INTRODUCTION Billets IV

 

Notre choix de présenter la Martinique dans ce nouveau numéro de Billets ne vient pas de ce que nous pourrions présenter le pays presque complet : la Martinique a de très nombreuses émissions du XIX et du XXème siècle qui sont de la plus extrême rareté, connues à un ou deux exemplaires et parfois à l'existence simplement supposée ! Présenter le pays complet était donc inimaginable.
Par contre, nous présentons un choix d'inédits exceptionnel puisque nous avons 15 nouveaux types et signatures (ref.K.-- et K.var) qui seront tous présentés lors de la prochaine édition de l'ouvrage du Docteur Kolsky "Les billets des DOM-TOM".
Plus que les signatures nouvelles la présentation du 2F (Type 1884) nous fait particulièrement plaisir : supposé par le docteur Kolsky dans sa première édition mais jamais vu auparavant, le voici ! Nous pouvons maintenant espérer l'apparition d'un cinq francs de la même série.
Beaucoup plus important sur le plan de l'Histoire Economique de l'Ile sont les traites dont nous présentons une gamme extraordinaire.
La banque de la Martinique souffrait dans ses échanges avec la Métropole d'un problème pratique puisque ses billets n'étant remboursables qu'à la Martinique n'étaient pratiquement pas acceptés en France. Or, en l'absence d'une caisse de compensation officielle, il était nécessaire que les achats faits pour la colonie soient payés.
La solution, qui ne pouvait pas être une émission de billets (fort coûteuse, elle eût de plus exigé un processus législatif particulier pour rendre ces billets valides sur le territoire métropolitain) fut de poursuivre les émissions de traites depuis longtemps utilisées par les caisses locales.

Ces traites présentaient tous les avantages :
- tirées sur les comptes publics, elles présentaient toute sécurité pour ceux qui les recevaient.
- d'une fabrication très soignée, elles ne risquaient pas d'être falsifiées.
- les valeurs faciales étaient importantes, mais complétaient simplement le jeu des monnaies d'or (100F maximum) qui étaient bien entendu échangeables partout, aussi bien à la martinique que dans la Métropole.
- par le simple jeu de l'endos, elles avaient les mêmes caractéristiques qu'un billet : elles étaient payables, à vue, au porteur.
Le 25 Francs "Type 1874" est aussi un inédit passionnant. La modification apportée au billet connu réside dans le fait que la valeur faciale est indiquée en chiffres dans les quatre coins. Cette différence s'explique certainement par l'illettrisme d'une catégorie de la population à cette époque, la valeur étant indiquée seulement en lettres et les billets étant de mêmes types, la confusion était possible entre un 25F et un 100F (voir même un 500F).
La signature du directeur DINSLAGE indique que ce billet a été émis entre 1922 et 1929, son alphabet (W.7) est antérieur à celui du billet illustré dans le Pick avec la même signature (M.19), un autre exemplaire (ex-CGB) porte le N°D.11 avec signature DINSLAGE (et sans chiffres dans les coins), notre billet est donc du plus ancien numéro connu.
Le changement s'est donc opéré entre ces deux alphabets (7 et 11), quand et pourquoi a t'on supprimé les quatre coins ? Quels sont les alphabets concernés ? Existe-t'il un 100Francs avec 100 dans les coins ?
De nombreuses questions qui trouveront peut-être réponse dans les prochaines trouvailles ou dans d'anciennes collections.
Ce billet serait donc le 25 Francs type 1874, et les exemplaires connus du 25F seraient le type "modifié".


Notre présentation des billets d'Espagne fera, nous l'espérons plaisir, à tous les amateurs, de plus en plus nombreux, qui ont dépassé le cadre national et recherchent les billets des pays d'Europe.

Nous avons réussi à regrouper un ensemble important de billets de nécessité de la Guerre civile espagnole mais surtout une série de billets de la Banque d'Espagne datant des années 1880/1905 assez impressionnant.

En ces temps où l'Europe étaient "monétairement" unie, non par une monnaie unique commune inventée ex nihilo mais par un système de monnaies nationales aux taux de change fixes garantis par un étalon de référence commun et une stricte gestion des gouvernements, nous en sommes bien loin aujourd'hui... , un billet de 1000 pesetas de la Banque d'Espagne était échangeable immédiatement contre un billet de 1000 francs de la Banque de France, l'étalon de référence étant la pièce de 20 pesetas ou de 20 francs, identique dans son poids et son titre. Rappelons pour les amateurs de chiffres qu'un billet de 1000 francs ou 1000 pesetas correspondait à 290 grammes d'or fin.... soit l'équivalent actuel de vingt mille francs......

Les billets espagnols de cette période sont beaucoup plus rares que les billets français dont le type bleu et rose n'a pas varié entre 1890 et 1926. Les billets de ces émissions furent remplacés en Espagne par les merveilleuses émissions Art Déco de 1902 à 1905, hélas excessivement rares puisqu'elles ne semblent avoir circulé que six mois, mais surtout par les émissions de 1907. Rappelées par la Banque d'Espagne, toutes les émissions antérieures sont de toute rareté.

Nous avons choisi les billets du Biafra, non pour leurs qualités esthétiques - discutables - mais pour répondre à une nouvelle demande des amateurs : de plus en plus, les billets de pays ayant disparus sont recherchés. Souvent uniques témoins d'une légitimité éphémère, ils ont, surtout dans le cas du Biafra dont le martyre n'a été oublié par personne, une importante charge émotionnelle.


La grande nouvelle de ce "Billets IV" est la parution tant attendue du livre de la Banque de France dédié au billet.

Le résultat dépasse nos espérances !
Ayant eu la chance d'en voir un exemplaire grâce à un ami, ce livre est merveilleux à tous points de vue : texte, illustrations, présentation, d'un prix raisonnable(250 francs) ni trop somptueux comme le livre de la Banque du Portugal ni trop sommaire comme d'autre, c'est une réussite exceptionnelle.

Heureusement, ce livre peut être vendu au public, ce qui est une excellente idée en cette période de fêtes.

Malheureusement, nous ne pourrons pas vous le vendre.

Vendre un livre représente des coûts : démarches, transports, stockage, frais financiers, manutention, temps perdu, prises de commande, comptabilité,..... Aucun éditeur au monde ne pense que ce qu'il produit est si beau que les distributeurs vont travailler gratuitement pour le mettre à la disposition du public !

Malheureusement, après recherches, aucun prix de gros n'est possible pour des achats par quantité. Les lecteurs doivent donc se rendre aux guichets de la Banque de France à Paris pour acheter leur exemplaire.

A supposer que l'on consente à nous en vendre plus d'un exemplaire par personne, nous devrions facturer aux amateurs 330 francs plus port pour un prix public normal de deux cent cinquante francs.....

Nous regrettons éminemment cette situation.

Nous avions enfin la possibilité de montrer au Monde ce que la France avait fait en matière de billets, à quel point et encore aujourd'hui, alors que le marché de l'impression de l'écu se profile, tant pour la technologie que pour l'esthétique, la Banque de France a toujours été en tête.

Etant totalement incompétent en matière de Communication, sur des questions comme l'Image de Marque, l'impact sur le public, la mondialisation de la communication, l'économie de marché,.... je ne poserai pas de questions mais il y a quelque chose qui m'échappe....

Nous prions néanmoins nos trois cent lecteurs provinciaux et quatre cent lecteurs étrangers de nous excuser de ne pouvoir leur fournir ce merveilleux livre mais nous faisons déjà trop d'efforts gratis pro deo pour ne même pas compter le coût de notre travail.

Michel PRIEUR