Emission inaugurale de l'atelier de Sirmium(351)
Par Laurent Schmitt
pièce n°659 dans Monnaie VIII
Détail de la pièce n°659
*pièce n°659 à paraître dans Monnaie VIII au printemps.


Le petit bronze que nous vous présentons, bien que répertorié dès l’époque de Cohen (C.7/478-249)1, est totalement inconnu pour l’atelier de Sirmium.
L’étude de cette monnaie peut modifier certaines données sur l’atelier, en particulier sa date d’ouverture sous le règne conjoint de Constance II Auguste et de Constance Galle César.
Nous allons d’abord décrire cette pièce (2):

A/ [DN CONSTAN]-TIVS P F AVG, (Notre Seigneur Constance pieux et heureux Auguste), buste diadémé, drapé et cuirassé de Constance à droite vu de trois quarts en avant (A’). Le diadème est formé de perles (D3) selon la classification du Roman Imperial Coinage(3).
R/ VICTORIA - CAESARIS// SIRM, (La Victoire du César), Victoire marchant à gauche, les ailes déployées, tenant une couronne de la main droite et une palme de la main gauche. Bronze, 1,95 g, 16 mm, 6 h, RIC. - (4).
La pièce est sur un flan un peu court dans un état de conservation parfait (SPL) avec une très jolie patine vert olive clair. Dans le RIC VIII, J. P. C. Kent n’a relevé aucune pièce pour l’atelier de Sirmium avec cette légende de revers. Le seul atelier qui ait frappé des monnaies avec ce type de revers est celui de Siscia pour Constance II (RIC 315/316) et pour Constance Galle (RIC 317)(5).
Ces pièces de bronze ont un diamètre compris entre 17 et 19 mm et un poids moyen de 2,20 g d’après l’auteur du Roman Imperial Coinage. Il doit en fait s’agir de pièces taillées au 144e de livre (= 324,72 g) soit un poids moyen de 2,255 g par pièce correspondant à une demi-unité (maiorina).
Ces pièces, d’ailleurs signalées comme rares pour l’atelier de Siscia, peuvent être facilement datées, grâce à deux événements bien connus : l’élévation de Constance Galle comme César le 15 mars 351 et la prise de Siscia par Magnence en août 251 avant la bataille de Mursa (28 septembre 251). L’atelier est d’ailleurs récupéré par Constance II après la défaite de Magnence, fin septembre ou début octobre.
L’atelier de Sirmium avait déjà fonctionné sous le règne de Constantin Ier entre 320 et 326(6). D’après J. P. C. Kent, l’atelier de Sirmium serait rouvert par Constance II en septembre 351 pour compenser la perte de l’atelier de Siscia, tombé entre les mains de Magnence, fonctionnant au départ avec une seule officine pour le bronze, puis dans un second temps avec deux officines.
Aucun bronze n’est répertorié avec la légende VICTORIA CAESARIS. Notre pièce doit pourtant s’intercaler dans une série de bronze divisionnaire décrit par l’auteur du RIC entre les numéros 25 et 27(7).
Cette démonstration repose sur des pièces répertoriées pour l’atelier de Siscia. Hormis le revers « Victoria Cæsaris » d’autres pièces pour cet atelier sont connues avec la légende de revers « Victoria Augustorum » pour Constance II et Constance Galle (RIC 313 et 314)(8). Pour l’atelier de Sirmium, seul un bronze de Constance II est recensé avec la légende « Victoria Augustorum » (RIC 25)(9).
Trois hypothèses de travail peuvent être alors déduites à partir des données numismatiques et grâce à la confirmation de l’existence du type « Victoria Cæsaris » pour l’atelier de Sirmium.
1 - En tenant compte d’une émission parallèle pour l’atelier de Siscia, datée entre mars 351 août 351, il faudrait alors remonter l’ouverture de l’atelier de Sirmium à une date antérieure au mois de septembre. Mais d’après les sources, Sirmium ne fut ouvert que parce que Siscia était occupée.
2- Partant du raisonnement inverse, il suffit de descendre la datation de l’émission de Siscia à partir de septembre 351 pour se retrouver en phase avec l’atelier de Sirmium. Mais normalement Siscia est occupée par Magnence à ce moment là.
3 -L'émission a d'abord été fabriquée à Siscia, entre mars et aout 351, puis après la fermeture de l'atelier de Siscia pour cause d'occupation, à Sirmium.
La troisième hypothèse serait au premier abord la plus satisfaisante car, elle permet à la fois de maintenir une chronologie attestée et de ne pas bouleverser un classement établi.
Pour l’atelier de Siscia qui fonctionne normalement avec cinq officines (? à ?), ce revers n’est répertorié que pour les trois dernières officines pour Constance II et seulement pour la troisième pour Constance Galle. Sirmium à son ouverture ne fonctionne qu’avec une seule officine pour le bronze.
Nous sommes dans les deux cas dans le cadre d’une émission très rare et mal connue qui commémore la victoire du César (Victoria Cæsaris) et la victoire des Augustes (Victoria Augustorum) qui doit se référer à un événement précis.
Grâce à Zozime et Julien comme le rappelle le Docteur Bastien (10), nous sommes très bien renseignés sur la chronologie de l’année 351 et le détail des opérations. Après sa nomination le 15 mars 351 à Sirmium, Constance Galle est envoyé en Orient à Antioche pour surveiller le front perse. Constance II tombe dans une embuscade tendue par Magnence à Adrana en juillet 351. Siscia est une première fois investie alors que Constance se retire sur Cibalæ. Les deux adversaires s’envoient des ambassades qui échouent. Magnence s’empare alors de Siscia qui est ravagée et essaie d’assiéger Sirmium, mais il échoue et se retourne alors sur Mursa qu’il investit et assiège. Pendant ce temps, Constance II abandonne Cibalæ pour porter secours aux assiégés. La bataille a lieu près de Mursa sur les bords de la Drave, le 28 septembre 351. Constance sort vainqueur de la bataille, mais ayant subi de lourdes pertes, ne peut empêcher Magnence de se retirer à Aquilée.
Devant le récit de ces événements, la succession des émissions devient incohérente par rapport au message véhiculé par les deux types monétaires, évoquant une victoire. Nous pensons qu’il faut reculer la fabrication de ces espèces après la victoire de Constance II sur Magnence à Mursa le 28 septembre 351. Nous serions en présence alors d’une émission de donativum, limitée aux ateliers régionaux de Siscia et de Sirmium qui ont d’ailleurs beaucoup souffert des opérations militaires et expliquerait la rareté de l’émission. Dans la confusion générale, nous comprenons alors mieux l’association du droit d’un auguste lié à un revers d’un César. Pour l’atelier de Sirmium, il resterait à retrouver le bronze de Constance Galle avec le revers « Victoria Cæsaris ».
Ce type monétaire n’apparaît pas normalement dans les trésors (11). L’état de conservation de notre exemplaire suppose que la pièce a peu circulé avant son enfouissement. Nous n’avons malheureusement aucune précision sur sa provenance.

Vous avez des remarques à faire, contactez L. Schmitt. mail: schmitt@cgb.fr

Article paru dans le Bulletin de la Société Française de Numismatique du 8 janvier 2000
Bibliographie

1 H. COHEN, Description historique des monnaies frappées sous l’Empire Romain, t. VII, Paris, 1888.
2 Nous remercions M. Michel Prieur de nous avoir permis de publier cette monnaie dans le BSFN.
3 J. P. C. KENT, The Roman Imperial Coinage, vol. VIII, The Family of Constantine I A.D. 337-364, Londres, 1981, (busts).
4 RIC, op. cit., Sirmium, p. 386.
5 RIC, op. cit., Siscia, p. 372.
6 P. M. BRUUN, The Roman Imperial Coinage, vol. VII, Constantine and Licinius A.D. 313-337, Londres, 1966, p. 462-477.
7 RIC., op. cit., p. 386.
8 RIC., op. cit., p . 372.
9 RIC, op. cit., p. 386.
10 P. BASTIEN, Le monnayage de Magence (350-353), 2e édition, Wetteren, 1983, p.18-20.
P. BASTIEN, Le monnayage de l’atelier de Lyon, de la mort de Constantin à la mort de Julien (337-363), Wetteren, 1985, p.18-20.
11 RIC., op. cit., p.105. Il n’y avait aucune pièce de Sirmium dans le trésor de Vranic enfoui entre 350 et 353.


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