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Le petit bronze que nous vous présentons, bien que répertorié dès l’époque
de Cohen (C.7/478-249)1, est totalement inconnu pour l’atelier de Sirmium.
L’étude de cette monnaie peut modifier certaines données sur l’atelier,
en particulier sa date d’ouverture sous le règne conjoint de Constance
II Auguste et de Constance Galle César.
Nous allons d’abord décrire cette pièce (2):
A/ [DN CONSTAN]-TIVS P F AVG, (Notre Seigneur Constance pieux
et heureux Auguste), buste diadémé, drapé et cuirassé de Constance à droite
vu de trois quarts en avant (A’). Le diadème est formé de perles (D3)
selon la classification du Roman Imperial Coinage(3).
R/ VICTORIA - CAESARIS// SIRM, (La Victoire du César), Victoire
marchant à gauche, les ailes déployées, tenant une couronne de la main
droite et une palme de la main gauche. Bronze, 1,95 g, 16 mm, 6 h, RIC.
- (4).
La pièce est sur un flan un peu court dans un état de conservation parfait
(SPL) avec une très jolie patine vert olive clair. Dans le RIC VIII, J.
P. C. Kent n’a relevé aucune pièce pour l’atelier de Sirmium avec cette
légende de revers. Le seul atelier qui ait frappé des monnaies avec ce
type de revers est celui de Siscia pour Constance II (RIC 315/316) et
pour Constance Galle (RIC 317)(5).
Ces pièces de bronze ont un diamètre compris entre 17 et 19 mm et un poids
moyen de 2,20 g d’après l’auteur du Roman Imperial Coinage. Il doit en
fait s’agir de pièces taillées au 144e de livre (= 324,72 g) soit un poids
moyen de 2,255 g par pièce correspondant à une demi-unité (maiorina).
Ces pièces, d’ailleurs signalées comme rares pour l’atelier de Siscia,
peuvent être facilement datées, grâce à deux événements bien connus :
l’élévation de Constance Galle comme César le 15 mars 351 et la prise
de Siscia par Magnence en août 251 avant la bataille de Mursa (28 septembre
251). L’atelier est d’ailleurs récupéré par Constance II après la défaite
de Magnence, fin septembre ou début octobre.
L’atelier de Sirmium avait déjà fonctionné sous le règne de Constantin
Ier entre 320 et 326(6).
D’après J. P. C. Kent, l’atelier de Sirmium serait rouvert par Constance
II en septembre 351 pour compenser la perte de l’atelier de Siscia, tombé
entre les mains de Magnence, fonctionnant au départ avec une seule officine
pour le bronze, puis dans un second temps avec deux officines.
Aucun bronze n’est répertorié avec la légende VICTORIA CAESARIS. Notre
pièce doit pourtant s’intercaler dans une série de bronze divisionnaire
décrit par l’auteur du RIC entre les numéros 25 et 27(7).
Cette démonstration repose sur des pièces répertoriées pour l’atelier
de Siscia. Hormis le revers « Victoria Cæsaris » d’autres pièces pour
cet atelier sont connues avec la légende de revers « Victoria Augustorum
» pour Constance II et Constance Galle (RIC 313 et 314)(8).
Pour l’atelier de Sirmium, seul un bronze de Constance II est recensé
avec la légende « Victoria Augustorum » (RIC 25)(9).
Trois hypothèses de travail peuvent être alors déduites à partir des données
numismatiques et grâce à la confirmation de l’existence du type « Victoria
Cæsaris » pour l’atelier de Sirmium.
1 - En tenant compte d’une émission parallèle pour l’atelier de
Siscia, datée entre mars 351 août 351, il faudrait alors remonter l’ouverture
de l’atelier de Sirmium à une date antérieure au mois de septembre. Mais
d’après les sources, Sirmium ne fut ouvert que parce que Siscia était
occupée.
2- Partant du raisonnement inverse, il suffit de descendre la datation
de l’émission de Siscia à partir de septembre 351 pour se retrouver en
phase avec l’atelier de Sirmium. Mais normalement Siscia est occupée par
Magnence à ce moment là.
3 -L'émission a d'abord été fabriquée
à Siscia, entre mars et aout 351, puis après la fermeture
de l'atelier de Siscia pour cause d'occupation, à Sirmium.
La troisième hypothèse serait au premier abord la plus satisfaisante car,
elle permet à la fois de maintenir une chronologie attestée et de ne pas
bouleverser un classement établi.
Pour l’atelier de Siscia qui fonctionne normalement avec cinq officines
(? à ?), ce revers n’est répertorié que pour les trois dernières officines
pour Constance II et seulement pour la troisième pour Constance Galle.
Sirmium à son ouverture ne fonctionne qu’avec une seule officine pour
le bronze.
Nous sommes dans les deux cas dans le cadre d’une émission très rare et
mal connue qui commémore la victoire du César (Victoria Cæsaris) et la
victoire des Augustes (Victoria Augustorum) qui doit se référer à un événement
précis.
Grâce à Zozime et Julien comme le rappelle le Docteur Bastien (10),
nous sommes très bien renseignés sur la chronologie de l’année 351 et
le détail des opérations. Après sa nomination le 15 mars 351 à Sirmium,
Constance Galle est envoyé en Orient à Antioche pour surveiller le front
perse. Constance II tombe dans une embuscade tendue par Magnence à Adrana
en juillet 351. Siscia est une première fois investie alors que Constance
se retire sur Cibalæ. Les deux adversaires s’envoient des ambassades qui
échouent. Magnence s’empare alors de Siscia qui est ravagée et essaie
d’assiéger Sirmium, mais il échoue et se retourne alors sur Mursa qu’il
investit et assiège. Pendant ce temps, Constance II abandonne Cibalæ pour
porter secours aux assiégés. La bataille a lieu près de Mursa sur les
bords de la Drave, le 28 septembre 351. Constance sort vainqueur de la
bataille, mais ayant subi de lourdes pertes, ne peut empêcher Magnence
de se retirer à Aquilée.
Devant le récit de ces événements, la succession des émissions devient
incohérente par rapport au message véhiculé par les deux types monétaires,
évoquant une victoire. Nous pensons qu’il faut reculer la fabrication
de ces espèces après la victoire de Constance II sur Magnence à Mursa
le 28 septembre 351. Nous serions en présence alors d’une émission de
donativum, limitée aux ateliers régionaux de Siscia et de Sirmium qui
ont d’ailleurs beaucoup souffert des opérations militaires et expliquerait
la rareté de l’émission. Dans la confusion générale, nous comprenons alors
mieux l’association du droit d’un auguste lié à un revers d’un César.
Pour l’atelier de Sirmium, il resterait à retrouver le bronze de Constance
Galle avec le revers « Victoria Cæsaris ».
Ce type monétaire n’apparaît pas normalement dans les trésors (11).
L’état de conservation de notre exemplaire suppose que la pièce a peu
circulé avant son enfouissement. Nous n’avons malheureusement aucune précision
sur sa provenance.
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