappe au balancier et le laminage par la voie du moulin furent rapidement adoptés dans quelques ateliers monétaires mais ils y reçurent un mauvais accueil de la part des monnayeurs voyant dans ces nouvelles machines de redoutables concurrents. Il faudra attendre la fin du XVIe siècle pour voir le balancier s'implanter plus largement avant de connaître son heure de gloire en 1645 lorsque Louis XIV rendit obligatoire son utilisation au détriment du marteau.
Henri II fut également un grand législateur. Conscient de l'importance de la monnaie au sein du royaume de France, il érigea la chambre des monnaies en cour souveraine. Cette cour, connue sous le nom de " Cour des monnaies de Paris " devait rester active jusqu'à sa suppression sous la Révolution. Elle fut dotée par Henri II d'importantes prérogatives : elle pouvait notamment donner son avis sur les réformes monétaires. À partir de la majorité de Louis XIV elle sera dépouillée de la plus grande partie de ses pouvoirs, notamment de son droit de remontrance qui lui permettait de critiquer les décisions du roi et de son Conseil. Après 1670 ses fonctions étaient uniquement d'ordre judiciaire.

Les monnaies noires de la Renaissance, un sujet de collection passionnant.

Il était impossible de regrouper dans ce thème toutes les monnaies de la Renaissance. Nous avons privilégié les petites monnaies (monnaies noires et monnaies de billon blanc) qui ont souvent été délaissées par les numismates. Plusieurs d'entres elles sont inédites tels le patac de Provence de Tarascon (n° 78) ou le denier tournois à la croisette de Limoges du 1er type (n° 93).
En marge des ateliers monétaires ayant frappé régulièrement au XVIe siècle, quelques ateliers frappèrent monnaie de manière assez sporadique. Un atelier certainement situé dans la région de Grenoble a frappé des douzains aux croissants en 1551 et 1552. Cet atelier, qui n'est pas mentionné par les archives, n'est connu que par ses frappes dont nous présentons un exemplaire (n°111) et dont le différent est une sorte de virgule. Il serait intéressant pour un collectionneur de regrouper le matériel issu de cet atelier et de se livrer à une recherche minutieuse dans les archives de la Cour des monnaies de Paris qui venait juste d'être créée (Archives nationales, sous-série Z1b).
C'est dire tout le travail qui reste encore à mener sur ces petites monnaies.

Les testons et les francs, témoins d'une lente évolution vers le Classicisme

Hormis les menues monnaies, nous présentons un sélection de testons, demi-testons, francs, quarts de franc, dont Stéphan Sombart nous a montré la très grande diversité dans FRANCIÆ IV. Le teston a été abondamment frappé jusqu'au règne d'Henri III (1574-1589) sous lequel il a été supplanté par le franc d'argent. Toutes ces monnaies présentent des portraits variés d'un même roi, parfois avec une cuirasse damasquinée, parfois avec une cuirasse cloutée ou simplement lisse ; il s'agit d'une période d'essai où la volonté d'uniformisation des types monétaires n'avait pas encore trouvé son aboutissement. Ces monnaies se démarquent largement du monnayage plus classique qui sera frappé à partir du début du règne de Louis XIV (1643-1715)… c'est ce qui fait leur intérêt pour la collectionneur. Certains portraits, à la limite de la caricature, dénote un manque de maîtrise manifeste de la part de certains graveurs particuliers ; de nombreuses légendes sont erronées et présentent parfois des traces de repentir quand le graveur a pu se rendre compte de son erreur. Il s'agit de témoignages émouvants d'une période de transition où la volonté politique d'uniformisation des types monétaires se heurtait à des problèmes techniques et à de vieilles traditions.